Cryptos aux États-Unis : 22 % des adultes ont déjà essayé

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Les États-Unis vivent-ils une véritable adoption des cryptomonnaies ? Deux enquêtes récentes dessinent un tableau contrasté : l’expérience cumulée progresse, la détention recule et la confiance dans les plateformes reste faible. Cette analyse détaille les chiffres, leurs limites et le contexte réglementaire qui pèse sur le secteur.

🔑 En bref

  • 22 % des adultes américains ont déjà détenu ou utilisé des cryptos, contre 18 % un an plus tôt, mais l’usage sur douze mois reste stable à 13 %.
  • Gallup mesure une détention tombée de 14 % à 9 % des adultes, avec un recul marqué chez les 18-29 ans.
  • Seuls 4 % des sondés accordent une confiance élevée aux plateformes centralisées comme Coinbase ou Kraken.
  • 79 % des utilisateurs savent que leurs activités crypto sont imposables, mais seuls 49 % savent que leurs cryptomonnaies le sont à chaque vente.
  • Le bitcoin a progressé d’environ 46 % entre la période du sondage Gallup et le 23 septembre.

Une expérience cumulée en hausse, un usage récent figé

L’enquête Ipsos, publiée le 27 octobre, mesure une adoption en deux temps. 22 % des adultes américains ont déjà détenu ou utilisé des cryptomonnaies, contre 18 % un an plus tôt, mais seuls 13 % en ont utilisé au cours des douze derniers mois, une proportion inchangée. L’expérience s’accumule donc tandis que l’usage récent stagne. Parmi les Américains qui n’ont pas utilisé de cryptos depuis un an, 11 % en avaient possédé ou utilisé, contre 5 % précédemment. Une partie des utilisateurs a donc quitté le marché, sans que l’enquête permette, selon Ipsos, d’établir précisément pourquoi.

Indicateur (Ipsos)Valeur actuelleUn an plus tôt
Ont déjà détenu ou utilisé des cryptos22 %18 %
Ont utilisé des cryptos sur les 12 derniers mois13 %13 %
Envisagent de détenir ou d’utiliser des cryptos17 %16 %
Ex-utilisateurs ayant déjà détenu des cryptos11 %5 %

Les motivations d’achat sont révélatrices. La curiosité arrive en tête, citée par 34 % des détenteurs actuels ou passés, devant l’investissement à long terme (25 %) et la spéculation à court terme (18 %). Les intentions restent stables : 17 % des sondés envisagent de détenir ou d’utiliser des cryptos à l’avenir, contre 16 % un an plus tôt.

Gallup et estimations : une détention qui recule nettement

L’enquête Gallup, publiée le 21 septembre, a interrogé 2 043 adultes du 1er au 15 juin, dont 1 048 investisseurs disposant de plus de 10 000 dollars d’actifs investissables, avec une marge d’erreur de quatre points. Chez ces investisseurs, la détention est passée de 17 % à 11 %. Chez l’ensemble des adultes, elle tombe de 14 % à 9 %, mais demeure supérieure aux 6 % relevés en 2021 et aux 2 % de 2018.

Des reculs concentrés sur certains profils

Le repli touche plus fortement certaines catégories. Les points clés sont les suivants :

  • Hommes de 18 à 49 ans : de 33 % à 24 % de détention.
  • 18-29 ans : de 18 % à 8 %.
  • Ménages gagnant moins de 48 000 dollars par an : de 12 % à 4 %.
  • Ménages aux revenus les plus élevés : 15 %.

En juin, 66 % des investisseurs disaient ne pas s’intéresser aux cryptos, contre 63 % un an auparavant. Par ailleurs, 63 % les considéraient comme très risquées et 31 % comme assez risquées. Parmi les investisseurs qui en possédaient, 77 % les jugeaient très risquées.

