OKXICE : 50 sociétés cotées refusent la tokenisation de leurs actions

Share

En moins de trois semaines, le nombre de sociétés cotées opposées à la tokenisation de leurs actions sur la plateforme OKXICE est passé de neuf à cinquante. Nvidia, Nike, Costco ou Reddit figurent désormais parmi elles. Cette vague ne rejette pas la tokenisation en soi : elle révèle surtout le droit d’opposition d’un modèle dans lequel un tiers non affilié négocie des titres sans l’accord de l’émetteur.

🔑 En bref

  • Au 30 octobre 2026, 50 sociétés cotées ont déposé une objection, couvrant 44 des 63 symboles de la proposition initiale.
  • Les avis ne donnent aucune raison individuelle ; le décompte a progressé de 24 objections entre le 26 et le 30 octobre.
  • L’exemption conditionnelle de la SEC du 17 septembre 2026 impose un délai d’opposition de 30 jours et un plafond de volume par titre.
  • Nasdaq affirme privilégier une tokenisation pilotée par les émetteurs ; les allégations de pressions sur des sociétés restent non vérifiées.

Une progression rapide, par vagues successives

Le premier avis, daté du 15 octobre 2026, recensait neuf objections : Cerebras Systems, AppLovin, Applied Digital, Rocket Lab, CoreWeave, Verizon, Applied Optoelectronics, Broadcom et UnitedHealth Group. Elles concernaient environ 14 % des actions initialement envisagées. Le décompte a ensuite été mis à jour à plusieurs reprises, comme le montre le tableau ci-dessous.

Date de l’avisObjections cumuléesPrécision
15 octobre9Avis initial
19 octobre16Total signalé
23 octobre22Avis révisé (Quartz)
26 octobre26Crypto.news (Quartz : 22)
27 octobre33+7 (Crypto.news)
28 octobre38+5 (Crypto.news)
30 octobre50+12 (avis OKXICE)

Au 19 octobre, le total atteignait 16 avec Microsoft, Alphabet, Goldman Sachs, Qualcomm, Caterpillar, McDonald’s et Western Digital. Un avis révisé déposé le 23 octobre portait le total à 22, avec l’ajout de Wells Fargo, Intuit, Cisco, Marvell Technology, Moderna et Arm Holdings. Parmi ces 22 objecteurs, 16 étaient cotées au Nasdaq et six à la NYSE.

« Nous avons toujours prévu cela, parce qu’il s’agit d’un changement aussi dramatique et révolutionnaire que de nombreuses entreprises voudraient attendre de voir comment cela se passe plutôt que d’être les premières à participer. »

Andrew Cuomo, coprésident d’OKXICE

Le 26 octobre, les sources divergent. Quartz, mis à jour ce jour-là, rapportait encore 22 objections sur la base de l’avis du 23 octobre, tandis que Crypto.news en comptait 26. Selon ce dernier, sept objections ont été ajoutées le 27 octobre, cinq le 28 et douze le 30 octobre, ce qui porte le total à 50 (26 + 7 + 5 + 12). Les douze nouvelles objections concernent Nvidia, Nike, Costco, Micron, Reddit, CrowdStrike, Corning, IREN, USA Rare Earth, Bloom Energy, Palo Alto Networks et Hewlett Packard Enterprise. Parmi les objecteurs antérieurs figuraient aussi JPMorgan Chase, AMD, Intel et Walmart.

Le décompte par symbole est plus nuancé que le total. La proposition initiale du 4 octobre comptait 63 symboles pour 62 sociétés, Alphabet étant représentée par GOOG et GOOGL. Selon la comparaison réalisée par The Defiant, les objections couvrent 44 de ces symboles, tandis que 19 restent sans opposition déclarée, dont Apple, Amazon et Tesla. Sept objecteurs ne figuraient pas sur la liste initiale, dont Wells Fargo et Arm Holdings ; la prise en compte des deux classes d’actions d’Alphabet explique l’écart entre 50 sociétés et 44 symboles. L’avis du 30 octobre décrit les actions éligibles, mais ne confirme aucune liste de lancement.

