Nvidia envisage une garantie de plusieurs milliards pour Nscale

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Nvidia étudierait la possibilité de garantir plusieurs milliards de dollars de dettes destinées à financer un centre de données en Virginie-Occidentale loué à Anthropic. Le projet, porté par le fournisseur britannique Nscale, pose une question centrale : jusqu’où un fabricant de puces peut-il aller pour soutenir la demande qu’il alimente ?

🔑 En bref

  • Aucune opération n’est signée : les discussions portent sur une garantie de crédit de l’ordre de plusieurs milliards de dollars, dont le montant n’a pas été rendu public.
  • Le premier bâtiment, d’une capacité de 460 mégawatts, est loué à Anthropic pour 44,6 milliards de dollars sur six ans, sous contrat signé.
  • Nvidia est déjà actionnaire de Nscale et s’est engagé en septembre 2026 à fournir 1 milliard de dollars de financement convertible.
  • Les critiques dénoncent un « financement circulaire », tandis que les risques d’exécution (électricité, eaux de ruissellement, puces) restent élevés.

Une garantie en discussion, pas un versement

L’information a d’abord été rapportée jeudi par The Information, puis corroborée par Bloomberg. Reuters, relayé par The Economic Times, décrit lui aussi les discussions. Aucune opération n’est à ce stade signée. L’agence précise que « rien n’a été signé », que les termes « peuvent encore changer » et que « le montant de la garantie n’a pas été rendu public ». Nvidia, Nscale et Anthropic n’ont pas immédiatement répondu aux demandes de commentaire.

Il convient de distinguer la garantie d’un décaissement. Une garantie de crédit n’équivaut pas à un versement immédiat de plusieurs milliards à Nscale : Nvidia promettrait aux prêteurs de prendre en charge tout ou partie du remboursement en cas de défaillance. Pour le fabricant, il s’agirait d’un engagement éventuel, susceptible d’apparaître comme un élément hors bilan tant qu’il n’est pas activé. L’objectif annoncé est de permettre à Nscale de financer l’infrastructure électrique et la construction du campus.

Le mécanisme envisagé : une garantie de valeur résiduelle

Selon The Information, la structure proposée prendrait la forme d’une garantie de valeur résiduelle, c’est-à-dire d’un mécanisme protégeant la valeur finale de l’actif. En cas de défaut de Nscale sur les paiements de construction, Nvidia prendrait temporairement le contrôle de l’installation et aiderait à trouver un acquéreur et un nouveau locataire. Les informations publiques ne précisent toutefois pas si ce mécanisme s’accompagne d’une garantie de remboursement, ni si Nvidia couvrirait la totalité du prêt ou seulement une partie. Aucun prêteur n’a été désigné.

ÉlémentStatut public
Garantie de NvidiaEn discussion, montant non publié
PrêteursNon désignés
Part du prêt couverteInconnue
Plafonds et conditions de sortieNon publics

Les éléments publics ne permettent donc pas de chiffrer l’exposition réelle du fabricant. Rien n’indique qu’il ait repris l’intégralité de la dette de construction, ni que son engagement ait déjà été touché.

Un contrat signé de 44,6 milliards, un second accord en négociation

Le premier bâtiment du campus repose sur un engagement déjà signé. Selon le document d’introduction en bourse de Nscale cité par TechCrunch, Anthropic a signé un contrat de 44,6 milliards de dollars portant sur ce bâtiment, d’une capacité de 460 mégawatts. Reuters situe cet accord en août 2026 et le présente comme une dépense d’environ 45 milliards de dollars pour louer de la puissance de calcul pendant six ans. Le bâtiment doit accueillir les puces de nouvelle génération Vera Rubin de Nvidia.

Deux chiffres, deux statuts

Nscale et Anthropic négocient par ailleurs un accord distinct d’environ 45 milliards de dollars pour un deuxième bâtiment du même campus. Cette extension n’est pas signée. L’écart entre 44,6 et 45 milliards relève donc de l’arrondi, et non d’une contradiction. En revanche, les formulations relatives aux 460 mégawatts varient. Reuters évoque une possible vente d’environ 460 mégawatts pour une valeur proche de 45 milliards, tout en suggérant qu’il pourrait s’agir du même projet. TechCrunch et le résumé de Superpower Daily distinguent plus nettement un premier contrat signé et un second accord encore en discussion. Aucun élément public ne permet d’établir qu’Anthropic aurait réservé 920 mégawatts.

IndicateurValeur calculée
Dépense annuelle moyenneenviron 7,5 milliards de dollars
Coût par mégawatt sur la duréeenviron 97,8 millions de dollars
Coût par mégawatt et par anenviron 16,3 millions de dollars

Ces montants sont des calculs de l’analyse d’InvestingLive, reprise par The Economic Times. Ils supposent, à titre d’illustration, que les 45 milliards correspondent aux 460 mégawatts. Ils ne constituent ni un tarif contractuel publié, ni la confirmation que les deux références décrivent le même bâtiment.