Des estimations qui ne concordent pas

Les évaluations de la population détentrice divergent fortement. River estimait en juillet à 49,6 millions le nombre de détenteurs de bitcoin aux États-Unis, soit 18,6 % des adultes. La Réserve fédérale indique que 10 % des adultes ont utilisé des cryptos en 2025, dont 9 % pour investir et 2 % pour effectuer des paiements. L’étude Coinbase citée plus haut avance, elle, une fourchette de 15 à 20 %.

SourcePérimètre mesuréPart des adultes
River (juillet)Détenteurs de bitcoin18,6 %
Réserve fédéraleUsage global de cryptos en 202510 %
Gallup (juin)Détention de cryptos9 %
Étude CoinbaseUtilisateurs de cryptos15 à 20 %

Ces chiffres ne sont pas directement comparables, car ils reposent sur des périodes, des populations et des questions différentes : Gallup mesure la détention, Ipsos l’usage sur douze mois, la Fed l’usage global et River la détention de bitcoin.

Méfiance envers les institutions, DeFi peu connue et fiscalité floue

Les Américains se montrent critiques envers leur propre système financier : seuls 19 % le jugent sûr, et 63 % estiment qu’il doit être modernisé face aux cyberattaques et aux menaces liées à l’intelligence artificielle. Cette défiance ne profite pas aux cryptos. 4 % accordent une confiance élevée aux plateformes centralisées comme Coinbase ou Kraken, et 5 % aux plateformes décentralisées comme Uniswap. Les grandes banques recueillent 42 % de confiance, les coopératives de crédit 48 %.

La finance décentralisée (DeFi, ensemble de services financiers fonctionnant sur blockchain sans intermédiaire) reste très peu connue : 2 % des Américains la connaissent très bien, et 92 % peu ou pas du tout. Malgré cela, 40 % se disent au moins plutôt disposés à l’essayer, principalement pour épargner (85 %), envoyer de l’argent à leurs proches (82 %) ou percevoir des intérêts (82 %). Une loi fédérale imposant davantage d’obligations aux entreprises crypto ne fait passer cette disposition que de 40 % à 42 %, tandis que 13 % des sondés citent des produits plus accessibles comme facteur déterminant. L’enquête, menée du 8 au 16 septembre auprès de 1 545 adultes avec une marge d’erreur de 2,8 points, a été commandée par le DeFi Education Fund, un groupe de pression favorable à la finance décentralisée. Ce biais de commande doit être gardé à l’esprit.

Une étude Coinbase, menée auprès de 3 000 utilisateurs de cryptos entre septembre et octobre 2025, relève un déficit de connaissance fiscale. Si 79 % des sondés savent que leurs activités crypto sont imposables, seuls 49 % savent que leurs cryptomonnaies sont imposables à chaque vente. À l’inverse, 21 % considèrent à tort qu’un transfert entre comptes crypto est imposable, et 30 % se disent prêts à utiliser l’IA pour leur déclaration. Le rappel fiscal joint à l’étude cite comme imposables la vente contre une monnaie fiduciaire, l’achat de biens ou services, les paiements en stablecoins et les frais de « gaz » sur Ethereum. Il précise qu’un échange entre cryptomonnaies et la simple conservation d’actifs sans vente ne le sont pas. Les modalités de déclaration détaillées relèvent toutefois du cadre fiscal français.

Un précédent réglementaire et un marché en reprise

Un article de la BBC, signé Natalie Sherman et ancré dans le début de 2023, fournit un précédent utile. Andrew Durgee, directeur général de la division crypto de Republic, estimait alors que la plupart des entreprises du secteur dans lesquelles il avait investi trois ans plus tôt étaient établies aux États-Unis, contre une sur dix seulement cette année-là. Après l’effondrement des prix et la faillite de FTX, les procureurs avaient accusé son dirigeant, Sam Bankman-Fried, d’avoir mené « l’une des plus grandes fraudes financières » de l’histoire du pays.

