Indonésie : la Bourse de Jakarta durcit ses règles après la chute MSCI

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La Bourse de Jakarta (IDX) renforce son dispositif contre la manipulation des cours après la plus forte chute boursière jamais enregistrée en Indonésie, déclenchée par une menace de rétrogradation de MSCI. Une commission élargie, des enquêtes proactives et des gels de comptes doivent entrer en vigueur en novembre. Le régulateur cherche à répondre aux critiques d’un fournisseur d’indices qui pèse sur l’attractivité du marché.

🔑 En bref

  • L’IDX élargit sa commission chargée d’identifier les titres à forte concentration de l’actionnariat à des experts indépendants, dont des universitaires et des représentants d’investisseurs étrangers.
  • Enquêtes et gels de comptes seront déclenchés dès la détection de négociations coordonnées, avec une entrée en vigueur prévue en novembre 2026.
  • L’indice principal a enregistré sa plus forte baisse de l’histoire sur deux séances, les 16 et 19 octobre 2026, jusqu’à son plus bas niveau depuis 2020.
  • MSCI envisage désormais une rétrogradation au statut de marché autonome, plus sévère que l’alerte de janvier 2026 sur un statut de marché frontière.

Une commission élargie à des experts indépendants

La Bourse de Jakarta a annoncé, le 26 octobre 2026, un élargissement de la commission chargée d’identifier les titres dont la concentration de l’actionnariat est élevée. Jusqu’ici, cet organe ne comptait que des responsables des autorités de marché. Il accueillera désormais des experts indépendants, notamment des universitaires indonésiens et des représentants des investisseurs étrangers. Jeffrey Hendrik, directeur général de l’IDX, a présenté F. Chapman Taylor comme l’un de ces nouveaux membres. Ancien associé de la société d’investissement Capital Group, il conseille aujourd’hui le fonds souverain indonésien Danantara.

L’autorité financière indonésienne (OJK) soutient cette évolution. Hasan Fawzi, superviseur du marché des capitaux, a demandé à l’IDX de renforcer ses outils de contrôle, en particulier sa capacité à repérer les configurations de transactions irrégulières et à détecter les négociations coordonnées.

« Nous encourageons l’IDX à renforcer le mécanisme et la méthodologie de surveillance des transactions, notamment sa capacité à identifier les configurations de transactions irrégulières, à détecter les négociations coordonnées et à renforcer le mécanisme de réponse à ces événements. »

Hasan Fawzi, superviseur du marché des capitaux, Autorité financière indonésienne

Cette présence d’acteurs extérieurs vise à renforcer la crédibilité des décisions prises par la commission. Elle fait toutefois débat, car les profils retenus ont des liens avec des acteurs financiers influents du pays comme de l’étranger.

Des enquêtes proactives plutôt que réactives

Jusqu’à présent, la surveillance reposait sur une procédure réactive. Lorsqu’une action connaissait une forte variation, l’IDX avertissait le public d’une activité de marché inhabituelle et demandait à la société concernée une explication. Ce processus pouvait aussi conduire à une suspension temporaire des négociations.

Le nouveau dispositif est présenté comme plus proactif. Il doit se déclencher dès qu’une négociation coordonnée est détectée, avec deux leviers principaux : l’ouverture d’enquêtes et le gel de comptes d’investisseurs jugés suspects. La méthode repose sur l’analyse des configurations de transactions, un outil déjà utilisé par les autorités de marché dans d’autres juridictions.

Les limites du dispositif

Une étude publiée le 27 juin 2026 dans la revue Customary Law Journal souligne que l’efficacité de la surveillance reste limitée par l’évolution des modes opératoires, en particulier lorsque les manipulations passent par les réseaux sociaux ou par des comptes nominaux. Le gel de comptes ne résout pas ce problème si les schémas se déplacent rapidement d’un compte à l’autre.

Un contexte : l’avertissement de MSCI et la chute record

L’annonce intervient après un avertissement de MSCI, qui a évoqué une possible rétrogradation de l’Indonésie au statut de marché autonome. Le fournisseur d’indices met en cause l’opacité des transactions et l’insuffisance des mesures destinées à mettre fin à la négociation coordonnée. MSCI classe toujours le pays comme marché émergent, mais la menace est nettement plus sévère que celle formulée en janvier 2026.

