Brian Armstrong intensifie sa campagne de pression sur le Sénat américain pour faire adopter le CLARITY Act, en s’appuyant sur une base électorale inédite : selon le patron de Coinbase, un Américain sur quatre détiendrait aujourd’hui des cryptomonnaies.
🔑 En bref
- Un Américain sur quatre détient des cryptos, selon les chiffres avancés par Brian Armstrong.
- 70 % des électeurs américains jugent qu’une législation crypto globale aurait déjà dû être adoptée.
- Le texte a été adopté à la Chambre en juillet 2025 (294-134) puis en commission bancaire du Sénat le 14 mai 2026 (15-9).
- Coinbase a retiré son soutien le 23 juillet, provoquant le report du vote par le sénateur Tim Scott.
- Le Congrès part en vacances d’août, repoussant toute avancée législative à l’automne.
Le levier électoral des 65 millions de détenteurs
Le chiffre avancé par Brian Armstrong est devenu l’argument central de sa campagne politique : un Américain sur quatre détiendrait des cryptomonnaies. Selon le directeur général de Coinbase, ces électeurs seraient deux fois plus susceptibles de soutenir un candidat favorable au CLARITY Act. L’estimation, issue d’une enquête dont la méthodologie n’a pas été entièrement rendue publique, reste cohérente avec plusieurs études situant l’adoption américaine entre 20 % et 28 % des adultes. Coinbase évoquait auparavant environ 52 millions de détenteurs ; d’autres enquêtes dépassent les 60 millions.
Au-delà de l’adoption, l’argument électoral s’appuie sur un consensus plus large. Toujours selon Armstrong, 70 % des électeurs américains estimeraient que les États-Unis auraient déjà dû adopter une législation crypto globale. Le patron de Coinbase rappelle que l’absence de cadre fédéral a permis à des acteurs comme FTX de nuire aux consommateurs américains et a poussé une partie importante de l’industrie hors du pays.
Cette population constitue désormais une cible électorale structurée. Le groupe Stand With Crypto, soutenu par Coinbase, attribue des notes aux candidats selon leurs positions sur la régulation crypto. Le super-PAC Fairshake et ses organisations affiliées ont abordé le cycle 2026 avec environ 193 millions de dollars, principalement financés par Coinbase, Ripple et Andreessen Horowitz. Les membres de Stand With Crypto ont adressé environ 950 000 contacts à leurs représentants au Congrès, selon Armstrong.

Un parcours législatif semé d’embûches
Le CLARITY Act progresse lentement mais régulièrement depuis plus d’un an. La Chambre des représentants a adopté le texte en juillet 2025 par 294 voix contre 134, avec un important soutien démocrate. Au Sénat, la commission bancaire a approuvé une version remaniée par 15 voix contre 9 le 14 mai 2026. Mais le chantier reste inachevé : la commission bancaire traite essentiellement des compétences de la SEC, tandis que la commission de l’agriculture supervise le volet relevant de la CFTC. Les deux versions doivent être réunies dans un texte commun avant un éventuel vote en séance plénière.
Le contenu du texte
Le projet vise à tracer une frontière claire entre titres financiers et actifs numériques assimilés à des matières premières. Il confierait notamment à la CFTC la surveillance des marchés au comptant des « digital commodities », tout en maintenant la SEC sur les levées de fonds relevant d’un contrat d’investissement. Le texte prévoit également des protections pour l’auto-conservation des cryptos et des règles adaptées aux développeurs ne contrôlant pas les fonds des utilisateurs.
| Étape législative | Date | Type de vote | Résultat |
|---|---|---|---|
| Chambre des représentants | Juillet 2025 | Plénière | 294 – 134 |
| Commission bancaire du Sénat | 14 mai 2026 | Markup | 15 – 9 |
| Commission de l’agriculture du Sénat | En cours | Markup | À venir |
| Vote plénier du Sénat | Reporté | En attente | – |
| Signature présidentielle | – | En attente | – |
« One yard line » : l’optimisme affiché
Le 21 juillet, Brian Armstrong a déclaré à CNBC que le CLARITY Act avait atteint la « one yard line », expression de football américain signifiant qu’il ne reste plus qu’un yard à parcourir. Deux jours plus tard, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a confirmé à Fox Business : « Je pense que nous sommes sur la ligne d’un yard pour le CLARITY Act au Sénat. » Armstrong a répété la formule en ajoutant que le texte était prêt pour un vote plénier et que son adoption pouvait intervenir « dans les prochaines semaines ».
Coinbase retire son soutien : le Sénat reporte le vote
« J’ai parlé avec des dirigeants de toute l’industrie crypto, du secteur financier, et de mes collègues démocrates et républicains, et tout le monde reste à la table et travaille de bonne foi. »
Tim Scott, président de la commission bancaire du Sénat
Le 23 juillet, le sénateur Tim Scott a annoncé le report du vote initialement prévu le lendemain. Cette décision est intervenue après que Brian Armstrong a déclaré que Coinbase ne soutenait plus le projet. « Nous préférons ne pas avoir de loi plutôt qu’une mauvaise loi », a écrit Armstrong sur les réseaux sociaux, déclenchant des réactions divergentes dans l’industrie.
