Core Scientific, acteur historique du minage de Bitcoin, confirme sa sortie définitive du secteur d’ici fin 2026 pour se consacrer à l’intelligence artificielle et au calcul haute performance. Cette bascule illustre une bifurcation plus large : les mégacampus se convertissent, tandis que les mineurs à énergie bon marché restent sur le réseau.
🔑 En bref
- Core Scientific sortira du minage à la fin de 2026 : ses revenus de minage pour compte propre sont passés de 57,4 à 12,3 millions de dollars en un an.
- Le coût de production d’un Bitcoin varie fortement selon les estimations : 137 800 dollars pour CoinShares, 93 700 dollars dans le calcul de Vitalik Buterin.
- La reconversion vers l’IA coûte entre 8 et 15 millions de dollars par MW, contre 700 000 à 1 million de dollars pour un site minier classique.
- Le financement, plus que la demande, constitue le principal frein : environ 50 milliards de dollars de besoins à court terme pour les entreprises cotées.
Une sortie du minage déjà visible dans les comptes
Lors de l’appel aux résultats du troisième trimestre 2026, le directeur financier Jim Nygaard a rappelé que ce virage avait déjà été annoncé en juillet. Le CEO Adam Sullivan estime que la stratégie doit simplifier l’activité de l’entreprise et lui permettre de concentrer ses ressources sur des opportunités de croissance à long terme plus attractives. Les chiffres montrent que le minage pour compte propre n’est plus qu’un résidu de l’activité.
- 12,3 millions de dollars de revenus de minage pour compte propre au troisième trimestre 2026, contre 57,4 millions de dollars un an plus tôt, soit un recul d’environ 79 %.
- 5,2 millions de dollars de revenus d’hébergement pour d’autres mineurs, contre 8,7 millions de dollars au troisième trimestre 2025.
- Ensemble, ces deux activités ne représentent plus que 7,5 % du chiffre d’affaires trimestriel de 232,9 millions de dollars.
- Les revenus de colocation ont atteint 215,4 millions de dollars, en hausse d’environ 60 % sur un trimestre, grâce à la livraison continue de mégawatts facturés.
Le moteur de croissance est donc contractuel. Core Scientific héberge notamment les infrastructures de CoreWeave dans le cadre d’un accord d’environ 500 MW de capacité HPC destinée à l’IA. En juillet, le groupe a annoncé un deuxième contrat de colocation haute densité avec AMD et un client « Neocloud », portant sur environ 530 MW répartis sur cinq sites en construction.
La transition passe aussi par la vente d’une part importante des avoirs en Bitcoin de l’entreprise. En mai 2026, Morgan Stanley s’est engagé à fournir jusqu’à 1 milliard de dollars de financement pour soutenir cette étape. L’exécution reste toutefois exposée au contexte politique : les élections de mi-mandat ont porté au pouvoir certains démocrates opposés au développement des centres de données.

Le coût de production : des estimations qui divergent
Le rapport CoinShares sur le minage du quatrième trimestre 2025 décrit un « point de rupture ». Au deuxième trimestre 2025, le coût moyen en liquidités des mineurs publics pour produire un Bitcoin atteignait environ 74 600 dollars, tandis que le coût total s’établissait à 137 800 dollars. Le prix moyen du hash tournait autour de 50 dollars par PH/s et par jour, avant une nouvelle baisse post-halving. CoinShares anticipe une fourchette de 37 à 55 dollars jusqu’en 2028, sauf rallye du Bitcoin plus rapide que la croissance du hashrate.
Le hashrate a pourtant franchi pour la première fois 1 zettahash/s en août 2025. Les mineurs publics n’ont contribué qu’environ 80 EH/s à cette croissance annuelle : l’essentiel de l’expansion vient d’opérateurs privés, de mineurs souverains et d’acteurs énergétiques disposant de coûts d’électricité plus faibles. Les frais de transaction, tombés sous 1 % des récompenses de bloc en mai et juin 2025, ne compensent plus la baisse de la subvention.