Des motifs non déclarés, des explications contestées

Les notices officielles ne donnent aucune justification individuelle. Crypto Briefing attribue toutefois aux neuf premières sociétés des inquiétudes sur l’effet du trading tokenisé sur les prix et la liquidité, ainsi que sur une éventuelle confusion des investisseurs. Cette lecture ne correspond ni aux notices du 15 octobre, ni au constat de The Defiant et de Yahoo Finance selon lesquels les objections n’étaient pas expliquées. La seule objection motivée clairement rapportée par Bit.com, à partir de The Block, est celle d’Applied Optoelectronics, qui a exprimé une incertitude sur les prix, la liquidité et la volatilité.

Les risques structurels identifiés

Selon l’analyse de Bit.com, quatre préoccupations dominent :

  • l’exposition à des cours hors séance et pendant les week-ends, lorsque la liquidité est plus faible ;
  • le risque de faible liquidité, susceptible d’élargir les écarts de prix ;
  • la perte de contrôle de l’émetteur sur la négociation de ses propres titres ;
  • l’application de règles d’accès et de cotation plus légères qu’en bourse classique.

OKXICE reconnaît ne pas être soumise à la Regulation NMS, qui impose notamment la recherche du meilleur prix disponible, ni aux règles d’accès équitable applicables aux marchés enregistrés. Le site du dispositif avertit que les prix des tokens peuvent diverger des actions sous-jacentes, surtout lorsque la liquidité est faible en dehors des heures habituelles. Une étude du Fonds monétaire international a également mis en garde contre des marchés restant volatils et peu liquides. Bit.com illustre ce risque par un scénario purement hypothétique : une vente importante dans un pool automatisé un samedi pourrait faire chuter le token de 6 % sous la clôture du vendredi, avant une réouverture de l’action à 2 % de moins le lundi.

Une exemption conditionnelle, calibrée par la SEC

Le cadre juridique repose sur l’exemption conditionnelle publiée par la Securities and Exchange Commission (SEC) le 17 septembre 2026. Elle permet à certaines plateformes de négocier des titres tokenisés sans s’inscrire comme bourses classiques. Elle expire le 17 septembre 2031, date à laquelle la SEC doit adopter des règles permanentes.

Avant d’offrir les actions tokenisées d’un tiers non affilié, la plateforme doit notifier l’émetteur. Une objection écrite reçue au plus tard le 30e jour calendaire suivant cette notification empêche la commercialisation du token sur cette plateforme au titre de l’exemption. L’avis doit être publié dans les cinq jours ouvrables suivants. Le silence de l’émetteur n’équivaut donc pas à une autorisation : le trading ne peut commencer qu’après l’expiration du délai de 30 jours. Selon Bit.com, une plateforme qui négocierait malgré une objection valable perdrait l’exemption pour ce titre et s’exposerait à des poursuites de la SEC.

Les plafonds de volume fixés par la SEC sont les suivants :

CatégoriePlafond de volume
Titres de niveau 10,25 % du volume quotidien moyen mensuel antérieur
Titres de niveau 22,5 % du volume quotidien moyen mensuel antérieur

Dans le modèle d’OKXICE, les actions sous-jacentes sont conservées une pour une par un courtier-registre enregistré auprès de la SEC, chaque token représentant un droit sur une action. Les tokens doivent conserver les droits économiques et de propriété attachés aux actions ordinaires : dividendes, droits de vote et créances sur les actifs de la société. L’avis du 30 octobre précise qu’OKXICE lui-même n’émettra pas ces titres et ne conservera pas les actifs des clients. La société, texane, est détenue à parts égales par Intercontinental Exchange Holdings et OKC USA Holding. La coentreprise, annoncée en juin 2026, est coprésidée par Andrew Cuomo et Trabue Bland, cadre supérieur d’ICE chargé des marchés à terme.

