Trois prévenus comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris pour une fraude estimée à 12,5 millions d’euros autour du jeton HLG, la cryptomonnaie du protocole Holograph. Au cœur du dossier : la création présumée d’un milliard de tokens grâce aux accès conservés par un ancien développeur. L’affaire illustre la fragilité des droits d’administration dans les protocoles.
🔑 En bref
- Trois prévenus sont jugés à Paris pour une fraude estimée à 12,5 millions d’euros, soit 14 millions de dollars à l’époque.
- Le suspect principal, ancien développeur d’Holograph, est soupçonné d’avoir émis frauduleusement un milliard de tokens HLG.
- Environ 200 millions de HLG auraient été revendus, pour plus d’un million de dollars.
- Le cours du HLG est passé d’environ 0,03 dollar en mai 2024 à 0,001 dollar fin décembre.
- La Holograph Foundation prépare sa liquidation, ses clients ayant perdu toute confiance dans le projet.
Des faits présumés liés à des accès internes
Le dossier repose sur une hypothèse centrale : le principal prévenu, ancien développeur de la société, aurait exploité des accès conservés après son départ pour modifier les règles d’émission du jeton. Dans un protocole blockchain, un smart contract (programme informatique déployé sur la blockchain, dont le code exécute automatiquement des règles prédéfinies) gouverne notamment la création des tokens. Manipuler ce mécanisme revient donc à contourner les garde-fous censés encadrer l’offre.
Le déroulé présumé selon l’audience
- Entre mai et août 2024, le suspect aurait modifié les conditions de création des jetons sur la plateforme.
- Le 13 juin 2024, un milliard de tokens HLG auraient été créés grâce à une manipulation des smart contracts.
- Ces jetons auraient ensuite été transférés vers des portefeuilles contrôlés par le suspect.
- Avec ses deux complices présumés, il aurait réparti les cryptomonnaies sur plusieurs comptes ouverts auprès de différentes plateformes d’échange.
Le principal accusé, de nationalité ukrainienne et résidant en France, a été arrêté en Italie et se trouve en détention depuis septembre 2024. Les deux autres prévenus comparaissent libres. Ils répondent d’escroquerie, de blanchiment en bande organisée, d’association de malfaiteurs et d’atteinte à un système de traitement automatisé de données. Les faits restent présumés et le tribunal n’a pas encore tranché.
Un préjudice de 12,5 millions d’euros, des gains plus difficiles à établir
Le parquet de Paris évalue la somme en jeu à 14 millions de dollars à l’époque, soit environ 12,5 millions d’euros. Ce chiffre correspond à la valeur des jetons au moment des faits ; il ne reflète pas nécessairement les gains réellement réalisés. Selon les éléments rapportés, environ 200 millions de HLG, soit 20 % de l’émission frauduleuse présumée, auraient effectivement été revendus pour un montant supérieur à un million de dollars.
L’écart est considérable. Sur la base de ces chiffres, le prix moyen de revente aurait donc dépassé 0,005 dollar par jeton, nettement au-dessus des niveaux atteints après l’effondrement. Ce calcul indicatif montre qu’une part importante de la valeur théorique n’a jamais été convertie en liquidités, ce qui pèsera sur l’appréciation des montants à restituer.
Un cours effondré en quelques heures
Selon la plateforme financière Finary, le HLG valait près de 0,03 dollar en mai 2024. Le 13 juin 2024, son prix a chuté de près de 80 % en quelques heures, passant d’environ 0,014 dollar à moins de 0,003 dollar. Le cours a continué de se dégrader, pour n’atteindre plus qu’environ 0,001 dollar fin décembre.
| Repère | Prix du HLG | Commentaire |
|---|---|---|
| Mai 2024 | environ 0,03 $ | Niveau de référence selon Finary |
| 13 juin 2024, avant la chute | environ 0,014 $ | Jour de l’émission présumée |
| 13 juin 2024, après la chute | moins de 0,003 $ | Baisse proche de 80 % en quelques heures |
| Fin décembre 2024 | environ 0,001 $ | Recul d’environ 97 % par rapport à mai |
La mécanique est connue : une émission massive de nouveaux jetons, suivie de leur mise en vente, crée une pression vendeuse que la liquidité du marché peut difficilement absorber. Dans ce type de scénario, le choc est d’autant plus brutal que les échanges sont peu profonds, et ce sont les détenteurs de bonne foi qui en supportent les conséquences.
Holograph Foundation : un projet à l’arrêt
La Holograph Foundation, société à l’origine du protocole, est basée aux îles Caïmans. Devant le tribunal, son avocat l’a qualifiée de « complètement à l’arrêt ». La structure prépare sa liquidation, c’est-à-dire sa fermeture et la vente de ses actifs, afin de rembourser ses créanciers. Selon l’avocat, cette décision s’explique par la perte de confiance des clients, sans laquelle un protocole ne peut survivre.
« Il n’y a plus aucune confiance dans le projet »
Avocat de la Holograph Foundation, audience devant le tribunal correctionnel de Paris
La défense met en cause le silence de la plaignante
Dès la première audience, les avocats de la défense ont attaqué frontalement la société plaignante. Ils lui reprochent son silence pendant toute l’instruction, c’est-à-dire la phase d’enquête conduite par un juge avant le procès, ainsi que l’absence de certains documents demandés pour l’audience. Ils dénoncent une société basée aux îles Caïmans restée « silencieuse » durant cette période.
Ces arguments portent sur la procédure et la coopération de la partie plaignante ; ils ne préjugent ni de la culpabilité ni de l’innocence des prévenus. Ils illustrent toutefois la complexité d’un dossier dans lequel la plaignante, dont la structure est en cours de liquidation, doit à la fois éclairer les faits et défendre ses droits à réparation.
Perspectives : verdict, réparation et leçons pour les protocoles
Le procès doit se poursuivre jeudi et vendredi prochains. Le tribunal devra déterminer la responsabilité de chacun des trois prévenus dans une affaire qui a profondément fragilisé le projet Holograph. Trois scénarios structurent désormais le débat : une condamnation de l’accusé principal, avec des responsabilités distinctes pour ses complices présumés ; une relaxe partielle ou une requalification si l’accusation ne parvient pas à démontrer le rôle de chacun ; ou un contentieux qui se prolonge au-delà du verdict, notamment sur la question de l’indemnisation.
Quelle que soit l’issue pénale, la réparation pour les utilisateurs apparaît limitée par la liquidation en cours, puisque les actifs restants devront d’abord servir à rembourser les créanciers. Pour l’écosystème, l’affaire souligne la nécessité d’un contrôle strict des clés d’administration, d’une révocation rapide des accès après un départ, de mécanismes multisignatures et d’audits indépendants des smart contracts. Ces garde-fous, plus que la seule réglementation, conditionnent la confiance des investisseurs.
Sources
- Cryptoast : trois personnes jugées pour un vol de 12,5 millions d’euros en crypto (HLG)
- Les Echos : enquête du parquet de Paris sur une arnaque à la cryptomonnaie
- Le Parisien : trois ingénieurs jugés pour une arnaque à la cryptomonnaie (25/05/2023)
- Village Justice : arnaques aux investissements en cryptomonnaies, les recours des victimes
- TF1info : incarcération d’un homme à Paris pour un vol présumé de cryptomonnaies
- AFP via TradingView : dépêche sur le procès à Paris
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.


