Les développeurs d’Ethereum et de Base ont mis fin à leur collaboration visant à unifier leurs propositions d’abstraction de compte. Annoncée le 14 septembre 2026 par Derek Chiang, chercheur chez Ethlabs et fondateur de ZeroDev, cette rupture ouvre une période d’incertitude pour les portefeuilles et les applications décentralisées qui devront composer avec deux architectures de transaction distinctes.
🔑 En bref
- Les équipes derrière EIP-8130 (Base) et EIP-8141 (Ethereum) ont échoué à trouver un terrain d’entente.
- Aucune solution technique ne pouvait satisfaire les deux camps sans compromis sur leurs objectifs fondamentaux.
- EIP-8141, co-écrite par Vitalik Buterin, figure parmi les priorités de l’upgrade Hegotá prévu pour 2027.
- EIP-8130, signée par Chris Hunter de Coinbase, est déjà testée sur le devnet vibenet de Base et cible l’OP Stack.
- Les portefeuilles devront gérer la fragmentation qui en résulte, avec ERC-4337 comme couche de compatibilité résiduelle.
Un désaccord fondamental sur les priorités
La collaboration entre les auteurs des deux propositions concurrentes, EIP-8130 portée par Base et EIP-8141 connue sous le nom de Frame Transactions, a échoué après plusieurs semaines de négociations. Les deux camps avaient tenté de définir un standard commun permettant de faire fonctionner l’abstraction de compte à la fois sur Ethereum layer 1 et sur Base layer 2.
« Je suis triste de rapporter que la collaboration AA entre 8130 et 8141 (Frames) a échoué la semaine dernière, et que Base et Ethereum vont maintenant suivre des voies séparées pour implémenter différents standards d’abstraction de compte. »
Derek Chiang, chercheur Ethlabs et fondateur de ZeroDev
Selon Derek Chiang, toutes les solutions techniques examinées auraient nécessité qu’un camp ou l’autre compromette ses objectifs fondamentaux. Il a ajouté : « Bien que nous ayons identifié un certain nombre de solutions techniques, elles exigeaient toutes qu’un côté ou l’autre fasse au moins un petit compromis sur ses objectifs fondamentaux. Alors nous avons pris des chemins séparés, laissant le fardeau aux portefeuilles de gérer la fragmentation qui en résulte. »
Matt Garnett, développeur core Ethereum, a commenté cette divergence en soulignant la pression concurrentielle qui pousse les L2 à innover plus vite que le L1 : « La pression du marché les force à livrer des fonctionnalités à un rythme que L1 ne peut pas égaler, donc les incompatibilités s’accumulent. Le temps dira si c’est une force ou une faiblesse. »

Qu’est-ce que l’abstraction de compte ?
L’abstraction de compte est un concept qui permet aux portefeuilles crypto de fonctionner de manière plus similaire aux applications web2. Elle vise à supprimer des obstacles tels que la nécessité de détenir de l’ETH pour payer les frais de gaz (les frais de transaction sur Ethereum), à permettre la connexion par mot de passe plutôt que par phrase de secours, et à autoriser le traitement de plusieurs opérations en une seule transaction.
Actuellement, le standard ERC-4337 permet ces fonctionnalités en les superposant par-dessus la machine virtuelle Ethereum (EVM, l’environnement d’exécution des smart contracts). Les deux EIP visaient à intégrer nativement cette abstraction au niveau du protocole plutôt que de maintenir cette approche en surcouche, plus coûteuse en gaz et plus limitée en flexibilité.
Pour Ethereum L1, les priorités sont résumées par l’acronyme CROPS : résistance à la Censure et à la capture, logiciels Open source, Respect de la vie privée, et Sécurité. Ces exigences orientent vers un modèle de compte extensible sans permission et des designs de transaction capables de supporter des systèmes de confidentialité ainsi que de futures signatures post-quantiques (résistantes aux attaques d’ordinateurs quantiques).
EIP-8141 vs EIP-8130 : deux philosophies opposées
L’EIP-8141, les Frame Transactions, a été classée « must-ship » par le cluster Protocol de la Ethereum Foundation dans une liste hiérarchisée publiée début septembre, en vue de l’upgrade Hegotá d’Ethereum prévu pour 2027. Derek Chiang est l’un des auteurs de cette proposition, aux côtés notamment de Vitalik Buterin.
L’EIP-8141 décompose une transaction en « frames » programmables qui gèrent séparément la validation de l’expéditeur, l’approbation du paiement des frais de gaz et l’exécution des actions de l’utilisateur. L’objectif est de faire en sorte qu’un compte devienne simplement une adresse dont le comportement est défini par du code, en permettant une extensibilité sans permission et en préparant la résistance post-quantique. Vitalik Buterin a qualifié EIP-8141 d’« omnibus qui rassemble et résout chaque problème restant que l’AA était censée adresser » dans un message sur X en février. Le 5 septembre, il a ajouté que la proposition avait « réalisé beaucoup de progrès importants » ces derniers mois et qu’elle « se rapproche de l’optimal ».
