La Solana Foundation a présenté le 6 octobre 2026 un programme open source de règlement livraison-contre-paiement (DvP) destiné aux institutions financières, conçu avec l’apport consultatif de JPMorgan. Baptisé Solana DvP, ce programme compresse en une transaction atomique un processus qui mobilise traditionnellement chambres de compensation, dépositaires et gardiens pendant un à deux jours, et l’exécute en quelques secondes sur la blockchain publique Solana.
🔑 En bref
- Lancement le 6 octobre 2026 de Solana DvP, programme de règlement atomique open source
- JPMorgan a contribué des exigences en compensation de titres, sans aval formel
- Finalité mesurée en secondes contre 1 à 2 jours dans les rails traditionnels
- Compatible avec les jetons SPL, Token-2022 et les extensions pour émetteurs réglementés
- Code publié sous licence MIT, audits de sécurité externes réalisés
Qu’est-ce que Solana DvP ?
Solana DvP est un programme de référence qui standardise le règlement simultané d’un actif et de son paiement sur la blockchain Solana. Là où les marchés traditionnels obligent à immobiliser des capitaux pendant 24 à 48 heures en attendant la compensation bilatérale, le programme exécute les deux jambes (transfert du titre et mouvement de cash ou de stablecoin) dans une seule transaction atomique : les deux opérations se valident ensemble, ou aucune ne se valide.
Selon Catherine Gu, responsable produit des actifs numériques à la Solana Foundation, ce mécanisme supprime le risque de contrepartie au cœur de la finance traditionnelle et offre aux institutions une norme ouverte unique, déployée sur une infrastructure publique, avec une finalité en secondes plutôt qu’en jours.

Une architecture taillée pour les marchés réglementés
Le programme prend en charge les jetons SPL ainsi que la norme plus récente Token-2022, y compris les extensions dont dépendent les émetteurs régulés : jetons pausables, hooks de transfert, ou encore mécanismes d’isolement des fonds en escrow. Solana DvP fonctionne avec n’importe quel agent de règlement — banque, dépositaire, exchange — et ne se limite pas à un circuit fermé.
La fondation indique que le programme a passé des audits de sécurité externes et qu’il est prêt à être utilisé avec des fonds réels. Des fonctionnalités de confidentialité, permettant de préserver l’opacité commerciale des transactions, figurent sur la feuille de route.
| Caractéristique | Finance traditionnelle | Solana DvP |
|---|---|---|
| Finalité du règlement | 1 à 2 jours (T+1 / T+2) | Quelques secondes |
| Risque de contrepartie | Présent, couvert par CCP | Supprimé par atomicité |
| Capital immobilisé | Élevé (marge, collatéral) | Minimal |
| Intermédiaires | Dépositaires, custodians, CCP | Un seul programme on-chain |
| Norme de jeton | Variable (CSD, registrars) | SPL et Token-2022 |
| Licence | Propriétaire | MIT (open source) |
JPMorgan en apport consultatif, pas en garant
JPMorgan a apporté son expertise des pratiques de compensation institutionnelle : décennies d’exigences de marché concernant les délais, l’isolement des fonds en escrow, les hooks de transfert et les extensions utilisées par les émetteurs régulés. Mais la fondation a tenu à préciser que cette implication restait strictement consultative.
Le directeur des actifs numériques de JPMorgan, Rhodel D’souza, a néanmoins souligné l’intérêt d’une norme ouverte partagée pour le règlement atomique. La fondation rappelle que les propos du responsable ne valent ni approbation, ni certification, ni garantie de performance du programme.
« Une norme ouverte partagée pour le règlement atomique livraison-contre-paiement constitue exactement le type d’infrastructure fondamentale dont les participants du marché institutionnel ont besoin pour fonctionner à grande échelle sans introduire de risque de règlement et d’exposition au risque de contrepartie. »
Rhodel D’souza, Directeur des actifs numériques chez JPMorgan
Solana mise sur la finance traditionnelle
Le lancement s’inscrit dans une stratégie plus large de Solana pour courtiser la finance institutionnelle. En août, BlackRock — le plus grand gestionnaire d’actifs au monde — a lancé un fonds du marché monétaire tokenisé dédié aux réserves de stablecoins, dont la propriété est enregistrée sur Solana en parallèle d’Ethereum, dans le cadre du GENIUS Act. Kraken utilise également le réseau pour proposer des actions américaines tokenisées à des clients étrangers via son produit xStocks.
Le réseau a déjà servi de rail à des opérations de tokenisation emblématiques, notamment une émission de papier commercial arrangée par JPMorgan pour Galaxy Digital, réglée en USDC. Avec un volume quotidien typique situé entre 3 000 et 40 000 transactions, Solana traite un volume modeste comparé à des blockchains de paiement, mais sa combinaison débit/finalité reste son principal argument face à Ethereum pour les cas d’usage institutionnels.
La mise à niveau Alpenglow, attendue prochainement, devrait encore réduire la latence du protocole d’environ 12,8 secondes à environ 150 millisecondes, un seuil qui rendrait le règlement on-chain compétitif avec les meilleurs CLOB (Central Limit Order Book) traditionnels.
Un cadre réglementaire désormais aligné
Le terrain réglementaire s’éclaircit également. La SEC a récemment classé le SOL, jeton natif de Solana, comme une marchandise numérique et non comme un titre financier, levant une incertitude juridique majeure. Le GENIUS Act, promulgué plus tôt dans l’année, a par ailleurs créé un cadre dédié aux stablecoins avec des règles claires sur la structure, la liquidité et les portefeuilles d’actifs de réserve.
Solana DvP est publié sous licence MIT et son code est disponible sur GitHub. La fondation, basée à Zoug en Suisse, invite désormais partenaires de conception et participants précoces à rejoindre la version de production. Aucun calendrier de déploiement précis n’a toutefois été communiqué, et aucun partenaire institutionnel engagé n’a été nommé au-delà du rôle consultatif de JPMorgan.
Conclusion
Avec Solana DvP, la fondation ne propose pas un produit propriétaire mais un standard ouvert destiné à remplacer les contrats intelligents sur mesure que les desks institutionnels déployaient jusqu’ici au cas par cas. Si la promesse d’une finalité en secondes et d’un risque de contrepartie nul est techniquement crédible — et déjà éprouvée par les DEX on-chain —, l’adoption dépendra moins du code que de la confiance des dépositaires, des banques et des régulateurs.
Deux scénarios se dessinent : une adoption progressive, portée par les émetteurs de stablecoins et les gestionnaires d’actifs cherchant à réduire leurs frais de collatéral ; ou un statu quo dominé par les réseaux privés de type Hyperledger et les initiatives RWA sur Ethereum. L’arrivée d’Alpenglow, l’évolution du GENIUS Act et les premiers pilotes en production seront les vrais juges de paix d’ici 2027.
Sources
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

