Nvidia a confirmé sa domination sur le marché des puces d’intelligence artificielle en publiant des résultats trimestriels largement supérieurs aux attentes, tout en s’apprêtant à racheter la plateforme open source Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars. Au-delà des chiffres, l’opération marque une nouvelle étape dans la stratégie de verticalisation du groupe, qui cherche à s’imposer comme la plateforme de référence de l’IA de bout en bout.
🔑 En bref
- Chiffre d’affaires T2 fiscal : 96,2 Mds$, en hausse de 106 % en glissement annuel, vs 92,27 Mds$ attendus
- BPA ajusté : 2,22 $ (consensus 2,09 $) ; guidance T3 à 108 Mds$
- Segment data center : 89,0 Mds$, +117 % YoY
- Rachat de Hugging Face pour 12,9 Mds$, valorisant la plateforme ~86x son CA
- Consortium avec BlackRock, Blackstone, KKR et Apollo pour 500 Mds$ d’investissement data center
Résultats T2 : un dépassement massif des attentes
Nvidia a publié mercredi des résultats du deuxième trimestre fiscal qui ont surpris les analystes par leur ampleur. Le chiffre d’affaires a atteint 96,2 milliards de dollars, soit une progression de 106 % en glissement annuel, contre un consensus de 92,27 milliards. Le bénéfice ajusté par action s’est élevé à 2,22 dollars, dépassant les 2,09 dollars anticipés. Pour le troisième trimestre, la société vise un chiffre d’affaires de 108 milliards de dollars, au-dessus des 103,9 milliards prévus.

Le titre Nvidia a initialement reculé de 2 % dans les échanges en avant-Bourse, avant de rebondir pour clôturer en hausse d’environ 4,3 % après la clôture de Wall Street. En pré-marché, l’action avait gagné entre 7 et 8 %, entraînant les indices technologiques à la hausse dès l’ouverture.
Le segment data center au cœur de la dynamique
Le segment des centres de données reste le principal moteur de croissance. Il a généré 89,0 milliards de dollars de revenus, en hausse de 117 % sur un an, dépassant les 85,83 milliards anticipés. La marge brute ajustée s’est établie à 75 %, conforme aux attentes, mais la direction a averti que les coûts de la mémoire DRAM (mémoire vive dynamique utilisée dans les serveurs) devenaient « extrêmes » et dépassaient ses propres prévisions internes.
Pour le T3, Nvidia table sur une marge brute de 74 % (± 50 points de base), avant un creux attendu à 71-72 % au quatrième trimestre fiscal, puis un retour à 72-73 % lors du prochain exercice. La directrice financière Colette Kress a précisé que les engagements pour sécuriser les composants mémoire sont passés de 119 milliards à 279 milliards de dollars en un seul trimestre.
« L’ampleur de la hausse des prix de la mémoire a dépassé nos attentes antérieures et continue d’augmenter vers l’année prochaine. »
Colette Kress, CFO de Nvidia
Stratégie IA : vers une plateforme complète
Jensen Huang, le PDG de Nvidia, s’est montré confiant lors de la conférence téléphonique. Il a déclaré que l’IA avait atteint son point d’inflexion : ses jetons (unités de texte traitées par les modèles de langage) sont désormais productifs et rentables, et le calcul devient une ligne de chiffre d’affaires à part entière. Il a également souligné la profondeur de l’écosystème : « Nvidia est une plateforme — une plateforme d’usine d’IA entière qui couvre l’ensemble du cycle de vie de l’IA, que vous pouvez utiliser dans n’importe quel cloud. »
La société a estimé que les besoins en calcul des agents d’IA étaient entre 15 et 100 fois supérieurs à ceux des interactions humaines classiques, ce qui maintient la demande de GPU (processeurs graphiques utilisés pour le calcul parallèle) à un niveau soutenu. Nvidia s’attend à ce que l’offre reste le principal facteur limitant jusqu’à la fin de l’exercice fiscal 2028. Le partenariat avec AWS a aussi été élargi : Amazon Web Services déploiera 2 millions de GPU supplémentaires à partir du trimestre en cours et adoptera la pile physique Nvidia pour alimenter ses robots d’entrepôt.
Le rachat de Hugging Face à 12,9 milliards
Au-delà des résultats, Nvidia aurait conclu un accord pour acquérir la plateforme open source Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars, selon des informations de The Information relayées par Reuters, CNBC et TechCrunch. Fondée en 2016, Hugging Face est souvent décrite comme le « GitHub de l’IA », un hub où développeurs et entreprises partagent modèles, ensembles de données et outils open source.
