Infomaniak entre à la SIX via un reverse takeover avec Perrot Duval

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Le 29 juillet 2026, Infomaniak a officialisé son projet d’introduction à la SIX Swiss Exchange par reverse takeover de Perrot Duval Holding SA — une coquille cotée depuis 1905. L’opération, soumise au vote du 24 septembre 2026, illustre comment un champion suisse du cloud souverain peut accéder aux marchés sans renoncer à son indépendance ni à sa mission de protection des données.

🔑 En bref

  • Infomaniak vise la SIX via un reverse takeover de Perrot Duval Holding, avec un vote clé le 24 septembre 2026.
  • La Fondation Infomaniak détiendra la majorité des droits de vote via une structure à deux classes d’actions (A et B).
  • Chiffre d’affaires 2025 : CHF 54,2 millions (+14 % vs CHF 47,6M en 2024), autofinancé depuis 30 ans.
  • Marché mondial du cloud souverain : 80,4 milliards de dollars en 2026, contre 60 milliards en 2025.
  • AWS engage 7,8 milliards d’euros dans son European Sovereign Cloud en Brandebourg pour contrer cette tendance.

Un reverse takeover conçu pour préserver l’indépendance

Plutôt que de mener une introduction en bourse classique — avec ses roadshows, son bookbuilding et ses risques de timing — Infomaniak a opté pour un reverse takeover, voie bien établie en Suisse qui permet à une entreprise privée de devenir cotée en absorbant une coquille boursière déjà listée.

Concrètement, Perrot Duval Holding SA cèdera d’abord ses activités industrielles historiques lors d’une assemblée générale extraordinaire fixée au 24 septembre 2026, puis émettra de nouvelles actions au profit des actionnaires actuels d’Infomaniak. La Fondation Infomaniak, le fondateur Boris Siegenthaler et certains salariés détiendront ensemble la grande majorité du capital de l’entité combinée, qui sera rebaptisée Infomaniak SA et négociée sur SIX sous cette nouvelle identité.

Le prospectus doit être publié autour du 2 septembre 2026, suivi de l’approbation par SIX Exchange Regulation. Si l’une des deux opérations — désinvestissement de Perrot Duval ou reverse takeover — échoue, l’ensemble du montage ne peut aboutir.

« Cette étape nous donne les moyens de construire une alternative européenne durable aux géants du cloud, avec la transparence d’une cotation suisse et une indépendance garantie par notre Fondation. »

Boris Siegenthaler, fondateur et directeur stratégique d’Infomaniak

Une barrière structurelle aux OPA hostiles

L’élément le plus distinctif du projet ne réside pas dans le reverse merger lui-même, mais dans la gouvernance qui en découle. L’entité cotée disposera de deux classes d’actions : les actions B, seules admises à la négociation sur SIX, porteront les droits économiques (dividendes, boni de liquidation) mais un droit de vote limité ; les actions A, non cotées, concentreront les droits de vote préférentiels et seront détenues exclusivement par la Fondation Infomaniak.

Cette architecture est formalisée par une Charte de l’actionnariat signée devant notaire, qui inscrit neuf principes d’intérêt public — indépendance, souveraineté numérique, confidentialité, responsabilité environnementale. Le Conseil de fondation peut renforcer ces principes mais jamais les affaiblir. Il ne gère pas l’entreprise — cette mission reste celle du conseil d’administration et de l’équipe de direction — mais agit comme un gardien permanent de la mission d’Infomaniak. La conséquence pratique est considérable : aucun investisseur extérieur ne peut prendre le contrôle d’Infomaniak sans le consentement explicite de la Fondation.

Un acteur profitable et autofinancé face aux hyperscalers

Infomaniak affiche un profil financier atypique pour une entreprise technologique s’apprêtant à coter. Fondée à Genève en 1994 comme hébergeur web avant de pivoter vers le cloud à la demande à partir de 2017, la société est rentable et autofinancée depuis plus de trois décennies. En 2025, elle a généré un chiffre d’affaires de CHF 54,2 millions, contre CHF 47,6 millions en 2024 — soit une croissance organique d’environ 14 %.

