Goldman Sachs a opéré un revirement brutal de sa prévision sur la trajectoire monétaire américaine, misant désormais sur une nouvelle hausse des taux de la Fed dès octobre après que le président Kevin Warsh a affiché un ton résolument hawkish (favorable à un resserrement monétaire).
🔑 En bref
- La Fed a relevé ses taux directeurs de 25 points de base (pb), dans une fourchette de 3,75 % à 4,00 %
- Goldman Sachs anticipe désormais une nouvelle hausse en octobre, contre une pause précédemment prévue
- Le CME FedWatch affiche une probabilité légèrement supérieure à 50 % d’un relèvement en octobre
- Le pétrole Brent dépasse les 100 dollars le baril, ravivant les pressions inflationnistes
- Le bitcoin reste stable autour de 76 260 dollars, quasi insensible aux développements monétaires
Goldman Sachs fait volte-face sur la trajectoire de la Fed
La banque d’investissement a complètement revu sa position en quelques semaines. Initialement, elle tablait sur une hausse des taux en septembre suivie d’une pause, conformément à sa stratégie dite de « pas un pas de plus que nécessaire ». Mais la réunion du Comité fédéral de l’Open Market (FOMC) des 16-17 septembre a rebattu les cartes, poussant les stratèges à basculer vers un scénario nettement plus restrictif.
Goldman a souligné que ce revirement visait à ne pas surprendre les investisseurs par un changement brutal de perspective. La révision intervient alors que plusieurs maisons de Wall Street alignent désormais leurs prévisions sur un cycle monétaire plus long que prévu, signe d’un consensus de place en train de basculer.
Kevin Warsh adopte un ton résolument hawkish
Le président de la Fed n’a laissé aucun doute sur la trajectoire future lors de sa conférence de presse. Il a qualifié la dernière hausse de simple retrait d’« une dose d’accommodation » dans la politique monétaire, estimant que les conditions actuelles ne sont pas encore suffisamment restrictives pour ramener l’inflation vers la cible.
« L’inflation demeure trop élevée. Le retrait de cette dose d’accommodation ne marque pas la fin de notre resserrement. »
Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale
Cette formulation tranche avec le langage plus mesuré des réunions précédentes. Elle signale que le FOMC considère le travail de désinflation comme incomplet, malgré la modération observée sur certains segments de l’économie américaine, notamment le logement et les biens durables.
Les marchés intègrent le scénario d’un octobre restrictif
Les anticipations de marché ont évolué rapidement après la conférence de presse. Selon l’outil CME FedWatch, qui mesure les probabilités implicites à partir des contrats à terme sur les Fed Funds, les opérateurs assignent désormais une probabilité légèrement supérieure à 50 % à une nouvelle hausse de 25 pb en octobre.
Les projections économiques publiées à l’issue de la réunion confirment ce basculement. Une majorité des responsables politiques anticipe au moins une hausse supplémentaire d’ici la fin de l’année, ce qui contraste avec les attentes de stabilisation formulées en milieu d’année. Plusieurs banques de Wall Street ont ainsi relevé leur taux terminal (le niveau plafond attendu pour les Fed Funds) vers 4,25 %-4,50 %.
Probabilités implicites d’action de la Fed (CME FedWatch)
| Scénario pour octobre | Probabilité implicite |
|---|---|
| Hausse de 25 pb | ~52 % |
| Maintien des taux | ~46 % |
| Hausse de 50 pb | ~2 % |
Les facteurs qui alimentent la pression inflationniste
Plusieurs éléments conjoncturels ont contribué à durcir la posture des décideurs et des prévisionnistes. Le cours du pétrole Brent a franchi le seuil symbolique des 100 dollars le baril, ce qui pourrait renforcer les pressions sur les prix énergétiques et, par effet de cascade, sur l’ensemble de la chaîne de coûts.
Parallèlement, les données sur les prix à la production (PPI) américains sont ressorties plus fortes qu’anticipé, ravivant les craintes d’une inflation persistante dans le segment des biens intermédiaires. Ces deux signaux combinés ont conduit plusieurs grandes banques à revoir leurs prévisions à la hausse, alimentant la dynamique hawkish observée lors du FOMC.
Bitcoin : une réaction pour le moins discrète
Dans ce contexte monétaire tendu, le bitcoin est demeuré étonnamment stable. La principale cryptomonnaie s’échangeait aux alentours de 76 260 dollars au moment de la rédaction, en hausse de seulement 0,5 % sur 24 heures.
Cette faible réaction contraste avec la sensibilité habituellement observée lors des décisions de politique monétaire américaines. Plusieurs analystes expliquent cette indifférence par la récente correction du marché crypto et par l’attention portée à d’autres catalyseurs, comme les flux d’entrée dans les ETF spot Bitcoin et les développements réglementaires autour des stablecoins.
Certains observateurs soulignent toutefois que la corrélation entre le bitcoin et les taux directeurs américains tend à se renforcer sur les horizons longs. Une prolongation inattendue du cycle de resserrement pourrait donc finir par peser sur la dynamique haussière de la principale cryptomonnaie, en renchérissant le coût d’opportunité des actifs risqués et en soutenant le dollar.
Conclusion : vers un cycle monétaire plus long que prévu
Le revirement de Goldman Sachs illustre la difficulté croissante à anticiper la trajectoire de la Fed dans un environnement où les risques inflationnistes persistent. Si une nouvelle hausse en octobre se matérialisait, elle porterait les Fed Funds au-dessus de 4,00 %, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis plus d’une décennie et qui pèserait mécaniquement sur la liquidité mondiale.
Les prochains catalyseurs à surveiller seront la publication des chiffres de l’IPC (indice des prix à la consommation), les rapports sur l’emploi et les interventions des responsables du FOMC. Toute surprise hawkish renforcerait le scénario d’un resserrement prolongé, avec des répercussions potentielles sur l’ensemble des classes d’actifs, y compris les cryptomonnaies. À l’inverse, un reflux marqué de l’inflation ouvrirait la voie à une stabilisation plus précoce des taux, scénario que les marchés n’intègrent aujourd’hui qu’avec une probabilité limitée.
Sources
- CoinDesk – Goldman expects another Fed rate hike in October
- BloomingBit – Fed coverage
- Goldman Sachs – What a Fed rate hike could mean for US stocks
- Yahoo Finance – Goldman Sachs now expects Fed hike
- Economic Times – Goldman Sachs expects Fed to hike rates
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