Vitalik Buterin, cofondateur d’Ethereum, a publié sur X le 17 octobre 2026 un tableau de coûts évaluant le minage à environ 93 700 dollars par Bitcoin. Sa décomposition figure ci-dessous.
| Poste | Montant estimé par BTC | Part du coût total |
|---|---|---|
| Électricité injectée dans les machines | 40 600 $ | environ 43 % |
| Autres dépenses d’électricité | 2 400 $ | environ 3 % |
| Capex informatique (matériel, refroidissement, équipements électriques, financement) | 37 600 $ | environ 40 % |
| Autres postes (main-d’œuvre, location, maintenance, assurance, fiscalité, bande passante) | solde | environ 14 % |
| Total | 93 700 $ | 100 % |
Selon ce calcul, l’électricité pèse pour environ 46 % du coût et le capex pour 40 %. Le total se rapproche davantage de l’estimation de JPMorgan, à 85 000 dollars, citée par BeInCrypto, que des 137 800 dollars de CoinShares. Les sources ne précisent pas si les périodes, périmètres ou conventions comptables expliquent cet écart. Le tableau dépassait en outre le cours du Bitcoin au moment de sa publication : un mineur moyen ne couvrait alors pas l’intégralité de ses coûts.
« Fait amusant du jour : le coût du minage de Bitcoin se répartit à peu près 50/50 entre capex informatique et électricité. En revanche, l’inférence IA est presque entièrement dominée par le capex informatique. »
Vitalik Buterin, cofondateur d’Ethereum, sur X, 17 octobre 2026
Cette formulation résume le contraste : le minage dépend autant de l’énergie que du matériel, alors que l’inférence IA repose surtout sur les puces.
IA contre minage : deux économies différentes
Les campus miniers industriels de 100 MW à 1 GW partagent avec les centres de données modernes des besoins similaires d’alimentation, de refroidissement et de densité. Ils attirent donc les hyperscalers, notamment via les accords Google-TeraWulf, Google-Cipher et Fluidstack. Le minage rapporte environ 1 million de dollars par MW, contre 10 à 20 millions de dollars par MW pour le calcul IA.
Deux trajectoires se dessinent. Les méga-campus se convertissent totalement ou partiellement à l’IA/HPC, signent des contrats de plusieurs décennies et remplacent des récompenses volatiles par des revenus de capacité. Les mineurs mobiles à faible coût, eux, se déplacent vers des énergies isolées : gaz de torche, hydroélectricité distante ou excédents renouvelables.
BeInCrypto souligne qu’un avantage subsiste pour les mineurs : nombre d’entre eux disposent déjà de capacités électriques autorisées que les développeurs de centres de données ne peuvent pas bâtir assez vite, alors que les restrictions locales se multiplient. De son côté, Arthur Hayes, cofondateur de BitMEX, travaille à un réseau de minage IA inspiré de Bitcoin qui rémunérerait les propriétaires de GPU. Selon l’analyse de Buterin, l’énergie bon marché reste l’avantage du mineur, tandis que le capital bon marché favorise l’IA.
Le financement, principal goulot d’étranglement
La reconversion n’est pas moins coûteuse. Un site minier classique coûte entre 700 000 et 1 million de dollars par MW, contre 8 à 15 millions de dollars par MW pour une infrastructure IA dotée d’un refroidissement liquide. Les centres de données IA exigent des bâtiments plus résistants, un refroidissement avancé, une connexion rapide, une alimentation redondante et une disponibilité permanente.
« Les grands prêteurs sont devenus plus sélectifs concernant les prêts aux centres de données. »
BlocksBridge Consulting
Leurs décisions dépendent désormais du client, du contrat signé et de la capacité de l’entreprise à mener le projet à terme. Un engagement commercial de plusieurs milliards de dollars ne garantit donc pas l’accès aux capitaux nécessaires.
IREN illustre la variabilité des conditions. En juin 2026, le groupe a obtenu 3,65 milliards de dollars pour financer des processeurs graphiques, à un taux moyen de 6 %. Deux mois plus tard, il a signé un financement de 2,4 milliards de dollars à un taux fixe de 9 %. Les deux opérations couvrent des projets différents et ne sont pas directement comparables, mais l’écart de coût du capital reste significatif.
| Entreprise | Besoins non couverts (estimation de juin 2026) |
|---|---|
| IREN | 21,1 milliards de dollars |
| Riot Platforms | 7,2 milliards de dollars |
| HIVE Digital | 4,6 milliards de dollars |
| Ensemble des entreprises cotées | environ 50 milliards de dollars à court terme, jusqu’à 221 milliards à plus long terme |
Au sommet du marché d’octobre 2025, l’endettement du secteur avait progressé d’environ 500 % par rapport au deuxième trimestre 2024.
