David Sacks, ancien cadre de PayPal devenu investisseur influent, a occupé entre janvier 2025 et mars 2026 le poste de « czar » de l’IA et de la crypto à la Maison-Blanche. Son départ clôt un mandat marqué par une politique de dérégulation assumée et par des soupçons de conflits d’intérêts.
🔑 En bref
- Parcours : fondateur de Yammer, ancien directeur général adjoint de PayPal, Sacks dirige Craft Ventures, dont les actifs sous gestion atteignent 3,3 milliards de dollars.
- Mandat : nommé le 5 décembre 2024, en fonction le 20 janvier 2025, il quitte son poste le 26 mars 2026 après avoir utilisé ses 130 jours de service.
- Doctrine : « let them cook », soit une innovation privée peu contrainte et une réglementation « minimally burdensome ».
- Controverse : un mémo de la Maison-Blanche révélé en mars 2026 fait état de plus de 200 millions de dollars d’actifs numériques vendus.
Un parcours entre PayPal, Yammer et Craft Ventures
Né au Cap le 25 mai 1972 et installé aux États-Unis à l’âge de cinq ans, David Oliver Sacks a étudié l’économie à Stanford, où il rencontre Peter Thiel. Il rejoint Confinity en 1999 aux côtés de Peter Thiel, Max Levchin et Luke Nosek, puis dirige chez PayPal plusieurs fonctions, de la gestion de produit à la lutte contre la fraude. L’entreprise entre en Bourse en février 2002, avec une hausse de plus de 54 % lors de la première séance, avant son rachat par eBay en octobre 2002 pour 1,5 milliard de dollars.
Après la vente de PayPal, Sacks fonde Geni.com, puis cofonde Yammer avec Adam Pisoni en 2008. Ce réseau social d’entreprise, utilisé par plus de huit millions de personnes en quatre ans, est racheté par Microsoft en juillet 2012 pour 1,2 milliard de dollars. En janvier 2016, Sacks devient directeur général intérimaire de Zenefits, après des problèmes réglementaires et financiers. Pendant dix mois, il négocie avec les régulateurs des assurances américains, lance une refonte baptisée « Z2 » et introduit un modèle logiciel en libre-service.
En 2017, il cofonde Craft Ventures à San Francisco avec un premier fonds de 350 millions de dollars. Des levées de 500 millions en 2019, puis de 1,3 milliard en 2021, portent les actifs sous gestion à 2 milliards. Les lancements de Ventures IV et Growth II, en 2023, totalisent 1,3 milliard supplémentaire et élèvent l’ensemble à 3,3 milliards. Le portefeuille comprend notamment SpaceX, Anduril, Palantir, Meta, Airbnb et Lyft. Sacks anime aussi depuis 2020 le podcast All-In et a organisé en juin 2024 une collecte de campagne pour Donald Trump.

Un mandat sous le signe de la dérégulation
Annoncé par Donald Trump le 5 décembre 2024 comme « White House A.I. & Crypto Czar », Sacks devait faire des États-Unis le « clear global leader » de l’intelligence artificielle et des cryptomonnaies. Il était également chargé de protéger la liberté d’expression en ligne, d’éloigner la politique des biais des grandes entreprises technologiques et d’élaborer un cadre juridique pour l’industrie crypto. Il devait en outre diriger le Presidential Council of Advisors for Science and Technology (PCAST), comité consultatif fédéral d’experts.
Ses fonctions commencent le 20 janvier 2025 sous le statut de « special government employee ». Ce statut limitait son activité à 130 jours par an, avec ou sans rémunération, et l’exemptait des audiences de confirmation du Sénat ainsi que de certaines obligations de divulgation financière.
| Date | Événement | Détail |
|---|---|---|
| 5 décembre 2024 | Annonce de la nomination | Présentation par Donald Trump, alors président élu |
| 20 janvier 2025 | Prise de fonction | Statut de special government employee |
| Juillet 2025 | Sommet sur l’IA à Washington | Participation de Sacks à l’événement |
| Mars 2026 | Mémo de la Maison-Blanche | Plus de 200 millions de dollars d’actifs numériques vendus |
| 26 mars 2026 | Fin du mandat | 130 jours utilisés, passage à la coprésidence du PCAST |
Lors d’une Crypto Ball, peu après son investiture, il a résumé l’orientation de son mandat :
« The war on crypto is over »
David Sacks, White House AI and Crypto Czar
Avant sa prise de fonction, Sacks et Craft Ventures ont vendu leurs participations directes en cryptomonnaies afin d’éviter de possibles conflits d’intérêts, tout en conservant des investissements dans des startups crypto. Selon The Block, il a participé aux discussions sur la gestion publique des cryptomonnaies et évalué la création d’une réserve stratégique américaine d’actifs numériques. Il a notamment défendu l’expansion d’une Strategic Bitcoin Reserve et soutenu qu’un projet de loi sur les stablecoins pourrait créer des trillions de dollars de demande de bons du Trésor américain. En décembre 2025, il a rejeté de nouvelles accusations de conflit d’intérêts. Aucune réaction de marché attribuée directement à sa nomination ou à sa démission n’est documentée dans les sources.
