Bruno Le Maire propose de financer une hausse de 150 à 250 euros par mois du salaire net par une augmentation de trois points de TVA et une taxe sur l’intelligence artificielle. Présenté lors d’une interview sur BFM TV, ce dispositif répond selon lui à l’écart entre salaire brut et salaire net, mais l’assiette, le taux et le rendement de la taxe sur l’IA restent non précisés.
🔑 En bref
- Hausse de TVA de trois points, présentée comme rapportant environ 40 milliards d’euros.
- Taxe sur l’IA dont l’assiette, le taux et les entreprises visées n’ont pas été définis.
- Gain de salaire net annoncé de 150 à 250 euros par mois, fourchette que certaines reprises ramènent à 150 à 200 euros.
- Critiques du Rassemblement national sur le caractère régressif et la faisabilité comptable du projet.
- Contexte de dette publique de 3 500 milliards d’euros et d’objectif de déficit à 5,0 % du PIB en 2026 possiblement manqué.
Une hausse de TVA au cœur du dispositif
Le levier principal est une hausse de trois points de TVA, que Bruno Le Maire chiffre à environ 40 milliards d’euros de recettes supplémentaires. Il s’appuie sur une valeur de 13 milliards d’euros par point, soit environ 39 milliards, arrondis à 40. Il a défendu ce choix en opposant un modèle fondé sur la production et le travail à un modèle reposant exclusivement sur la consommation. Il évoque aussi le maintien d’une TVA réduite sur les produits de première nécessité.
« un modèle qui repose sur la production et le travail et plus un modèle économique qui repose exclusivement sur la consommation »
Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Économie et des Finances
| Élément | Montant ou effet annoncé | Statut |
|---|---|---|
| Hausse de TVA de 3 points | environ 40 milliards d’euros | Proposition annoncée |
| Valeur d’un point de TVA | environ 13 milliards d’euros | Estimation avancée par l’élu |
| Gain de salaire net | 150 à 250 euros par mois | Chiffre disputé (150 à 200 euros selon Capital) |
| Taxe sur l’IA | non chiffrée | Assiette et taux non définis |
Le gain net annoncé n’est pas stable selon les sources. Cryptoast retient 150 à 250 euros, tandis que Capital et une publication de Capital sur Threads évoquent 150 à 200 euros, formulation que reprend Bruno Le Maire lors de son interview avec Jean-Philippe Tanguy. Cet écart de 50 euros mensuels change sensiblement l’évaluation de l’effet réel sur le pouvoir d’achat.

Une taxe sur l’IA sans paramètres juridiques
La seconde composante vise principalement les grandes entreprises américaines de l’intelligence artificielle. Bruno Le Maire établit un parallèle avec la taxe sur les géants du numérique qu’il avait instaurée en 2019, fixée à 3 % du chiffre d’affaires réalisé en France par Google, Amazon, Meta ou Apple. Selon lui, ce type de prélèvement fait contribuer les entreprises concernées à la justice fiscale et produit des recettes pour le Trésor public.
Le mécanisme évoqué ressemblerait à la taxe GAFA sur plusieurs points : il s’appliquerait à la valeur d’activité générée en France par des entreprises concentrant une part importante des bénéfices de l’IA. À ce stade, aucun taux, aucune base imposable et aucune estimation de produit n’ont été communiqués.
Les points non tranchés
- Assiette : chiffre d’affaires, valeur ajoutée ou activité générée sur le territoire ?
- Taux : aucun niveau n’a été annoncé, contrairement aux 3 % de la taxe GAFA.
- Périmètre : les entreprises concernées n’ont pas été identifiées.
- Rendement : aucune estimation du produit attendu n’a été publiée.
Une telle orientation exposerait la France à un conflit commercial avec les États-Unis. Le calendrier de la proposition a par ailleurs coïncidé avec une opération majeure du secteur : Anthropic, éditeur de l’assistant Claude, a déposé publiquement son dossier d’introduction en Bourse. Selon Cryptoast, l’entreprise devait débuter sur le Nasdaq quelques semaines plus tard et devenir la septième entreprise la plus valorisée au monde. Les sources consultées ne signalent toutefois ni réaction de cours mesurable, ni variation de cotation, ni réponse officielle des entreprises visées.
