Block, la société de paiements de Jack Dorsey, a déposé le 8 septembre 2026 une demande de charter de fiduciaire national auprès de l’OCC pour créer Builders Bank & Trust, N.A., une entité entièrement tournée vers la garde de bitcoin et le règlement de stablecoins.
🔑 En bref
- Builders Bank & Trust, N.A. serait une fiduciaire non assurée, sans succursales, basée à Sioux Falls (Dakota du Sud).
- Activités prévues : garde de bitcoin, exécution d’ordres sans risque principal, règlement de stablecoins — aucun dépôt, aucun prêt.
- Block a traité environ 10,7 milliards de dollars de transactions bitcoin en 2025, avec près de 2 millions d’utilisateurs crypto Cash App au T2 2025.
- L’OCC a déjà délivré des approbations conditionnelles à Circle, Ripple, BitGo, Fidelity Digital Assets, Paxos, Crypto.com et Bridge (Stripe).
- La sénatrice Elizabeth Warren conteste la légalité de ces charters crypto pour des entités sans activité fiduciaire traditionnelle.
Builders Bank, une fiduciaire taillée pour le bitcoin
La demande déposée auprès du Bureau du contrôleur de la monnaie (OCC) vise à créer Builders Bank & Trust, N.A., une structure volontairement minimaliste : non assurée, sans succursales physiques et sans prise de dépôts ni octroi de prêts. Son cœur de métier se limite à la garde de bitcoin et d’autres actifs numériques, à l’exécution d’ordres d’achat et de vente pour le compte de clients (sans prise de risque principal) et au règlement de stablecoins.
Le siège serait installé à Sioux Falls (Dakota du Sud), un État historiquement favorable aux établissements financiers spécialisés. Aucun des cinq administrateurs proposés n’y réside toutefois, ce qui pousse Block à demander la levée de la règle OCC imposant la présence d’un administrateur dans un rayon de 160 km. La présidence et la direction générale reviendraient à Lee Woolley, responsable de la stratégie actifs numériques chez Block et ancien cadre de Northern Trust et BNY Mellon — un pedigree bancaire classique pour une activité pourtant atypique. Jack Dorsey, lui, n’apparaît dans le dossier qu’en tant que cofondateur, sans rôle opérationnel ni d’administrateur. Les annexes financières (plan d’affaires, niveaux de capital) ont été déposées sous confidentialité et la banque ne pourra ouvrir qu’après approbation formelle de l’OCC.
Pour Davis Wright Tremaine, cabinet spécialisé, la garde reste « le fondement de toute entreprise d’actifs numériques ». En passant d’un patchwork de plus de 50 licences étatiques de transmetteur monétaire et de monnaie virtuelle à un charter fédéral unique, Block cherche à unifier sa supervision et à gagner en crédibilité institutionnelle.

Cash App, Bitkey et la machine bitcoin de Block
Block n’arrive pas en néophyte. Le groupe exploite des services d’actifs numériques depuis environ huit ans, principalement via Cash App. Selon le dossier, le volume de transactions bitcoin traitées par Block a atteint 10,7 milliards de dollars en 2025, tandis qu’environ 2 millions d’utilisateurs crypto mensuels transigeaient sur Cash App au deuxième trimestre 2025. Au total, plus de 24 millions d’utilisateurs actifs ont déjà acheté du bitcoin via l’application.
L’écosystème bitcoin de Block s’articule autour de plusieurs briques : paiements via le Lightning Network, auto-conservation avec le portefeuille matériel Bitkey, matériel de minage open-source (Proto) et extension des paiements bitcoin natifs aux millions de marchands Square. Pour Lee Woolley, « la combinaison de l’expérience de Block en matière d’actifs numériques et de Square Financial Services positionne bien Builders Bank pour soutenir la vision plus large de Block en matière d’autonomisation économique. »
Les chiffres clés de l’écosystème Block
| Métrique | Valeur | Période |
|---|---|---|
| Volume de transactions bitcoin traitées par Block | 10,7 milliards de dollars | Année 2025 |
| Utilisateurs crypto mensuels Cash App | ~2 millions | T2 2025 |
| Utilisateurs actifs cumulés ayant acheté du bitcoin | 24 millions+ | Cumul historique |
| Licences étatiques de transmetteur / monnaie virtuelle | 50+ | En activité |
| Réseaux supportant l’USDC dans Cash App | Solana, Ethereum, Polygon, Arbitrum | 2025-2026 |
Les stablecoins, un pilier stratégique malgré Dorsey
Le dossier fait une place explicite aux stablecoins, ce qui n’est pas anodin pour une entreprise dont le fondateur a publiquement exprimé sa réticence. Jack Dorsey a répété à plusieurs reprises ne pas aimer les stablecoins et préférer bâtir « sur bitcoin ». Le responsable produit bitcoin Miles Suter assume néanmoins l’angle : il qualifie les stablecoins de « fiat améliorés » et défend une stratégie de funnel.
