Le Salvador tourne le dos au BTC comme moyen de paiement

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Le Salvador, premier État à avoir accordé au bitcoin le statut de monnaie légale en septembre 2021, a renoncé à son usage quotidien. Sous la pression du FMI, les paiements en BTC se sont évaporés, bien que le pays conserve d’importantes réserves.

🔑 En bref

  • Seuls 1,7 % des envois de fonds de janvier-février 2022 ont transité par le portefeuille Chivo.
  • Le FMI a conditionné son aide de 1,4 milliard de dollars à la fin du statut légal du bitcoin.
  • L’accord a été conclu en février 2025 ; les commerçants ne sont plus tenus d’accepter le BTC.
  • Le Salvador détient néanmoins 6 050 BTC, soit environ 600 millions de dollars.
  • Environ 70 % de la population s’opposait à l’utilisation du bitcoin selon les sondages.

Une adoption historique portée par Bukele

Le 7 septembre 2021, le président Nayib Bukele officialise l’adoption du bitcoin comme monnaie à cours légal, aux côtés du dollar américain. L’objectif affiché est de réduire les coûts des envois de fonds immigrés, qui représentent 22 % du PIB salvadorien. Le chef de l’État promet alors « des millions de dollars d’économies » et un coup de fouet à l’économie nationale.

Pour amorcer la transition, le gouvernement met en place plusieurs incitations. Un portefeuille électronique, Chivo Wallet, est créé, et chaque citoyen adulte téléchargeant l’application reçoit l’équivalent de 30 dollars en bitcoin. Selon le quotidien El País, le budget public consacré à cette politique se serait élevé entre 200 et 400 millions de dollars, incluant un fonds de couverture de 150 millions de dollars destiné à amortir les variations de prix lors des conversions BTC/USD. L’application a été téléchargée quatre millions de fois dans un pays de 6,5 millions d’habitants.

Sur le plan symbolique, le projet Bitcoin City est annoncé au pied du volcan Conchagua, alimenté par l’énergie géothermique et destiné aux mineurs de bitcoin. Pour le financer, le gouvernement prévoit l’émission d’obligations dites « Volcano Bonds » pour un montant d’un milliard de dollars, dont la mise en vente initialement prévue en mars 2022 a été reportée sine die.

Une adoption décevante sur le terrain

Malgré les incitations financières et la communication politique, l’usage du bitcoin comme moyen de paiement reste marginal. Le président de Banque centrale du Salvador (BCR) indique que sur les remises migratoires de janvier et février 2022, qui atteignent 1,125 milliard de dollars, seuls 19 millions de dollars (1,7 %) ont transité par Chivo. La même source relève que moins de 2 % des envois de fonds ont été réalisés via les cryptomonnaies entre janvier et novembre 2023.

Les sondages confirment la défiance citoyenne : environ 70 % de la population se déclare opposée au bitcoin comme moyen de paiement. Luis Mejillon, un Salvadorien de 28 ans, résume les réticences :

« Je n’ai pas confiance, pour trois raisons. Un, parce que c’est une monnaie volatile. Deux, le bitcoin se prête au blanchiment d’argent. Trois, on peut devenir un narco-État. »

Luis Mejillon, résident salvadorien

Le terrain confirme ce rejet. Jon Atack, développeur Bitcoin Core, rapporte son expérience dans un restaurant d’El Zonte, la fameuse « Bitcoin Beach ». Il indique que payer son addition en BTC a suscité la curiosité du personnel car il s’agissait du premier paiement de ce type depuis plusieurs semaines. Selon lui, ces transactions sont devenues « pratiquement inexistantes ». La volatilité du bitcoin a achevé de détourner les usagers : beaucoup préfèrent leur carte bancaire classique à un actif dont le prix peut chuter avant la conversion en dollars.

Pressions du FMI et tournant de février 2025

Le Fonds monétaire international critique dès janvier 2022 le statut légal du bitcoin, qu’il juge source d’instabilité financière, menace pour l’intégrité du système financier et risque pour la protection des consommateurs. Confronté à une dette publique de 31 milliards de dollars (environ 85 % du PIB), le Salvador n’a d’autre choix que de solliciter l’institution.

En 2024, le FMI propose une aide de 1,4 milliard de dollars, assortie d’une exigence claire : mettre fin à la reconnaissance du bitcoin comme monnaie officielle. Le président Bukele accepte l’accord en février 2025, tout en maintenant publiquement ses achats gouvernementaux de BTC. Depuis, les commerçants ne sont plus obligés d’accepter les paiements en bitcoin : l’expérience de la monnaie légale prend fin.

IndicateurValeurPériode
Dette publique du Salvador31 milliards USD2024
Dette / PIB≈ 85 %2024
Aide FMI conditionnelle1,4 milliard USD2024
Remises migratoires via Chivo1,7 %janv-fév 2022
Remises via cryptomonnaies< 2 %janv-nov 2023

Réserves intactes, pertes sèches

Malgré l’abandon de l’usage quotidien, le Salvador conserve un trésor de guerre en bitcoin. Le bureau national du bitcoin recense aujourd’hui 6 050 BTC, valorisés autour de 600 millions de dollars aux cours actuels, contre 2 300 BTC évoqués précédemment par les médias — signe d’une accumulation discrètement poursuivie.

Les pertes sur les achats passés restent toutefois significatives. Au début 2022, sur 86,6 millions de dollars investis, l’État avait déjà perdu 16,2 millions de dollars (-18,7 %) en seulement deux mois. En juin 2022, les bitcoins acquis par le gouvernement ne valaient plus que la moitié de leur prix d’achat.

Bukele mise désormais sur une « appréciation exponentielle » portée, selon lui, par le soutien du président américain Donald Trump à l’écosystème bitcoin. Une stratégie spéculative qui contraste avec la réalité quotidienne d’une population largement fidèle au dollar pour ses transactions courantes.


Conclusion : un laboratoire monétaire refermé

L’expérience salvadorienne démontre les limites de l’imposition par le haut d’un actif volatil comme moyen d’échange. Sans demande organique, sans réseau de commerçants formés et sans protection contre les variations de cours, le bitcoin n’a pas réussi à s’imposer face au dollar, ancré dans les habitudes. Le compromis avec le FMI acte la fin d’une utopie monétaire, mais laisse le pays exposé à la valeur future de ses réserves en BTC.

Deux scénarios se dessinent : un rebond durable du bitcoin, qui transformerait les 6 050 BTC du Salvador en atout stratégique ; ou une stagnation prolongée, qui transformerait cette politique en boulet budgétaire. Dans les deux cas, le Salvador reste un cas d’étude majeur pour tout État envisageant d’adopter une cryptomonnaie comme monnaie légale.

Sources

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

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Passionné de nouvelles technologies, j’explore l’univers de la blockchain et des cryptomonnaies pour partager l’actualité et les innovations du secteur.

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