« La participation d’Anthropic explique probablement l’intérêt de Nvidia à maintenir le projet sur les rails. »

Investisseur cité par The Information

Un financement engagé avant tout revenu

Le financement intervient avant que le centre de données ne puisse produire des revenus. Le terrain, les raccordements au réseau, les sous-stations, le refroidissement et la structure du bâtiment doivent être financés avant les premiers versements de location. Les puces constituent une ligne de coût distincte, et aucune source rapportée n’indique que la garantie couvrirait leur achat. Pour les prêteurs, l’intérêt de la garantie est de réduire le risque lié à la solidité du locataire comme à la valeur du bâtiment s’il devait être repris.

Calendrier, réseau et eaux de ruissellement

Le projet de Virginie-Occidentale a connu plusieurs difficultés. Après des mois de négociations, il a obtenu sa certification auprès de l’État en septembre 2026. Les eaux de ruissellement du chantier ont en revanche inondé à plusieurs reprises des habitations voisines. Le calendrier et l’alimentation électrique restent donc des éléments sensibles pour les prêteurs. Un autre site de Nscale a par ailleurs été affecté : ce mois-ci, Microsoft s’est retiré d’un projet au Royaume-Uni après que la mise à disposition de l’électricité a été repoussée aux années 2030. Ce retrait ne concerne pas le campus de Virginie-Occidentale, mais il illustre les risques liés aux raccordements.

La capacité d’exécution de Nscale

Nscale doit démontrer sa capacité à livrer à grande échelle. L’entreprise disposait d’environ 25 000 puces d’intelligence artificielle avancées en service en août 2026, soit une fraction des presque 500 000 qu’elle prévoit de déployer. Elle cherche par ailleurs à entrer en bourse à une valorisation pouvant atteindre 35 milliards de dollars, malgré les inquiétudes sur sa capacité à livrer ses centres de données.

Concentration des rôles et défiance du marché

Cette concentration alimente les critiques autour du « financement circulaire », selon InvestingLive. Nvidia vendrait les puces utilisées dans le centre, détiendrait une participation dans Nscale qui exploitera le site et pourrait en outre garantir les emprunts de construction. Certains craignent qu’un soutien du fournisseur à la solvabilité de son client rende la demande de matériel plus importante qu’elle ne le serait sans cette intervention. À l’inverse, la présence d’un contrat de location déjà signé par Anthropic est présentée comme un indice de demande réelle.

Le secteur traverse par ailleurs une période de défiance. Selon CNBC, les actions de CoreWeave, Nebius et IREN ont chacune reculé de plus de 30 % en octobre 2026, jusqu’à la semaine précédant l’annonce. Ces entreprises font partie des « néoclouds » qui louent de la puissance de calcul sans disposer d’une activité historique génératrice de trésorerie comparable à celle des grands groupes technologiques. TechCrunch relie ces baisses à l’inquiétude croissante des investisseurs face aux montants engagés dans les projets d’infrastructure d’IA.

Anthropic est elle-même confrontée à des questions de financement. Elle a déposé une demande d’introduction en bourse cette semaine-là, sans être encore cotée, selon TechCrunch. Blackstone a averti les investisseurs qu’elle pourrait recevoir, après son entrée en bourse, une notation de crédit inférieure à la catégorie investissement. Une telle notation renchérirait le coût de sa dette et pourrait l’inciter à continuer de s’appuyer sur des partenaires disposant de bilans plus solides.


Perspectives et scénarios

Le dossier doit être lu selon le statut de chaque chiffre. Le contrat de 44,6 milliards pour le premier bâtiment de 460 mégawatts est signé. Le second accord, proche de 45 milliards, reste en discussion. Les garanties de Nvidia sont encore au stade des négociations : leur montant, leurs prêteurs, la part du prêt couverte, les plafonds et les conditions de sortie ne sont pas publics.

Trois scénarios méritent d’être suivis. Dans le premier, la garantie est finalisée avec des plafonds clairs, ce qui sécuriserait le financement de la construction et renforcerait la crédibilité du campus. Dans le deuxième, le soutien se limite à une protection de valeur résiduelle, et le risque se concentre sur le calendrier électrique et la gestion du chantier. Dans le troisième, les négociations aboutissent à un soutien réduit ou échouent, obligeant Nscale à chercher d’autres prêteurs dans un climat de défiance envers les néoclouds. Dans tous les cas, la transparence sur les engagements hors bilan restera le point d’attention majeur.

Sources

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

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