De son côté, l’EIP-8130 a été rédigée par Chris Hunter, ingénieur chez Coinbase. Cette proposition introduit un nouveau type de transaction accompagné d’un « Keystore » onchain qui, ensemble, fournissent l’abstraction de compte : authentification personnalisée, traitement par lots d’appels et sponsorisation des frais de gaz. Le keystore est conçu pour stocker les signataires et authentificateurs approuvés de chaque compte.
EIP-8130 est actuellement testé sur le devnet vibenet de Base et conçu pour une adoption à travers l’OP Stack, le framework modulaire qui alimente Optimism, Base et de nombreux autres rollups (réseaux de deuxième couche qui agrègent des transactions avant de les publier sur Ethereum). La proposition revendique une réduction pouvant atteindre 63 % des coûts de gaz pour certains types de transferts par rapport à l’approche ERC-4337 actuelle.
L’EIP-8130 inclut des profils d’adoption distincts pour L1 et L2. Son profil L1 permet les authentificateurs en dehors d’un ensemble canonique dans des limites définies, tandis que son profil layer 2 autorise les chaînes à haut débit à restreindre le chemin natif de transaction aux authentificateurs canoniques approuvés.
| Caractéristique | EIP-8141 (Frames) | EIP-8130 (Base) |
|---|---|---|
| Auteur principal | Derek Chiang, Vitalik Buterin | Chris Hunter (Coinbase) |
| Architecture | Frames programmables modulaires | Nouveau type de transaction + Keystore onchain |
| Cible principale | Ethereum L1 | Base et OP Stack |
| Environnement de test | Spécifications Hegotá | Devnet vibenet |
| Réduction de gaz revendiquée | Non chiffrée publiquement | Jusqu’à 63 % vs ERC-4337 |
| Priorité CROPS | Oui (intégrée nativement) | Partielle (profil L1 assoupli) |
Implications pour l’écosystème
La séparation signifie que les développeurs de portefeuilles et d’applications décentralisées devront désormais gérer deux architectures de transaction différentes. Une application construite sur les hypothèses d’EIP-8130 pour Base ne fonctionnera pas automatiquement de la même manière sur Ethereum mainnet si EIP-8141 est déployé avec des primitives de transaction différentes.
Derek Chiang a néanmoins estimé que cette fragmentation pourrait produire des résultats positifs : « S’ils exécutent bien, et si la communauté des portefeuilles peut combler la fragmentation, nous pourrions bien finir par avoir la meilleure expérience utilisateur possible pour les utilisateurs finaux. »
Gabriel Shapiro, avocat spécialisé en crypto, a offert une perspective plus critique sur les conséquences de cette divergence pour Ethereum : « Les L2 sont excellents — pour l’industrie crypto et pour les gens qui possèdent le séquenceur. Pour Ethereum, ils sont juste plutôt comme ‘moins mauvais’ que les L1 concurrents. »
Shapiro argue que les réseaux comme Base peuvent attirer des utilisateurs, des applications et de l’activité transactionnelle tout en capturant l’économie du séquençage (l’entité qui ordonne et valide les transactions sur un rollup) et en prenant des décisions produit autour de leurs propres priorités concurrentielles. Il a lié cette dynamique au recentrage de Vitalik Buterin sur la résistance à la censure, la vie privée et la sécurité, suggérant qu’Ethereum accorde davantage d’importance aux qualités qui distinguent le layer 1 même si l’activité continue de se déplacer vers les rollups.
L’écosystème reste toutefois ouvert à une compatibilité partielle. Un ensemble commun d’authentificateurs et ERC-4337 demeurent disponibles comme alternative de transport sur les réseaux ne supportant pas le type de transaction 8130, ce qui pourrait permettre aux portefeuilles de masquer une partie de la complexité aux utilisateurs finaux.
Conclusion : une fracture assumée
En renonçant à un standard commun, Ethereum et Base actent une divergence philosophique entre, d’un côté, un L1 focalisé sur la résistance à long terme (censure, vie privée, post-quantique) et, de l’autre, un L2 optimisé pour la vitesse d’itération et l’expérience utilisateur. Les prochains trimestres diront si la fragmentation impose un coût durable aux développeurs ou si l’écosystème parvient à bâtir des couches d’abstraction suffisamment fines pour que l’utilisateur final ne perçoive qu’un seul « web3 » fluide.
Pour les investisseurs et builders, le message est clair : surveiller de près la livraison d’Hegotá en 2027 et l’adoption effective d’EIP-8130 sur les principaux rollups de l’OP Stack, car ces jalons détermineront quel standard finira par dominer — et, in fine, quelle vision de l’abstraction de compte s’imposera comme référence.
Sources
- The Block
- CryptoNews
- Turnkey — Account Abstraction Explained
- Crypto Briefing
- Biggo Finance
- CryptoSlate
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