Les quatre objections d’Armstrong
Le patron de Coinbase a détaillé quatre griefs. Premièrement, le projet représenterait selon lui une « interdiction de fait » des actions tokenisées. Deuxièmement, les « interdictions DeFi » donneraient au gouvernement un « accès illimité » aux dossiers financiers des utilisateurs. Troisièmement, le rôle de la CFTC serait trop limité. Quatrièmement, les restrictions sur les récompenses offertes aux clients détenant des stablecoins seraient excessives.
Sur ce dernier point, le texte interdit aux entreprises de verser des intérêts ou des récompenses pour la simple détention de stablecoins. Seules certaines activités — paiements, transferts, envois de fonds, fourniture de liquidité DeFi — permettraient d’en distribuer. « Nous ne pouvons pas laisser les banques tuer leur concurrence aux dépens du consommateur américain », a prévenu Armstrong sur CNBC. « Les gens devraient pouvoir gagner plus d’argent sur leur argent. »
L’industrie se divise
Brad Garlinghouse, directeur général de Ripple, a qualifié le CLARITY Act d’« étape massive pour fournir des cadres opérationnels à la crypto, tout en continuant de protéger les consommateurs ». Mike Jennings, responsable politique de la branche crypto d’Andreessen Horowitz, a publié sur X : « Rien de tel n’existe aujourd’hui et nous devons saisir cette opportunité. Les libertés ne sont pas facilement gagnées, mais elles se perdent facilement. »
Du côté des voix plus mesurées, Salman Banaei, juriste général de Plume, met en garde contre un délai supplémentaire : « Maintenant qu’il y a plus de temps, tout le monde va étendre sa liste de souhaits, ce qui crée plus de frictions. » Il prévient aussi qu’« il y a une incitation massive à décentraliser, ce qui va mener à un grand changement dans l’économie du fonctionnement des cryptos ». Peter Van Valkenburgh, directeur exécutif de Coin Center, reste pour sa part « optimiste quant à l’endroit où en est le brouillon actuel sur la structure du marché ».
Des sources proches des négociations ont déclaré à DL News que Coinbase semblait « isolé » dans sa position : « Coinbase négocie en public pour obtenir le langage sur les récompenses qu’il souhaite. Mon sentiment est qu’on leur a communiqué quelque chose de définitif qu’ils n’ont pas aimé. » L’avocat crypto Jake Chervinsky a partagé ces craintes sur X : « Le dernier brouillon laisse une ambiguïté sur le fait que toutes sortes de développeurs et fournisseurs d’infrastructure pourraient être obligés de vérifier l’identité des utilisateurs, de s’enregistrer auprès de la SEC. »
Précédent réglementaire et impact boursier
Sur le plan réglementaire, la SEC et la CFTC ont publié conjointement le 17 mars une directive classant Bitcoin, Ethereum, Solana, XRP et une douzaine d’autres cryptomonnaies comme des « digital commodities » plutôt que comme des titres. Cette classification les place sous la supervision de la CFTC, soumise à une régulation plus légère. Mais il ne s’agit que d’une interprétation administrative, et non d’une loi : une future administration pourrait la modifier.
Côté marchés, l’action COIN a clôturé en baisse de plus de 5 % le jour du retrait de Coinbase, avant de remonter de 0,8 % en pré-marché. La veille, le titre avait bondi de plus de 11 % grâce à l’élan autour du CLARITY Act. Sur Stocktwits, le sentiment des investisseurs particuliers autour de COIN restait en zone « haussière ».
Coinbase a parallèlement obtenu deux victoires réglementaires majeures. Le directeur juridique Paul Grewal a annoncé que la SEC avait supprimé un an de communications de l’ancien président Gary Gensler, qualifiées d’apogée de la campagne de l’agence contre les cryptos. La FDIC aurait également tenté de couper secrètement l’industrie légale du système bancaire. Coinbase a poursuivi les deux agences en vertu du FOIA (Freedom of Information Act), gagné, et obtenu ce qu’il décrit comme « parmi les plus importantes indemnisations FOIA de l’histoire ».
Conclusion : un automne décisif
Avec le départ du Congrès pour les vacances d’août, toute progression législative est repoussée à l’automne. Pour franchir l’obstacle procédural des 60 voix au Sénat, les républicains auront besoin de soutiens démocrates : avec 53 sénateurs républicains, ils n’ont pas nécessairement besoin de sept voix démocrates si leur caucus vote uni.
Comme le rappelle Salman Banaei, la loi Dodd-Frank avait été déclarée morte plusieurs fois après la crise de 2008 avant d’être signée. « Chaque grande législation sur les services financiers meurt une douzaine de fois avant d’être adoptée. » Avec un électorat crypto de plus en plus nombreux et financièrement engagé, Brian Armstrong parie que le temps presse pour les législateurs hésitants — et que le report de juillet n’est qu’un faux départ avant une adoption attendue avant les midterms de novembre 2026.
Sources
- Journal du Coin — Brian Armstrong fait pression sur le Sénat
- Stocktwits — COIN en focus, vote au Sénat
- Motley Fool — Armstrong continue son plaidoyer
- DL News — Les titans de la crypto se divisent sur le CLARITY Act
- Fox Business — Le projet de loi crypto pourrait transformer le système financier US
- Yahoo Finance — Armstrong presse le Sénat d’agir
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.