« Comme les stablecoins continuent de gagner en adoption mondiale, nous voyons une opportunité d’inciter des millions de clients Cash App supplémentaires à utiliser les rails financiers ouverts. Une fois qu’ils sont sur ces rails, ils sont à un pas du bitcoin. »
Miles Suter, Responsable produit bitcoin chez Block
Cash App prend désormais en charge l’USDC sur les réseaux Solana, Ethereum, Polygon et Arbitrum, avec des envois et réceptions gratuits et une conversion automatique en USD. Pour Aishwary Gupta (Polygon), « c’est le moment où les stablecoins cessent d’être un produit crypto pour devenir une infrastructure de paiement grand public. » Tony DeSanctis (Cornerstone Advisors) y voit une logique de diversification des paiements ; Richard Crone y ajoute un effet flywheel : les soldes remboursés cumulés attirent davantage d’utilisateurs actifs mensuels, qui peuvent ensuite être exposés au bitcoin.
Un raz-de-marée de charters crypto à l’OCC
Block arrive dans un sillage déjà bien rempli. En décembre dernier, l’OCC a accordé des approbations conditionnelles à cinq charters de fiducie crypto : Circle, Ripple, BitGo, Fidelity Digital Assets et Paxos. En février, Crypto.com et Bridge (filiale de Stripe) ont reçu le même feu vert. Coinbase a obtenu une approbation préliminaire en avril 2026. Des demandes de Morgan Stanley, Payoneer, Zerohash, Kraken (Payward) et World Liberty Financial restent en attente. L’OCC a en revanche rejeté la demande de Wise National Trust en juillet.
Le régulateur a aussi ajusté sa définition du charter en avril pour couvrir « les opérations d’une société de fiducie et les activités y afférentes », un élargissement qui permet d’inclure explicitement les activités crypto. Selon les chiffres de l’OCC, sur les 40 demandes de nouveaux charters reçues en un an et demi, 23 (57,5 %) impliquent une activité d’actifs numériques, dont 21 approuvées et 2 refusées. Le contrôleur Jonathan Gould a qualifié cette tendance d’« augmentation de huit fois par rapport aux quatre dernières années ».
Cadre réglementaire en construction
La loi GENIUS, promulguée le 18 juillet 2025, structure désormais le segment des stablecoins. L’OCC a proposé en février des règles d’application couvrant réserves, remboursement, garde, gestion des risques et exigences pour les candidats émetteurs. En parallèle, la Banque des règlements internationaux (BRI) a averti en août qu’une adoption accrue de stablecoins en dollars pourrait alimenter une « dollarisation numérique » et affaiblir la souveraineté monétaire de certains pays. Le FMI estime que la tokenisation pourrait accélérer les flux de capitaux transfrontaliers et la substitution de devises.
L’opposition politique de Warren
Le 18 mai, la sénatrice démocrate Elizabeth Warren (Massachusetts) a écrit au contrôleur Jonathan Gould pour contester la légalité des charters crypto. Elle estime que l’OCC n’a pas le pouvoir d’accorder un charter de fiduciaire à des entités qui n’exercent pas un travail fiduciaire traditionnel.
« Ces entreprises sont effectivement des banques crypto qui veulent échapper aux sauvegardes fondamentales et aux obligations qui accompagnent le statut de banque. »
Elizabeth Warren, Sénatrice démocrate du Massachusetts
Cette critique illustre le débat de fond : faut-il assimiler la garde crypto à une activité fiduciaire classique, ou lui appliquer un régime spécifique ? La réponse de l’OCC conditionnera la manière dont les entreprises crypto pourront opérer dans le système bancaire américain.
Conclusion : un test grandeur nature pour la garde crypto
La demande de Block est un cas d’école. Elle combine garde de bitcoin, exécution d’ordres et règlement de stablecoins dans une seule entité fédérale, tout en restant hors du périmètre FDIC et du réseau bancaire de détail. Si Builders Bank obtient son charter, Block pourra consolider ses activités sous un cadre unique, réduire sa dépendance aux licences étatiques et proposer une infrastructure de garde de niveau institutionnel à ses clients, y compris aux entreprises fintech qui gravitent autour de Cash App et Square.
À l’inverse, un refus ou un gel prolongé pourrait pousser Block à renforcer son bras offshore ou à dégrader la proposition de valeur de Cash App en stablecoins. Plus largement, la décision de l’OCC dessinera la frontière entre banque fiduciaire traditionnelle et infrastructure crypto réglementée, dans un contexte où 57,5 % des nouveaux dossiers de charter portent désormais une composante d’actifs numériques.
Sources
- Decrypt — Jack Dorsey’s Block Applies for Bank Charter to Custody Bitcoin
- Bloomberg — Dorsey’s Block Joins Crypto Bank Race With National Trust Bid
- Yahoo Finance — Block Applies for OCC Charter to Launch Builders Bank
- American Banker — Jack Dorsey’s Block Adds Support for Stablecoins
- Block — Bitcoin vision and ecosystem
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

