Royaume-Uni : les stablecoins systémiques plafonnés à 40 Md£

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Le Royaume-Uni a présenté son cadre réglementaire final pour les stablecoins systémiques, avec un plafond d’émission de 40 milliards de livres et l’attribution d’un nouvel objectif d’innovation à la Banque d’Angleterre. Le régime entre en vigueur le 25 octobre 2027 et place Londres dans la course face au règlement MiCA et au GENIUS Act américain.

🔑 En bref

  • La Banque d’Angleterre se voit confier un nouvel objectif secondaire de soutien à l’innovation dans les stablecoins et les paiements numériques.
  • Un plafond d’émission temporaire de 40 Md£ (~52,8 Md$) par stablecoin systémique remplace les anciennes limites de détention individuelles.
  • Jusqu’à 70% des réserves peuvent être détenues en dette publique britannique à court terme, le solde en dépôts non rémunérés à la BoE.
  • Le régime entre en vigueur le 25 octobre 2027, avec dépôt des demandes d’autorisation à partir du 30 septembre.
  • Le marché mondial des stablecoins atteint 303 Md$ selon DeFiLlama, contre 200 Md$ un an plus tôt.

Un nouvel objectif d’innovation pour la Banque d’Angleterre

Le gouvernement britannique a annoncé une modification de la loi sur les services financiers et les marchés financiers (Financial Services and Markets Bill) afin d’ajouter un objectif statutaire secondaire à la Banque d’Angleterre : soutenir l’innovation dans les stablecoins et les paiements numériques. La stabilité financière demeure la mission principale de l’institution, mais la BoE devra désormais remettre chaque année au Parlement un rapport sur ses avancées en matière d’innovation.

Pour la City minister Lucy Rigby, cette évolution marque une volonté politique claire :

« Bien que la stabilité financière restera toujours l’objectif principal de la Banque, cet objectif secondaire soutiendra la Banque dans sa démarche continue de promotion de l’innovation dans les paiements et la finance numérique, veillant à ce que le Royaume-Uni reste un leader mondial des services financiers. »

Lucy Rigby, City Minister

Plafond d’émission et exigences de réserves

Le cœur du dispositif repose sur un plafond d’émission inédit. Les autorités britanniques ont renoncé aux limites de détention initialement proposées (20 000 £ par personne et 10 M£ par entreprise), jugées trop contraignantes par le secteur. À la place, un plafond temporaire d’émission de 40 milliards de livres (environ 52,8 milliards de dollars) par stablecoin systémique a été introduit.

Ce plafond, qualifié de « garde-fou temporaire à l’émission », sera réévalué régulièrement. La BoE prévoit de l’assouplir, puis de le supprimer, une fois les risques pour l’octroi de crédit correctement atténués. La composition des réserves est également encadrée :

  • Jusqu’à 70% en dette publique britannique à court terme (gilts), contre 60% initialement envisagés.
  • Au moins 30% en dépôts non rémunérés à la Banque d’Angleterre, pour garantir la liquidité en cas de rachats massifs.
ParamètreProposition initialeCadre final
Limite de détention individuelle20 000 £ par personneSupprimée
Limite de détention entreprise10 M£ par entrepriseSupprimée
Plafond d’émissionAucun40 Md£ par stablecoin systémique
Dette publique en réserves60%70%
Dépôts à la BoE40%30% (non rémunérés)

Sasha Mills, directrice exécutive de l’infrastructure des marchés financiers à la BoE, a souligné que les stablecoins systémiques doivent répondre aux mêmes exigences que les formes existantes de monnaie utilisées dans l’économie réelle britannique. La Banque des règlements internationaux (BRI) adopte néanmoins un ton prudent dans son Rapport économique annuel 2026 : les stablecoins « présentent des insuffisances sur les propriétés clés de la monnaie et comportent des défauts structurels » et leur « adoption généralisée pourrait affecter la stabilité macroéconomique et financière ».

Calendrier de mise en œuvre

Le régime britannique se déploie selon un calendrier pluriannuel, en coordination avec la Financial Conduct Authority (FCA) :

  1. 30 septembre : ouverture des dépôts de demandes d’autorisation pour les émetteurs.
  2. 22 septembre : date limite pour les retours du secteur sur la praticabilité de la proposition.
  3. Fin 2026 : publication attendue du code de pratique définitif.
  4. 25 octobre 2027 : entrée en vigueur du régime pour les stablecoins systémiques.

