Tether met fin à son projet de minage Bitcoin en Uruguay après un litige électrique coûteux avec la société publique UTE, abandonnant quelque 120 millions de dollars investis sur deux sites. L’échec met en lumière les risques opérationnels liés à l’approvisionnement en énergie, alors que l’émetteur de USDT prépare déjà son offensive au Brésil avec Adecoagro.
🔑 En bref
- Tether a investi environ 60M$ par site en Uruguay, soit ~120M$ au total.
- UTE a coupé l’électricité le 25 juillet 2025 pour factures impayées (~5M$).
- Le litige portait sur l’interprétation du contrat : allocation minimale vs plafond.
- Tether a signé en juillet 2025 un protocole d’accord avec Adecoagro au Brésil (~10 MW).
- Le halving d’avril 2024 et la baisse du BTC ont comprimé les marges du secteur minier.
Un projet né en 2023 sous le signe des énergies renouvelables
Tether avait annoncé son incursion dans le minage en Uruguay en mai 2023, évoquant le mix énergétique renouvelable du pays, la fiabilité du réseau et la stabilité politique comme principaux atouts. Les deux sites, implantés dans le département rural de Florida, devaient servir de terrain d’essai avant une expansion vers le Brésil, le Paraguay et l’Argentine.

Une vidéo promotionnelle publiée par Tether en février 2024 montrait des salles de minage entourées de terres agricoles et d’éoliennes, avec des routes aux noms à thème crypto comme « Memepool Avenue » et « Halving Street ». Le PDG Paolo Ardoino et le président Giancarlo Devasini étaient des visiteurs réguliers de Punta del Este, station balnéaire prisée de l’élite crypto.
Un ancien contractant a chiffré l’investissement à environ 60 millions de dollars par site, soit un engagement total proche de 120 millions de dollars — considérable pour un pays dont l’investissement direct étranger annuel tourne autour de 2 milliards de dollars.
Le contrat d’électricité, pomme de discorde
Au cœur de la rupture se trouve un désaccord fondamental sur l’interprétation d’un chiffre dans le contrat d’approvisionnement avec UTE. Tether y voyait une allocation minimale modulable à mesure que les opérations grandissaient. UTE considérait ce même montant comme un plafond intangible ne pouvant être dépassé.
Tant que les installations restaient petites, la divergence avait peu d’impact. Mais lorsque les sites miniers ont demandé plus de puissance, le conflit est devenu opérationnel : un ancien contractant a rapporté des périodes où les mines restaient plusieurs jours sans électricité suffisante pour fonctionner. Un briefing interne d’UTE consulté par Reuters montre que les deux parties divergeaient déjà dès novembre 2024.
La situation s’est aggravée après l’arrivée au pouvoir de la nouvelle administration de gauche en mars 2025 et la nomination de nouveaux dirigeants à UTE, plus inflexibles sur toute renégociation. En mai 2025, Microfin — l’entité juridique locale de Tether — a cessé de payer ses factures d’électricité, puis notifié son intention de résilier les contrats le mois suivant.
Chronologie d’un abandon à 120 millions de dollars
| Date | Événement |
|---|---|
| Mai 2023 | Annonce officielle du projet minier en Uruguay |
| Février 2024 | Vidéo promotionnelle des sites de Florida |
| Avril 2024 | Halving Bitcoin — récompenses de bloc divisées par deux |
| Novembre 2024 | Désaccord contractuel déjà acté en interne chez UTE |
| Mars 2025 | Nouvelle administration, UTE durcit sa posture |
| Mai 2025 | Microfin cesse de payer ses factures d’électricité |
| Juin 2025 | Notification de résiliation des contrats à UTE |
| 25 juillet 2025 | Coupure d’électricité par UTE sur les deux sites |
| Juillet 2025 | Annonce du protocole d’accord avec Adecoagro au Brésil |
| Décembre 2025 | Règlement des dettes impayées envers UTE |
Une ultime tentative de sauvetage, dans laquelle le conseil d’UTE avait approuvé un protocole d’accord et des documents révisés, a échoué : les représentants de Tether ne se sont pas présentés à la signature, selon les procès-verbaux d’UTE. Sans accord signé et avec environ 5 millions de dollars de factures impayées, UTE a coupé le courant le 25 juillet 2025. Microfin a ensuite notifié aux autorités du travail l’arrêt des opérations et le licenciement de la plupart des employés. Les dettes ont été soldées en décembre.
« L’Uruguay n’est pas viable pour le minage — c’est la réalité. »
Nicolas Ribeiro, spécialiste du minage de crypto
« Cette infrastructure plug-and-play est très facile à faire — littéralement débrancher la prise et ensuite la déplacer ailleurs. »
Pete Howson, professeur adjoint à l’Université de Northumbria
Un secteur minier mondial sous pression
Le projet uruguayen s’est effondré dans une période particulièrement difficile pour les mineurs de Bitcoin. Le halving d’avril 2024 a réduit de moitié les récompenses de bloc, et la baisse ultérieure du BTC par rapport à son sommet 2025 a encore comprimé les marges à l’échelle mondiale.
L’Uruguay représentait un défi spécifique : malgré son leadership en énergie renouvelable et la fiabilité de son réseau, ses coûts électriques restent élevés comparés aux hubs miniers classiques comme le Texas, le Kazakhstan ou certaines régions d’Éthiopie. Pour Nicolas Ribeiro, l’infrastructure uruguayenne serait « mieux adaptée aux centres de données d’IA qu’au minage de Bitcoin ».
Le pari brésilien avec Adecoagro
L’échec uruguayen n’a pas freiné les ambitions de Tether. En juillet 2025 — le même mois où UTE mettait fin au partenariat — le groupe a conclu un protocole d’accord avec Adecoagro, producteur agricole sud-américain coté en Bourse, pour exploiter le surplus d’énergie renouvelable au Brésil. Le projet pilote mobiliserait environ 10 MW, bien moins que les 230 MW parfois cités : ce chiffre correspond à la capacité totale d’Adecoagro en Amérique du Sud, non à l’énergie allouée au minage.
Des représentants d’Adecoagro avaient visité le site uruguayen de Tether en février 2025, quelques mois avant la signature du protocole. Aucun document public n’indique que le projet brésilien ait été redessiné en fonction de l’expérience uruguayenne, mais le précédent souligne qu’au-delà du seul accès aux énergies renouvelables, des conditions contractuelles claires, une capacité électrique fiable et une économie durable restent décisives.
Tether contrôle environ 183 milliards de dollars en USDT et fait partie des plus grands détenteurs mondiaux de bons du Trésor américain. Les intérêts générés ont permis de déployer plus de 2 milliards de dollars dans la production d’énergie et le minage, dans le cadre d’un portefeuille d’investissement total d’environ 20 milliards de dollars incluant centres de données, Rumble, implants cérébraux et le club de la Juventus.
Conclusion
L’épisode uruguayen rappelle qu’en minage Bitcoin, l’accès à une énergie renouvelable bon marché ne suffit pas : la sécurité contractuelle et la stabilité réglementaire pèsent autant dans l’équation économique. Pour Tether, le test brésilien avec Adecoagro sera scruté de près — non seulement sur sa rentabilité, mais sur sa capacité à éviter les écueils contractuels qui ont coûté 120 millions de dollars en Uruguay.
Pour l’ensemble du secteur, l’épisode pourrait pousser d’autres acteurs à intégrer plus strictement les risques juridiques et opérationnels liés au choix des juridictions hôtes, et fragiliser la position de l’Uruguay comme destination de référence pour les investissements miniers en crypto.
Sources
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