La plateforme génère environ 150 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel et n’est pas encore rentable, malgré une valorisation de 4,5 milliards lors d’un tour de table en 2023. Nvidia avait déjà participé à ce tour et proposé en 2025 un investissement minoritaire de 500 millions, rejeté par la direction. Le prix de 12,9 milliards représente environ 86 fois le chiffre d’affaires, reflétant la place centrale de la plateforme dans l’écosystème IA open source.
| Métrique | Valeur |
|---|---|
| Montant de l’opération | 12,9 Mds$ |
| CA annuel Hugging Face | ~150 M$ |
| Multiple CA | ~86x |
| Valorisation 2023 | 4,5 Mds$ |
| Investissement Nvidia précédent | 500 M$ (rejeté en 2025) |
Aucun contrat définitif n’a encore été signé et la structure du deal — numéraire, actions ou mix — reste indéterminée. Les observateurs s’interrogent sur l’impact de cette opération sur la neutralité de Hugging Face, perçue jusqu’ici comme un espace vendor-neutral (sans parti pris envers un fournisseur).
Impact sur les marchés mondiaux
L’effet des résultats Nvidia s’est propagé à l’ensemble des marchés actions. Le Nasdaq Composite a avancé de 0,8 %, le S&P 500 de 0,4 % et le Dow Jones de 35 points. Dans le secteur des semi-conducteurs, Broadcom a gagné 2 %, SK Hynix 1 %, Arm 5 %, Marvell Technology plus de 5 %, Micron plus de 4 % et l’ETF VanEck Semiconductor (SMH) a également progressé.
Les valeurs logicielles ont aussi bénéficié de l’enthousiasme : Salesforce a bondi de 12 à 13 %, Okta de plus de 20 %, ServiceNow et Datadog de 9 %, Adobe et Autodesk d’environ 5 %. En Europe, le secteur technologique a monté de 1,5 %. En Asie, le Kospi sud-coréen a progressé de 1,53 % et le CSI 300 chinois de 0,86 %, tandis que le Nikkei 225 japonais a reculé de 0,20 % et l’indice australien S&P/ASX 200 a perdu 0,98 %. Les investisseurs suivent également le symposium de Jackson Hole, où le président de la Fed Kevin Warsh doit s’exprimer vendredi.
« Nous maintenons notre conviction dans le récit plus large de la croissance de l’IA et croyons qu’il demeure un facteur clé de notre perspective positive du marché. »
Mark Haefele, CIO d’UBS Global Wealth Management
Le financement de l’expansion
Nvidia a également détaillé ses efforts pour financer l’expansion de ses clients. La société a formé un consortium avec BlackRock, Blackstone, KKR, Apollo, Brookfield et Goldman Sachs pour mobiliser un fonds de 500 milliards de dollars dédié à la construction de centres de données. Un accord a aussi été conclu pour développer un centre de données de 8 gigawatts en Ohio. La CFO Colette Kress a défendu ce modèle face aux critiques sur le financement circulaire (les fonds réinvestis dans l’écosystème du groupe) : « Nous sommes payés deux fois : une première lors de la vente du matériel et une seconde grâce à notre part des revenus locatifs. »
Pour l’exercice 2028, Nvidia prévoit une croissance de son chiffre d’affaires d’environ 70 %, bridée par l’offre. La société n’intègre aucune recette provenant de la Chine dans ses prévisions trimestrielles, en raison des incertitudes géopolitiques : moins de 1 % des revenus data center de la gamme Hopper 200 est allé à des clients chinois au dernier trimestre. La CFO a confirmé qu’une résolution rapide des restrictions commerciales avec Pékin n’était pas à l’ordre du jour.
Conclusion
Les résultats du T2 fiscal confirment que Nvidia reste l’acteur central de l’écosystème IA, malgré la montée de puces concurrentes développées en interne par ses propres clients (comme la Jalapeño d’OpenAI). La combinaison d’une croissance à trois chiffres, d’une guidance solide et d’une acquisition stratégique à 12,9 milliards envoie un signal clair : le groupe ne se contente plus de vendre des GPU, il ambitionne de devenir l’infrastructure logicielle et communautaire de l’IA.
Les prochains catalyseurs seront la prise de parole du président de la Fed Kevin Warsh à Jackson Hole, l’évolution des restrictions à l’export vers la Chine et la conclusion formelle du rachat de Hugging Face. Si l’offre reste le facteur limitant jusqu’en 2028, la question de la soutenabilité des dépenses d’IA et de leur financement continuera de dicter la volatilité du secteur.
Sources
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

