Les marchés mondiaux ont basculé en mode risk-off mardi après l’expiration de la trêve de 60 jours entre les États-Unis et l’Iran. Le rendement du Trésor américain à 30 ans a touché 5,321 %, un sommet de 19 ans, tandis que le Brent franchissait 91 dollars. Bitcoin et Ether restent quasi stables dans la tempête obligataire.
🔑 En bref
- Le rendement du Trésor US à 30 ans atteint 5,321 %, plus haut en 19 ans
- Le brut Brent grimpe à 91,06 $ après un bond de plus de 2 $ lundi
- MSCI Asie-Pacifique ex-Japon +0,8 %, KOSPI +3 %, Nikkei -0,3 %
- Bitcoin quasi stable à 64 398 $, Ether à 1 911 $
- ING et Westpac notent l’absence de paroles apaisantes de Washington
Le 30 ans US à un sommet de près de deux décennies
La pression sur la courbe des taux américains s’est accentuée dès la réouverture des marchés asiatiques mardi. Le rendement du Trésor à 10 ans a gagné 0,8 point de base à 4,728 %, tandis que celui de l’échéance 30 ans a progressé de 0,6 point de base à 5,3146 %, son niveau le plus élevé depuis plus de vingt ans. Plus tôt dans la séance, le 30 ans avait touché 5,321 %, un pic observé pour la dernière fois en 2007 selon les services Fidelity.
Deux adjudications récentes du Trésor ont particulièrement marqué les opérateurs : la vente d’obligations à 10 ans s’est conclue à un rendement de 4,683 %, plus haut en 19 ans, et celle à 30 ans à 5,216 %, sommet sur 25 ans. Selon Anthony Saglimbene, stratège en chef chez Ameriprise Financial, ces adjudications rappellent que « le paysage est en train de changer ».
« Les adjudications de Trésor de la semaine dernière ont été un rappel que le paysage est en train de changer. Concernant l’émission à plus longue échéance, les investisseurs sont de plus en plus focalisés et préoccupés par la quantité croissante de dette américaine et le manque de discipline fiscale. »
Anthony Saglimbene, stratège en chef du marché chez Ameriprise Financial
En Asie, le rendement de l’obligation d’État japonaise à 10 ans a avancé de 2,5 points de base à 2,945 %, un sommet de trois décennies. En Europe, le Bund allemand à 10 ans a touché son plus haut depuis mai 2011 et l’OAT française à 10 ans un record sur 17 ans, leurs contrats à terme reculant dans les heures asiatiques.

Pétrole et or : l’approvisionnement mondial sous tension
Les cours du pétrole ont prolongé leur rallye, les opérateurs se recentrant sur les risques d’offre liés au blocage effectif du détroit d’Ormuz. Le Brent se négociait à 91,06 dollars le baril (+0,2 %) à la reprise des échanges asiatiques, après un bond de plus de 2 dollars lundi. Le Brent affiche cette année une hausse en glissement annuel inédite depuis plus de 40 ans, selon les données du CME Group.
L’or a également poursuivi son ascension, gagnant 0,1 % à 4 420,07 dollars, prolongeant ses gains pour un troisième jour consécutif. Le métal jaune reste un refuge privilégié face à la combinaison dette américaine, tensions géopolitiques et incertitudes monétaires.
Vasu Menon, directeur général de la stratégie d’investissement chez OCBC, souligne que la concurrence pour les capitaux provenant des hyperscalers de l’IA, la montée du déficit budgétaire américain et le départ du président de la Fed Kevin Warsh vers une politique plus opaque alimentent la hausse des rendements longs.
« La hausse des rendements des obligations américaines à long terme est un risque que les investisseurs doivent garder à l’esprit à l’avenir. Les investisseurs obligataires sont les mieux placés pour gérer ce risque en se concentrant sur les obligations à durée plus courte. »
Vasu Menon, directeur général de la stratégie d’investissement chez OCBC
Asie et Wall Street : des marchés divisés sous l’effet Iran
L’indice MSCI Asie-Pacifique hors Japon a gagné 0,8 %, porté par le KOSPI sud-coréen qui a bondi de plus de 3 % après la réouverture du marché de Séoul suivant un jour férié. Le Nikkei 225 a en revanche reculé de 0,3 %, les contrats à terme e-mini sur le S&P 500 restant stables. À Wall Street lundi, le S&P 500 avait cédé 0,5 % et le Nasdaq Composite 0,3 %, des données économiques décevantes — dont une baisse inattendue des ventes au détail — ayant conduit les marchés à réduire leurs paris sur un mouvement imminent de la Fed.