ÉlémentJanvier 2026Octobre 2026
Avertissement MSCIRétrogradation possible au statut de marché frontièreRétrogradation possible au statut de marché autonome
Statut actuelMarché émergentMarché émergent
Réaction du marchéChute suivie d’une enquête sur la manipulationPlus forte baisse jamais enregistrée sur deux séances

L’avertissement d’octobre a provoqué la plus forte baisse boursière jamais enregistrée en Indonésie, sur les séances du 16 et du 19 octobre 2026. L’indice principal a atteint son plus bas niveau depuis 2020 avant de rebondir. Lundi, à 3 h 20 GMT, il reculait encore d’environ 0,6 %. La roupie indonésienne cédait 0,4 %, à son niveau le plus faible depuis juillet.

Le marché avait déjà été secoué en janvier. Bloomberg a rapporté, le 31 janvier 2026, que l’effondrement avait conduit à une enquête sur la manipulation des cours et à une déclaration du président Prabowo Subianto. Le Nikkei Asia, dans une analyse du 5 février, a présenté cet épisode comme révélateur de problèmes de manipulation de longue date. Les sources disponibles ne précisent ni le pourcentage exact de la chute de janvier ni l’étendue de l’enquête.

Face à MSCI, le président Prabowo a adopté un ton combatif lors d’une réunion de cabinet, affirmant que l’organisme essayait d’« intimider » le pays et que l’Indonésie n’avait pas peur. Selon Reuters, Hasan Fawzi a qualifié les investisseurs locaux de « matures » et de « sages », soulignant qu’ils avaient acheté des actions de sociétés offrant de bons fondamentaux après l’annonce.

Des réformes qui s’accumulent

La déclassification éventuelle de l’Indonésie s’inscrit dans une série de réformes lancées depuis l’avertissement de janvier. Le pays a publié davantage de détails sur les comptes des investisseurs et les données de propriété, relevé le niveau minimal de flottement libre et annoncé des amendes record contre des acteurs impliqués dans la manipulation. Le gouvernement a également assuré à MSCI et à FTSE Russell que les régulateurs restaient engagés dans les réformes.

Le régime des rachats d’actions illustre cette logique. La règle autorisant une société à racheter ses propres titres sans approbation préalable de son assemblée générale a été prolongée jusqu’en juin 2027. Toute opération de ce type doit toutefois respecter le niveau minimal de flottement libre, c’est-à-dire le nombre d’actions qui doivent rester disponibles sur le marché.

Le cadre légal et le mécanisme « gorengan »

Le droit indonésien interdit explicitement la manipulation des cours. Selon l’étude de Gneissa Beltsazar, Lastuti Abubakar et Tri Handayani, de l’Université de Padjadjaran, cette pratique est prohibée par la loi sur les marchés de capitaux n° 8 de 1995, en particulier ses articles 90 à 93. Les auteurs qualifient ces pratiques d’abus de marché.

Les auteurs utilisent l’expression « gorengan stocks » pour désigner les opérations de type « gonfler puis écouler ». Le schéma se déroule généralement en quatre étapes :

  1. Acquérir un grand nombre d’actions à faible prix.
  2. Relever progressivement le cours, puis diffuser ou promouvoir le titre pour attirer les investisseurs de détail.
  3. Vendre les actions à des niveaux élevés.
  4. Céder les titres restants, ce qui entraîne une baisse du cours et laisse les particuliers piégés à des valorisations élevées.

L’étude attribue à l’OJK un rôle central dans la supervision et l’application de la loi, et à l’IDX la responsabilité du maintien de l’ordre et de la transparence des transactions. Elle rappelle que ces pratiques peuvent provoquer des pertes financières, affaiblir la confiance des investisseurs et nuire à la perception internationale de la qualité du marché de capitaux indonésien.


Conclusion : perspectives et scénarios

Le pari de l’IDX est de prouver que sa surveillance peut anticiper la manipulation plutôt que la sanctionner après coup. Si la commission élargie produit des décisions transparentes et que les gels de comptes sont appliqués sans sélectivité, la crédibilité du marché pourrait se reconstruire et peser favorablement dans le prochain examen de MSCI. Le signal serait d’autant plus fort que les réformes sur le flottement libre et les données de propriété seraient appliquées de manière constante.

Le scénario défavorable reste réel. Une rétrogradation au statut de marché autonome compliquerait l’accès des investisseurs passifs qui suivent les indices MSCI, avec des conséquences potentielles sur les flux de capitaux et la liquidité. Un dispositif perçu comme discrétionnaire pourrait aussi décourager les investisseurs étrangers. Le marché indonésien devra donc démontrer, dans les prochains mois, que ses mesures produisent des effets mesurables sur les pratiques de négociation.

Sources

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

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