Kalshi vise des perps 24/7 sur Tesla, Apple et Nvidia : duel CFTC-SEC

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Kalshi, plateforme de marchés prédictifs régulée aux États-Unis, prépare une demande pour lancer environ 60 contrats à terme perpétuels (perps) sur des actions individuelles et ETF, dont Tesla, Apple et Nvidia. Ce projet ravive un bras de fer réglementaire entre la CFTC et la SEC, pendant que Wall Street tente d’imposer ses propres règles sur ces dérivés 24/7 inspirés de la crypto.

🔑 En bref

  • Kalshi prévoit environ 60 perps sur actions US et ETF, dont Tesla, Apple et Nvidia
  • Les contrats seraient négociables 24h/24 et 7j/7, y compris quand le Nasdaq est fermé
  • La CFTC a déjà approuvé le perp bitcoin BTCPERP en mai 2026
  • Citadel Securities demande que ces produits restent sous la tutelle de la SEC
  • Le CME poursuit la CFTC pour annuler l’approbation des perps crypto accordés à Kalshi et Coinbase

Un catalogue de 60 perps sur actions américaines

Kalshi a confirmé son intention de soumettre une demande d’approbation réglementaire pour environ 60 contrats à terme perpétuels liés à des actions individuelles et à des fonds négociés en bourse (ETF) américains. Selon une enquête du Wall Street Journal publiée le 10 septembre 2026, les contrats incluraient notamment Tesla, Apple et Nvidia. S’ils obtiennent le feu vert, ils deviendraient les premiers perps régulés sur actions simples aux États-Unis, accessibles en continu, y compris les nuits et les week-ends.

Le projet s’inscrit dans la stratégie d’expansion de Kalshi au-delà des marchés prédictifs traditionnels. La société a déjà diversifié ses activités vers l’or, l’argent et le pétrole brut West Texas Intermediate (WTI). Aucune liste précise de produits, de limites de levier, d’exigences de marge ni de calendrier de lancement n’a toutefois été publiée publiquement.

Le fonctionnement des perps, un produit né dans la crypto

Les contrats à terme perpétuels, ou « perps », permettent aux traders de parier à la hausse ou à la baisse sur un actif, souvent avec un effet de levier, sans date d’expiration. Les positions restent ouvertes indéfiniment : les intervenants s’échangent régulièrement un paiement périodique (funding rate, taux de financement) pour maintenir le prix du contrat proche du cours au comptant (spot) de l’actif sous-jacent.

BitMEX a introduit cette structure en 2016. Depuis, des plateformes comme Hyperliquid ont généralisé les perps 24/7 sur Bitcoin et des centaines de jetons alternatifs. En mai 2026, Kalshi a obtenu l’approbation de la CFTC pour un contrat nommé BTCPERP, classé comme contrat à terme. Le régulateur a néanmoins prévenu que cette qualification pourrait ne pas s’appliquer mécaniquement à toutes les classes d’actifs.

Concrètement, un perp Tesla permettrait de prendre position sur le constructeur automobile pendant que le Nasdaq est fermé, offrant une lecture en temps réel du sentiment de marché plusieurs heures, voire plusieurs jours, avant la réouverture de la cote.

Citadel Securities monte au front contre Kalshi

Le 10 septembre, la firme de trading Citadel Securities a adressé une lettre à la SEC et à la CFTC pour s’opposer à la tutelle exclusive de la CFTC sur ces nouveaux produits. Citadel estime qu’un perp adossé à une société cotée devrait rester sous la supervision de la SEC, qui régule déjà les actions, options et produits liés aux États-Unis.

Trois risques principaux sont soulevés dans la lettre :

  • Délit d’initié : un employé détenant des informations non publiées sur les résultats d’une entreprise pourrait théoriquement négocier le perp quand la bourse est fermée.
  • Désynchronisation : une société pourrait publier une annonce importante pendant une suspension de cotation, pendant que le perp continuerait de bouger.
  • Absence de coordination : les règles sur les suspensions de négociation, le traitement des ordres et l’accès au marché ne se transféreraient pas automatiquement à un régime distinct.

« Permettre à des produits liés à des sociétés américaines cotées d’échapper à la surveillance de la SEC reviendrait à créer un marché parallèle de l’ombre, déconnecté des garde-fous du marché au comptant. »

Représentation de Citadel Securities, lettre à la SEC et à la CFTC, 10 septembre 2026

Le duel CFTC vs SEC, avec le CME en embuscade

Le cœur du différend porte sur la qualification juridique d’un perp adossé à une action. Pour Kalshi, ces contrats ne confèrent aucune propriété dans l’entreprise, aucun droit de vote et aucun dividende : ils relèveraient donc de la compétence de la CFTC en tant que dérivés. Pour la SEC, le lien direct avec une valeur mobilière américaine justifie sa propre tutelle.

Le tableau suivant résume les positions des principaux acteurs :

ActeurPosition défendueArgument clé
KalshiCFTCPas de propriété, pas de vote, pas de dividende → dérivé
Citadel SecuritiesSECSurveillance unifiée nécessaire avec actions et options
CME GroupCFTCPerps assimilables à des swaps selon Dodd-Frank
SEC—Lien avec une valeur mobilière → compétence naturelle
CFTC—A déjà approuvé BTCPERP en mai 2026

En parallèle, le CME Group a poursuivi la CFTC et son président Michael Sellig en juin 2026, demandant l’annulation de l’approbation des perps accordés à Kalshi et Coinbase. Le CME estime que les perps relèvent de la catégorie des swaps au sens de la loi Dodd-Frank (loi fédérale de 2010 encadrant les dérivés). Le tribunal fédéral de Washington n’a pas encore statué. Un porte-parole de la CFTC a qualifié l’action d’« absurde », tandis que Kalshi estime que le litige porte avant tout sur la concurrence.

Un marché mondial des perps en pleine expansion

Selon des données de CryptoQuant relayées par Reuters, le volume mondial de négociation des perps a progressé de 29 % en 2025, pour atteindre 61,7 billions de dollars. Ce chiffre reflète principalement les dérivés crypto, mais il démontre l’appétit des traders pour des produits sans expiration, opérant en continu.

Le pari de Kalshi consiste à transposer cette mécanique, éprouvée dans la crypto depuis près d’une décennie, aux actions US les plus liquides. Le succès dépendra de la capacité du régulateur à fixer rapidement la question de la compétence, et de la volonté de Wall Street d’accepter un concurrent opérant en dehors de ses heures traditionnelles.


Conclusion : un précédent aux implications majeures

Le projet de Kalshi ouvre une zone grise réglementaire majeure aux États-Unis. Si la CFTC valide les perps sur actions, Wall Street devra composer avec un marché 24/7 fonctionnant hors des radars traditionnels. Si la SEC obtient gain de cause, Kalshi devra restructurer ses produits ou se tourner vers d’autres juridictions, comme la Bermuda Monetary Authority qui supervise déjà certains de ses marchés.

La décision du tribunal sur le dossier BTCPERP pourrait servir de précédent déterminant pour l’ensemble du secteur. Au-delà du seul cas Kalshi, c’est toute l’architecture de la supervision financière américaine qui est interrogée : peut-on appliquer à des actions cotées une mécanique de marché née dans la crypto, sans en perdre les garde-fous ? La réponse des régulateurs dans les prochains mois sera scrutée de près par l’ensemble de l’industrie.

Sources

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

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