Une doctrine « let them cook » face aux défenseurs de la sécurité
Sacks résume sa position par l’expression « let them cook », soit laisser les acteurs privés innover rapidement sous une réglementation « minimally burdensome ». Le cadre présenté par l’administration repose sur trois piliers :
- Innovation privée : laisser le secteur repousser les limites techniques et limiter la multiplication des règles étatiques.
- Énergie et infrastructures : permettre aux entreprises d’IA de construire plus vite leurs centres de données, y compris en fournissant leur propre électricité, sans faire augmenter les tarifs résidentiels.
- Exportation : troisième pilier de la stratégie, sans détail supplémentaire dans les sources consultées.
Dans une interview publiée par Politico le 1er mai 2026, il affirme qu’un ralentissement américain ne stopperait pas le développement de l’IA, mais le transférerait vers d’autres pays, notamment la Chine, qui emploierait selon lui environ la moitié des développeurs mondiaux d’IA. Il ajoute :
« If the unreleased models are scary enough that you think you should slow down, I support your decision to be responsible. But stop pretending you need anyone else’s permission. »
David Sacks, former White House AI and Crypto Czar
Sur la sécurité, il a qualifié de « pseudoscience » les évaluations indépendantes réclamées en septembre 2026 par plus de 100 chercheurs, dont Geoffrey Hinton et Stuart Russell. Après la proposition de Dario Amodei, directeur général d’Anthropic, de ralentir le développement pour des raisons de sécurité, il a dénoncé une « election-season psyop » et une tentative de « regulatory capture ». Sam Altman, Demis Hassabis et Elon Musk avaient au contraire soutenu cette proposition. Sur le plan fédéral, un décret signé en décembre vise à bloquer les lois des États limitant l’IA et confie à une task force la mission de les contester. En mai 2026, Sacks aurait obtenu l’abandon d’un décret qui aurait soumis les modèles à l’examen du gouvernement.
Critiques et conflits d’intérêts
La nomination a suscité de vives critiques sur les conflits d’intérêts, l’absence de confirmation sénatoriale et la transparence limitée. Isabel Sunderland, responsable des politiques de réforme technologique chez Issue One, estime :
« David Sacks advising President Trump on AI shows exactly how our political system serves the wealthy and well-connected instead of everyday Americans. »
Isabel Sunderland, Issue One
Sacha Haworth, du Tech Oversight Project, le décrit comme un « out-of-touch Silicon Valley radical ». Un sondage de Bryson Gillette Insights pour le Future of Life Institute indique par ailleurs que 85 % des républicains souhaitent que Trump agisse fortement pour un développement sûr de l’IA. Selon le Wall Street Journal, Scott Bessent et Susie Wiles auraient conseillé davantage de contrôles, mais le président aurait suivi Sacks sur ce point.

Quelles perspectives après le départ de Sacks ?
Le départ du 26 mars 2026 ne signifie pas un retrait complet. Sacks devient coprésident du PCAST et affirme pouvoir désormais formuler des recommandations sur « an expanded range of technology topics », au-delà de l’IA. Il indique aussi continuer à défendre le cadre de l’administration pour l’IA, publié la semaine précédente.
Trois scénarios se dessinent. Le premier prolonge la ligne actuelle : innovation privée, infrastructures énergétiques et limitation des règles étatiques restent prioritaires. Le deuxième suppose une inflexion si la pression sur la sécurité de l’IA ou sur les conflits d’intérêts s’intensifie au Congrès. Le troisième verrait les débats sur les stablecoins et la réserve stratégique en actifs numériques occuper davantage l’agenda crypto. Les sources ne permettent pas de trancher, et aucune projection de marché n’est avancée.
Sources
- The Block, profil de David Sacks
- The American Presidency Project, déclaration de Donald Trump du 5 décembre 2024
- CNBC, 26 mars 2026
- The Guardian, 20 septembre 2026
- Wikipedia, David Sacks
- Politico, transcription de l’entretien du 1er mai 2026
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.