L’indice du dollar américain évoluait autour d’un plus bas de deux mois à 99,527, illustrant la défiance envers le billet vert malgré son statut de valeur refuge. Le bitcoin progressait de 0,1 % à 64 398,48 dollars et l’ether de 0,3 % à 1 911,40 dollars, montrant une relative résilience face au choc obligataire.
| Indice / actif | Variation | Niveau |
|---|---|---|
| MSCI Asie-Pacifique ex-Japon | +0,8 % | — |
| KOSPI (Corée du Sud) | +3 % | — |
| Nikkei 225 | -0,3 % | — |
| S&P 500 (lundi) | -0,5 % | — |
| Nasdaq Composite (lundi) | -0,3 % | — |
| Bitcoin | +0,1 % | 64 398 $ |
| Ether | +0,3 % | 1 911 $ |
| Or | +0,1 % | 4 420 $ |
| Brent | +0,2 % | 91,06 $ |
« Les marchés ont adopté un ton général de type risk-off alors que le président Trump a réaffirmé qu’il n’était pas intéressé à prolonger la trêve avec l’Iran, les tensions renouvelées au Moyen-Orient poussant les prix du pétrole à la hausse et compliquant le sentiment. »
Analystes de Westpac, note de recherche
Les analystes d’ING observent qu’au-dessus de 4,65 % sur le 10 ans US, les mouvements haussiers ont généralement été suivis de paroles apaisantes de l’administration Trump, centrées sur une résolution imminente du conflit iranien.
« Cette fois, nous n’entendons pas la même chose. En fait, les dernières indications ne laissent pas entrevoir de résolution imminente, la précaire trêve de 60 jours étant arrivée à son terme. »
Analystes d’ING, note de recherche
Détroit d’Ormuz et scénarios 2026 : Charles Schwab détaille quatre issues
Le détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 4,5 % du commerce mondial annuel selon Bloomberg, reste effectivement fermé. Les engrais, l’hélium pour la production de semi-conducteurs, les métaux précieux, l’aluminium, le ciment et le naphte pour l’industrie du plastique figurent parmi les matières premières les plus exposées.
Même en cas de maintien de la trêve, les dégâts sur les infrastructures énergétiques régionales — installations de GNL, capacités de production, d’exploration et de raffinage — sont significatifs et leur redémarrage peut prendre des mois. Les contraintes d’ingénierie et les limites de stockage risquent de prolonger le choc d’approvisionnement au-delà des hostilités.
Charles Schwab distingue quatre scénarios pour 2026 : un cas favorable (fin imminente du conflit, peu probable vu l’impact cumulé), un cas modéré (désescalade durable, normalisation progressive), un cas défavorable (frappes limitées maintenant les prix énergétiques élevés jusqu’au second semestre 2026) et un cas sévère (conflit prolongé, pénuries aiguës, récession mondiale).
L’indice MSCI ACWI hors États-Unis a déjà reculé de plus de 10 % en mars, tandis que le S&P 500 a perdu 5 %. Une baisse hebdomadaire consécutive sur cinq semaines ne s’est produite que deux fois au cours des 15 dernières années, en 2022 et en 2011, selon les données de Charles Schwab.
Conclusion : volatilité durable sans clarification du conflit
Sans plus de clarté sur les impacts fondamentaux de la guerre en Iran, la volatilité des marchés devrait rester élevée avec un potentiel de mouvements courts mais vifs entraînés par le risque de manchettes. Les investisseurs suivront désormais trois catalyseurs : l’évolution du détroit d’Ormuz, la posture de la Fed avec Kevin Warsh, et la trajectoire des adjudications du Trésor américain à long terme.
La résistance de Bitcoin et Ether, malgré la hausse des rendements réels, suggère que la crypto reste pour l’instant en marge de ce choc géo-économique — un schéma qui pourrait évoluer si les anticipations d’inflation s’envolent ou si le billet vert continue de s’éroder.
Sources
- Reuters – Global markets wrapup, 18 août 2026
- Fidelity – Treasury yields analysis, 17 août 2026
- Euronext – Oil and bond yields live coverage
- Charles Schwab – Iran war scenarios for global equities
- TradingView – Reuters news wire
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