Indicateur20242025Variation
Chiffre d’affairesCHF 47,6 MCHF 54,2 M+14 %
Effectif (Suisse)~310340++10 %
Clients payants~270 000~300 000+11 %
FinancementAutofinancéAutofinancé—

Cette trajectoire de croissance rentable — sans le moindre franc de capital extérieur — tranche avec le modèle des licornes technologiques qui cherchent à justifier des valorisations élevées par des métriques d’usage plutôt que par des résultats comptables. Infomaniak revendique également une infrastructure 100 % renouvelable, dont une part significative de la chaleur résiduelle est réinjectée dans le réseau de chauffage urbain genevois.

Le boom du cloud souverain européen : un marché à 80 milliards de dollars

Infomaniak arrive sur les marchés publics au moment où le récit du cloud souverain européen n’a jamais été aussi porteur. Les dépenses mondiales en cloud souverain atteindraient 80,4 milliards de dollars en 2026, contre environ 60 milliards en 2025 et 42 milliards en 2024, selon les données sectorielles — une progression de 35 % en un an.

Trois moteurs structurent cette tendance. Le Cloud Act américain permet aux autorités US d’exiger des entreprises technologiques américaines la communication de données, quel que soit leur lieu de stockage. Le RGPD européen crée des conflits juridiques directs avec cette disposition. Enfin, la prise de conscience géopolitique s’accélère : infrastructures critiques, données de santé, administrations publiques — la dépendance à des fournisseurs soumis à des juridictions non européennes est désormais perçue comme un risque systémique.

La réponse des hyperscalers américains est rapide mais jugée insuffisante par les critiques. AWS a lancé son European Sovereign Cloud en Brandebourg au début 2026, avec un investissement de 7,8 milliards d’euros. Microsoft Azure et Google Cloud ont développé des fonctionnalités de résidence des données pour leurs installations européennes. Mais ces annonces ne résolvent pas la tension juridique fondamentale : une entreprise américaine, soumise au droit américain, opérant des infrastructures européennes.

Calendrier et points de vigilance

Le calendrier de l’opération est serré et conditionnel. Le prospectus doit paraître autour du 2 septembre 2026, suivi de l’assemblée générale extraordinaire de Perrot Duval le 24 septembre 2026, qui se prononcera sur la cession des activités industrielles et sur le reverse takeover d’Infomaniak. Si les deux résolutions sont adoptées et que SIX Exchange Regulation donne son feu vert, la finalisation est visée autour du 25 septembre 2026, avec une admission à la négociation peu après.

La réaction des marchés financiers à l’annonce a été nuancée : l’action Perrot Duval a reculé jusqu’à 9,8 % dans la foulée de la communication, reflétant l’inquiétude des actionnaires existants face à l’arrivée d’un acteur inconnu dans leur structure, plutôt qu’un jugement de fond sur les fondamentaux d’Infomaniak.


Une cotation au service de la mission

En résumé, Infomaniak n’a pas laissé la logique des marchés de capitaux dicter sa stratégie : elle a reconfiguré cette logique pour servir sa mission. Le reverse merger apporte la cotation ; la Fondation garantit l’indépendance ; le dual class share assure la continuité ; le modèle autofinancé fournit une assise financière rare à ce stade de développement.

Pour la clientèle européenne, l’enjeu est clair : disposer d’une infrastructure cloud juridiquement et structurellement ancrée en Europe, capable de rivaliser avec les investissements des hyperscalers américains. Pour les investisseurs, le test portera sur la capacité de la Fondation à préserver la mission à long terme tout en répondant aux exigences trimestrielles de la cote. En ancrant l’indépendance dans l’architecture juridique plutôt que dans la promesse personnelle d’un fondateur, Infomaniak a fait de cette question non plus une affaire de bonne volonté, mais une affaire de droit. Dans la guerre européenne du cloud, cela pourrait bien constituer l’avantage concurrentiel le plus durable.

Sources

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

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