Susan Collins, présidente de la Federal Reserve Bank of Boston, a confirmé son soutien à la hausse de 25 points de base décidée la semaine dernière, tout en avertissant que le risque d’une inflation durablement supérieure à l’objectif de 2 % s’est nettement accru. Ses déclarations, publiées sur LinkedIn et accordées à l’Associated Press, dessinent un scénario monétaire plus restrictif que ne le suggèrent certains de ses collègues.
🔑 En bref
- La Fed a relevé son taux directeur à 3,75 %–4,00 %, première hausse en trois ans.
- Susan Collins voit une probabilité accrue d’une inflation > 2 % sur la durée.
- Le CME FedWatch table à 53,1 % sur une nouvelle hausse de 25 pb en octobre.
- Le président de Chicago Austan Goolsbee évoque la possibilité de plus d’une hausse cette année.
- L’inflation PCE (Personal Consumption Expenditures, indice préféré de la Fed) s’établit à 3,7 % en juin 2026, après 4,1 % en mai.
Collins : un vote hawkish (favorable à une politique monétaire stricte) pour une inflation durable
Dans un message LinkedIn relayé par Reuters, Susan Collins a livré l’une des justifications les plus explicites du resserrement monétaire en cours. « Compte tenu de toutes les informations disponibles, je vois maintenant une probabilité accrue de scénarios futurs dans lesquels l’inflation reste nettement supérieure à 2 % », a-t-elle écrit. Elle rappelle que le marché du travail reste sur des bases solides, ce qui permet à la banque centrale de se concentrer sur le retour à la stabilité des prix après cinq ans et demi d’inflation excessive.
« Un taux des fonds fédéraux (taux directeur overnight auquel les banques se prêtent entre elles) quelque peu plus restrictif contribuera à garantir que l’inflation retourne de manière durable à l’objectif. »
Susan Collins, présidente de la Fed de Boston
Collins a précisé à l’Associated Press qu’elle n’avait pas observé « les progrès sur l’inflation que j’espérais ». Bien qu’elle ne dispose pas d’un droit de vote au FOMC (Federal Open Market Committee, comité de politique monétaire de la Fed) en 2026, elle participera aux débats et votera à nouveau en 2028.

Géopolitique et emploi : les deux piliers du raisonnement
Deux facteurs ont pesé dans l’analyse de Collins. D’une part, la reprise des combats au Moyen-Orient en août, en particulier l’escalade entre les États-Unis, Israël et l’Iran, qui exerce une pression haussière sur les prix de l’énergie. « Les développements géopolitiques suggèrent que nous pourrions continuer à voir des pressions supplémentaires s’exercer du côté de l’énergie », a-t-elle souligné.
D’autre part, la résilience du marché du travail. Les embauches restent dynamiques, permettant à l’économie d’absorber des taux plus élevés. Dans son district (Massachusetts, Connecticut, Maine, Rhode Island, Vermont), les entreprises continuent d’anticiper le transfert des coûts vers les consommateurs, un signal classique de second round effects (effets de second tour, c’est-à-dire la transmission de la hausse des prix aux salaires et aux marges).
| Indicateur | Valeur | Période |
|---|---|---|
| Taux directeur Fed | 3,75 % – 4,00 % | Sept. 2026 |
| Probabilité hausse 25 pb en octobre (CME FedWatch) | 53,1 % | Sept. 2026 |
| PCE core annualisé | 3,7 % | Juin 2026 |
| PCE core annualisé | 4,1 % | Mai 2026 |
| Objectif PCE Fed | 2,0 % | — |
Goolsbee plus agressif, Warsh plus conciliant
Le président de la Fed de Chicago, Austan Goolsbee, a adopté lundi un ton encore plus prudent. Pour lui, la Fed devra probablement provoquer une récession contrôlée pour ramener l’inflation à l’objectif. « La seule façon de faire baisser l’inflation est de relever les taux et de réduire l’écart entre l’offre et la demande. Forcer l’inflation à revenir à l’objectif à court terme signifie repousser l’emploi en dessous de l’objectif. Cela va être douloureux. »
Goolsbee a ajouté qu’une seule hausse pourrait ne pas suffire si l’inflation provient de la demande : « Si nous obtenons des preuves qui nous convainquent que l’inflation provient de la demande, alors une seule hausse ne suffirait probablement pas ». Il a également pointé le rôle des investissements massifs dans les centres de données pour l’intelligence artificielle, qui alimentent la demande globale.
Cette position tranche avec celle du président de la Fed, Kevin Warsh, qui avait déclaré la semaine passée : « Je ne crois pas que nous ayons besoin de nuire aux marchés du travail pour atteindre notre objectif. » Le scénario que Warsh évoque – un retour à la cible PCE de 2 % sans hausse significative du chômage, comme en 2022-2023 – relève donc du pari optimiste.
La BCE dans le même sillage
De l’autre côté de l’Atlantique, l’économiste en chef de la BCE, Philip R. Lane, a livré au quotidien suisse Le Temps une analyse convergente. Il évoque une « seconde vague de hausse des prix de l’énergie » susceptible de maintenir l’inflation « plus élevée plus longtemps ». La BCE anticipe des pressions à la hausse sur l’alimentation, l’énergie au sens large (y compris l’électricité) et les biens généraux.
Cette coordination implicite entre les deux grandes banques centrales renforce le scénario d’un policy mix (combinaison de politiques monétaires) durablement restrictif au second semestre 2026, avec des implications directes sur les actifs risqués, les obligations et le dollar.
Conclusion : vers un automne sous tension
Le consensus au sein du FOMC semble glisser vers un hawkish bias (biais restrictif) persistant : Collins justifie la hausse, Goolsbee en appelle à davantage, et le CME FedWatch donne une majorité courte (53,1 %) à une nouvelle montée de 25 pb dès octobre. Le scénario médian combine une inflation PCE qui redescend lentement (3,7 % en juin, encore 1,7 point au-dessus de la cible), un marché du travail robuste, et des tensions géopolitiques réactivées par l’effondrement du cessez-le-feu américano-iranien.
Pour les marchés, trois scénarios se dessinent. Le scénario doux repose sur une désinflation sans douleur, défendu par Warsh. Le scénario médian table sur une hausse additionnelle en octobre et un plateau à 4,00-4,25 %. Le scénario dur, évoqué par Goolsbee, impliquerait plusieurs hausses supplémentaires et une remontée du chômage – avec un risque de correction sur les indices actions, les obligations à duration longue (sensibles aux taux) et le crédit privé. La publication du PCE d’août, attendue fin septembre, sera le prochain juge de paix.
Sources
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