Le financement peut aussi diluer les actionnaires. Dans une opération impliquant Cipher Digital, Google a garanti jusqu’à 1,4 milliard de dollars d’obligations locatives et reçu des warrants susceptibles de représenter 5,4 % du capital de Cipher, sous réserve d’ajustements. Les obligations convertibles peuvent elles aussi être transformées en actions. Enfin, les retards de livraison obligent les entreprises à payer les intérêts avant d’encaisser les revenus attendus de leurs clients IA.
Contrats annoncés, revenus encore modestes
Les groupes étudiés ont annoncé plus de 100 milliards de dollars de contrats IA et HPC, mais ne génèrent encore qu’environ 1,1 milliard de dollars de revenus annualisés. Environ 4 GW de capacités ont été contractualisés, dont 550 MW facturés, soit environ 14 %. Le texte indique par ailleurs qu’environ 25 % des capacités déjà louées ont été livrées. Les sources ne détaillent pas la différence de périmètre entre facturation, livraison et capacité contractualisée.
Au premier semestre 2026, neuf mineurs ont investi 5,11 milliards de dollars dans leurs projets IA et HPC, contre 341,2 millions de dollars de revenus qui leur étaient directement attribués, soit un ratio d’environ quinze pour un. La réduction de moitié de la récompense de bloc, passée de 6,25 à 3,125 BTC, a poussé plusieurs opérateurs à se diversifier.
Lancium, société technologique basée à Houston, et Crusoe Energy Systems, basée à Denver, ont annoncé un accord de plusieurs milliards de dollars pour construire un centre de données de 200 MW à l’extérieur d’Abilene, au Texas. Cette première phase ne représente qu’une petite partie d’un plan d’expansion de 1,2 GW. Les deux entreprises avaient levé des centaines de millions de dollars pour bâtir des infrastructures de minage. Le président de Lancium, Ali Fenn, déclare que, une fois pleinement opérationnel, ce site deviendra « l’un des plus grands campus de centres de données d’intelligence artificielle au monde ».
Chase Lochmiller, cofondateur et PDG de Crusoe, explique que ces centres nécessitent :
« de nouveaux niveaux d’espace de rack haute densité, un refroidissement liquide directement sur la puce et une demande énergétique globale sans précédent »
Chase Lochmiller, cofondateur et PDG de Crusoe
Core Scientific et Hut 8 ont eux aussi investi des millions de dollars dans l’expansion de leurs activités IA et de leurs portefeuilles de centres de données.
Une bifurcation qui s’installe
Les sources ne quantifient pas de réaction immédiate du cours de l’action Core Scientific ni du Bitcoin à l’annonce. Elles documentent surtout une bifurcation : Core Scientific prévoit une sortie complète du minage, les méga-campus se convertissent à l’IA, tandis que les mineurs disposant d’énergie bon marché restent dans le réseau, dont le hashrate continue de progresser.
Perspectives et scénarios
La sortie de Core Scientific ne signe pas la fin du minage, mais celle d’un modèle où un mineur généraliste finance son expansion par la seule production de Bitcoin. Le secteur se répartit désormais entre des acteurs capables de signer des contrats IA de long terme et des mineurs à énergie peu coûteuse, qui restent exposés au cours du Bitcoin et à la difficulté du réseau.
Trois scénarios se dégagent. Dans le scénario central, la conversion progresse graduellement, les contrats se traduisent en revenus au fil des livraisons et les besoins de financement sont couverts à des taux plus élevés. Dans un scénario haussier, un rallye du Bitcoin plus rapide que la croissance du hashrate restaurerait les marges des mineurs restants. Dans un scénario baissier, un resserrement du crédit ou des retards de livraison prolongeraient la pression sur la trésorerie des entreprises les plus endettées.
Pour les investisseurs, l’écart entre plus de 100 milliards de dollars de contrats annoncés et 1,1 milliard de dollars de revenus annualisés reste le principal point de vigilance. La concrétisation de ces engagements, plus que leur annonce, déterminera la valeur réellement créée.
Sources
- Cryptoast, Bitcoin : un acteur historique du minage abandonne pour l’IA
- Benzinga FR, 12 août 2026
- BeInCrypto FR, coût du minage selon Vitalik Buterin
- CoinTribune via TradingView
- Quartz FR, les mineurs de Bitcoin abandonnent la crypto pour l’IA
- Yahoo Finance FR, le minage de Bitcoin atteint un point de rupture (rapport CoinShares)
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.