La BoE et la FCA travaillent conjointement pour offrir un régime de bout en bout, avec une gestion de la transition pour les entreprises passant du statut non systémique au statut systémique.

Réactions contrastées du secteur

Les acteurs de l’industrie britannique ont réagi en ordre dispersé. Janine Hirt, directrice générale d’Innovate Finance, a salué certains ajustements tout en critiquant la rigidité du cadre :

« Malgré certains changements positifs en réponse aux retours du secteur, l’approche de la Banque d’Angleterre risque toujours de créer le régime de stablecoins le plus conservateur et le plus prudent au monde. »

Janine Hirt, directrice générale d’Innovate Finance

Elle pointe notamment le risque que le plafond d’émission « entrave les projets britanniques de tokenisation des marchés de capitaux de gros et crée une instabilité si la demande dépasse l’offre », ainsi que l’impact économique de l’obligation de détenir 30% des réserves à la BoE, qui « retire un tiers des revenus potentiels pour les prestataires de services et les émetteurs ».

À l’inverse, les coprésidents du groupe parlementaire multipartite sur la crypto et les actifs numériques, Lord Ed Vaizey et le député Gurinder Singh Josan, ont salué l’abandon des limites de détention individuelles comme « un grand pas dans la bonne direction » envoyant « un signal positif que le Royaume-Uni prend au sérieux la compétition sur le marché mondial des actifs numériques ».

Un marché global en forte croissance

Le cadre britannique intervient dans un contexte de croissance exponentielle du marché des stablecoins. Selon les données DeFiLlama citées par CoinDesk, la capitalisation globale atteint 303 milliards de dollars, contre environ 200 milliards un an plus tôt. La majorité reste adossée au dollar américain.

Les usages de détail explosent également : selon Visa, les transactions en stablecoins inférieures à 250 dollars sont passées de 500 millions de dollars en 2019 à près de 70 milliards de dollars l’an dernier. Le comité des services financiers de la Chambre des Lords, dans un rapport de 71 pages intitulé « Stablecoins : en attente de réglementation », note que le marché mondial « est dominé par les stablecoins en dollars américains et a évolué pour servir le trading de cryptoactifs ».

Sarah Breeden, gouverneure adjointe de la BoE chargée de la stabilité financière, a qualifié l’architecture révisée de « véritablement un régime de classe mondiale » et a parlé d’une « étape majeure dans la livraison d’un plus grand choix et d’une plus grande innovation dans les paiements britanniques ».

Une course réglementaire mondiale

Le Royaume-Uni tente de rattraper son retard sur ses concurrents. L’Union européenne a vu sa réglementation MiCA entrer pleinement en vigueur en décembre 2024, tandis que les États-Unis ont adopté la loi GENIUS en juillet de l’année précédente. Le rapport de la Chambre des Lords constate que « le Royaume-Uni est en retard par rapport aux États-Unis et à l’Union européenne mais se dirige désormais dans la bonne direction ».

Pour Sasha Mills, 2026 sera « fondamentale pour façonner l’avenir numérique financier du Royaume-Uni ». Reste à savoir si ce cadre — qualifié de « le plus conservateur du monde » par ses détracteurs — parviendra à attirer les émetteurs internationaux et à développer un écosystème britannique de paiements tokenisés à la hauteur des ambitions de la City.


Conclusion

Le Royaume-Uni opte pour un compromis réglementaire : un cadre opérationnel dès 2027, un plafond d’émission flexible mais contraignant, et une architecture de réserves alignée sur les standards prudentiels existants. Les émetteurs bénéficient de la suppression des limites de détention, mais doivent composer avec une exposition obligatoire à la Banque d’Angleterre et à la dette souveraine britannique.

Le succès du régime dépendra de sa capacité à attirer les acteurs face à l’attraction du dollar et de l’euro, ainsi que de la réévaluation périodique du plafond de 40 Md£. Si la demande explose et que les garde-fous sont levés trop tard, le Royaume-Uni risque de devenir un marché de second rang ; s’ils sont assouplis à temps, Londres pourrait redevenir une place de choix pour la finance tokenisée.

Sources

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

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Passionné de nouvelles technologies, j’explore l’univers de la blockchain et des cryptomonnaies pour partager l’actualité et les innovations du secteur.

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