Un débat budgétaire sous forte contrainte
Le projet s’inscrit dans un ensemble de propositions de l’ancien ministre, dont un « Manifeste pour une autre France » publié le 25 août. Selon BFM Business et Yahoo Finance, la dette publique atteint 3 500 milliards d’euros et l’objectif de déficit de 5,0 % du PIB en 2026 pourrait ne pas être atteint. Bruno Le Maire vise à terme un retour à un déficit de 3 %.
Lors de son intervention sur BFM TV du 26 août, il a esquissé les mesures suivantes :
- maintenir la surtaxe de l’impôt sur les sociétés pour les grandes entreprises et la contribution sur les hauts revenus ;
- augmenter la TVA sociale de deux à trois points ;
- maintenir la taxe sur les Gafam ;
- augmenter la taxe sur les produits importés et polluants ;
- désindexer le barème de l’impôt sur le revenu.
« Le vrai sujet de fond, c’est que désormais, notre modèle social ne sera plus financé par le travail. »
Bruno Le Maire, BFM TV, 26 août
Il propose également de renforcer les pouvoirs de Bercy dans les arbitrages budgétaires, notamment par un droit de veto sur les sujets de finances publiques, et de limiter le droit d’amendement des parlementaires lorsqu’il s’agit d’augmenter les dépenses.
Le député du Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy conteste la méthode. Selon lui, les salariés, retraités et familles, pourtant concernés par la hausse du salaire net, subiraient trois points de TVA supplémentaires sur leur consommation, notamment sur le carburant, le gaz, le fioul, l’électricité et l’alimentation. Il juge que l’opération « ne tiendra pas la route » en raison de la hausse de TVA sur le diesel, qu’il ne considère pas comme un produit de première nécessité. Il défend à l’inverse la baisse de TVA proposée par Marine Le Pen.
« Politiquement, c’est possible, mais comptablement, il y a un souci. »
Jean-Philippe Tanguy, député du Rassemblement national
Réactions, contexte industriel et régulation
Les commentaires publiés sous l’article de Cryptoast traduisent une contestation importante. Plusieurs lecteurs dénoncent « une taxe de plus », estiment que la France devrait investir massivement dans l’IA et craignent que les entreprises taxées répercutent le coût sur leurs abonnements. Ces réactions restent des commentaires et ne constituent pas une réaction de marché établie.
Bruno Le Maire présente l’IA comme une « révolution industrielle la plus importante de l’histoire », au-delà du logiciel, en citant les usines et les semi-conducteurs. Il indique travailler auprès d’ASML, groupe néerlandais des semi-conducteurs, dont il est conseiller depuis 2025. Il estime que les États-Unis « sont en train de tout prendre » et appelle l’Europe à « garder des bénéfices pour nous ».
La Revue des Deux Mondes rapporte qu’à la date de son article, la régulation mondiale de l’IA demeurait absente, dans un contexte de compétition entre les États-Unis et la Chine et d’affaiblissement des institutions multilatérales. Elle cite Jacob Coxon, chercheur britannique qui a quitté Anthropic après avoir travaillé chez OpenAI : « Aucune des deux entreprises n’agit de façon responsable. »
Perspectives et scénarios
La proposition combine deux instruments dont les effets dépendent de paramètres encore inconnus. Dans un premier scénario, la hausse de TVA serait retenue sans taxe sur l’IA, ce qui limiterait le risque de friction commerciale mais poserait la question de la répartition de l’effort sur les ménages. Dans un deuxième, la taxe sur l’IA serait précisée sur le modèle de la taxe GAFA, avec un taux et une assiette définis, ce qui ouvrirait un contentieux avec Washington. Dans un troisième, le projet resterait une orientation, faute d’accord budgétaire et européen.
Pour les observateurs financiers, la lecture reste prudente : aucun paramètre juridique n’est fixé, aucune estimation de rendement n’est publiée et les sources ne relèvent aucune réaction de cours. Le suivi portera sur les textes budgétaires et la position du gouvernement. Bruno Le Maire a indiqué ne pas être candidat à l’élection présidentielle de 2027 ; ses propositions relèvent donc, à ce stade, de la contribution d’un ancien ministre au débat public.
Sources
- Cryptoast, « Bientôt une taxe sur l’IA ? Bruno Le Maire la propose pour augmenter les salaires de 150 à 250 € »
- Capital, publication sur Threads
- Yahoo Finance France
- Capital, article sur la TVA et les salaires nets
- BFM TV, interview de Bruno Le Maire
- Revue des Deux Mondes, « Vertige de l’IA » avec Bruno Patino
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.