« L’incertitude réglementaire rend les investissements aux États-Unis plus risqués »

Andrew Durgee, directeur général de la division crypto de Republic

Le bitcoin, qui concentrait la majeure partie de la valeur du secteur, était alors considéré par les autorités comme une marchandise, au même titre que l’or, et avait donc été largement épargné par le débat sur le statut juridique de titre. La surveillance visait surtout les émetteurs de jetons et les plateformes d’échange, qui détiennent des fonds clients et exercent des activités distinctes de la finance traditionnelle. Dans le même mois, la SEC engageait des actions contre Coinbase et Binance. Gary Gensler, alors président de la SEC, défendait ces mesures en comparant la situation aux années 1920 :

« Les charlatans, les escrocs, les fraudeurs, les schémas de Ponzi…. Le public fait la queue au tribunal des faillites »

Gary Gensler, président de la SEC

Les conséquences de marché avaient été lourdes. Des clients avaient retiré des milliards de dollars, des banques américaines avaient limité leurs transactions avec Binance, l’obligeant à cesser d’accepter les dollars, et Robinhood avait retiré certains actifs de sa cote en invoquant le « nuage d’incertitude » entourant les jetons. La valeur marchande des cryptos ne représentait alors qu’un tiers de son apogée, les volumes d’échange avaient chuté et la faillite, en mars, de quelques-unes des rares banques traditionnelles travaillant avec le secteur avait porté un coup supplémentaire.

Hilary Allen, professeure de droit à l’American University, estime que les cryptos sont intrinsèquement sensibles aux cycles d’expansion et de récession ainsi qu’aux manipulations d’initiés, et devraient être interdites. À l’inverse, Bart Stephens, associé directeur de Blockchain Capital, jugeait l’avenir prometteur, mais susceptible de se situer à l’étranger, les États-Unis étant considérés comme moins favorables que le Royaume-Uni et l’Union européenne. Son fonds avait investi, au cours des trois premiers mois de 2023, davantage que pendant n’importe quel autre trimestre de la décennie précédente.

Sur le plan des indicateurs, le bitcoin oscillait autour de ses niveaux de 2020 tout en ayant fortement progressé depuis le début de l’année, l’ether avait également augmenté, et le nombre d’adresses actives et de contrats intelligents en cours d’exécution était en hausse. Gina Pieters, spécialiste des cryptomonnaies et enseignante à l’Université de Chicago, résumait l’enjeu ainsi :

« Ce serait une erreur de penser que les États-Unis peuvent tuer le secteur. En revanche, ils peuvent tout à fait réduire la taille du secteur des crypto-monnaies. »

Gina Pieters, spécialiste des cryptomonnaies, Université de Chicago

Plus récemment, le bitcoin s’est fortement redressé malgré le recul de la détention mesuré par Gallup. Il évoluait autour de 59 000 dollars pendant la période du sondage et atteignait environ 86 160 dollars le 23 septembre, soit une progression proche de 46 %. Morgan Stanley a par ailleurs identifié six signaux pouvant indiquer que le marché baissier des cryptos approche de sa fin.

Perspectives : adoption fragile, réglementation décisive

Les données convergent vers un constat nuancé : l’expérience des cryptos s’étend, mais l’engagement durable reste fragile. La détention recule chez les jeunes et les ménages modestes, la confiance dans les plateformes demeure basse et la fiscalité est mal comprise. Le rebond du bitcoin pourrait ramener des utilisateurs, mais sans clarté réglementaire ni meilleure information, il risque de profiter surtout aux investisseurs déjà avertis.

Trois scénarios se dessinent. Dans le premier, une clarification réglementaire et des produits plus accessibles convertiraient la curiosité en usage régulier. Dans le deuxième, la détention stagnerait autour de 9 à 13 % des adultes. Dans le troisième, un durcissement réglementaire ou une nouvelle crise de confiance réduirait encore la base d’utilisateurs. Le suivi des prochaines enquêtes et des décisions du Congrès ou des tribunaux sera déterminant.


Sources

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

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