Le dispositif devait offrir un trading continu, 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, au moyen de pools de liquidité Uniswap v4 à accès autorisé sur la blockchain X Layer d’OKX, réglés en stablecoins comme USDC, USDT et USDG. Sans carnet d’ordres, les prix seraient issus de l’actif disponible dans chaque pool. Le trading devait s’arrêter dès que l’action correspondante était suspendue sur son marché d’origine.

Nasdaq, allégations non vérifiées et modèles concurrents

Des allégations ont circulé selon lesquelles des représentants de Nasdaq auraient encouragé des sociétés cotées à s’opposer à OKXICE. La journaliste Jacquelyn Melinek a écrit le 29 octobre sur X qu’un dirigeant d’une société cotée au Nasdaq avait été contacté par son représentant, qui suggérait de s’opposer au trading tokenisé de ses actions. La société, le dirigeant et le représentant ne sont pas nommés. Selon The Defiant, la capture jointe ne montre que le compte de l’expéditeur et non un message de Nasdaq ; l’échange privé n’a pas été authentifié indépendamment. Nasdaq n’a pas commenté directement, mais son porte-parole a indiqué que la place privilégie une tokenisation pilotée par les émetteurs dans les structures de marché existantes.

« Une société peut s’opposer à une plateforme particulière sans rejeter la tokenisation dans son ensemble. »

Brett Redfearn, président de Securitize (Wall Street Journal, via The Block)

Le modèle de tiers non affilié d’OKXICE contraste avec d’autres constructions. Nasdaq développe sa propre tokenisation avec Kraken, dont la société mère est Payward, dans un modèle centré sur les émetteurs ; Crypto.news situe son lancement visé au deuxième trimestre 2027, tandis que Quartz évoque une plateforme attendue en 2027. Securitize et Superstate privilégient la tokenisation approuvée par les émetteurs, dans laquelle les actions sont enregistrées sur la blockchain par leur agent de transfert. Un avis actualisé d’OKXICE prévoit aussi la possibilité de proposer des actions tokenisées par leurs propres émetteurs.

Hors du cadre américain, les marchés n’offrent pas le même droit de veto. Kraken propose les xStocks depuis juin 2025, et Bitget est devenu le principal lieu de négociation des tokens émis par Ondo. Les xStocks de Backed Finance reflètent la valeur économique d’actions conservées en garde, sans être des actions nominatives enregistrées, et ne sont pas proposés aux investisseurs américains. En juin 2026, Binance a lancé les bStocks, adossés un pour un à certaines actions américaines, dont Nvidia et Tesla, émis par une affiliée sous l’approbation de l’Abu Dhabi Global Market. Juridiquement, ce sont des certificats et non des actions, qui ne sont pas offerts aux États-Unis. Le volume quotidien des actions tokenisées a atteint un record de 3,57 milliards de dollars le 19 mai 2026, principalement sur Binance et Hyperliquid, selon Unchained.


Perspectives et scénarios

Le site d’OKXICE indique toujours que la venue est à venir. Aucune date de lancement ni liste définitive d’actions n’a été annoncée, et les sources ne publient aucune variation chiffrée des cours des sociétés objectrices permettant de mesurer une réaction de marché immédiate.

Trois scénarios se dessinent. Dans le premier, le lancement reste restreint aux titres sans opposition déclarée, comme ceux d’Apple, Amazon ou Tesla, si leur inclusion est confirmée. Dans le second, l’exemption est maintenue et le nombre d’objections se stabilise à mesure que les émetteurs prennent position. Dans le troisième, la tokenisation centrée sur l’émetteur, portée par Nasdaq, Securitize ou Superstate, gagne du terrain et réduit la demande pour les modèles de tiers. Dans tous les cas, l’échéance de septembre 2031 et les règles permanentes de la SEC seront déterminantes.

Sources

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

Avertissement : ce contenu est fourni à titre d’information uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement. Les cryptomonnaies sont très volatiles : vous pouvez perdre tout votre capital. Faites toujours vos propres recherches. Mentions légales
Telemac
Telemachttp://cryptoinfo.ch
Passionné de nouvelles technologies, j’explore l’univers de la blockchain et des cryptomonnaies pour partager l’actualité et les innovations du secteur.

Lire la Suite

Articles