Drax veut un datacenter de 20 Md£ adossé à sa centrale biomasse

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Drax, exploitant de la plus grande centrale biomasse au bois du Royaume-Uni, veut transformer son site de North Yorkshire en un datacenter de 20 milliards de livres sterling dédié à l’intelligence artificielle. Le projet reste pourtant une proposition : aucun client technologique n’a été identifié, aucun accord commercial n’a été signé et la candidature à une zone de croissance de l’IA a été écartée. Cette analyse détaille les chiffres, les arbitrages énergétiques et les réactions qu’il suscite.

🔑 En bref

  • Plan de référence de 1,2 GW, dont 1,1 GW fournis par la centrale de Drax et 100 MW par le réseau national.
  • Aucun client, aucun protocole d’accord signé et aucun investisseur publiquement identifié à ce stade.
  • Drax n’est plus considérée comme site pour la zone de croissance de l’IA du Yorkshire.
  • Selon le NRDC, la consommation annuelle de bois pourrait atteindre 4,9 millions de tonnes et les émissions 8,6 millions de tonnes de CO2.

Un projet de 20 milliards sans client identifié

Selon The Register, Drax envisage de construire un centre de données de 20 milliards de livres sterling sur le site de sa centrale de North Yorkshire. Avant toute mise en chantier, le projet doit obtenir une autorisation d’urbanisme, l’approbation du gouvernement et, point décisif, un client. À la date de publication, aucune entreprise technologique n’a été publiquement désignée comme preneuse ou investisseuse, et aucune réaction boursière n’a été rapportée. Le projet doit donc être lu comme une proposition, et non comme une installation autorisée ou financée.

Drax avait annoncé en octobre 2024 son intention de vendre de l’électricité à des centres de données. En février 2025, le groupe visait la signature d’un protocole d’accord (memorandum of understanding) ouvrant des discussions commerciales et des audits de due diligence au cours de l’année. Cet accord n’a jamais été conclu. Le projet vise surtout à prolonger la durée d’exploitation et la rentabilité d’une centrale dont l’avenir devient incertain après 2031, échéance au-delà de laquelle les soutiens aux énergies vertes et à la capture du carbone sont remis en question.

Une capacité de 1,2 GW en deux temps

Le plan de référence combine 1,2 gigawatt de capacité. Une première phase de 100 MW serait alimentée par le réseau national, et non par la biomasse. Le développement de grande échelle, soit 1,1 GW, serait fourni par la centrale de Drax, avec un fonctionnement à cette échelle prévu en 2031.

ÉlémentCapacitéSource d’énergie
Première phase100 MWRéseau national
Développement de grande échelle1,1 GWCentrale biomasse de Drax
Capacité totale de référence1,2 GWMix réseau et biomasse, horizon 2031

Drax prévoit de soumettre le projet aux autorités de planification dans les mois suivants et estime qu’une première phase pourrait être mise en service avant la fin de la décennie si les autorisations sont obtenues. En décembre 2025, l’entreprise a demandé au North Yorkshire Council la levée de l’obligation de réaliser une étude d’impact environnemental pour cette phase initiale. Il faut distinguer les deux échelles : les 1,2 GW évoqués par The Register et les 1,1 GW calculés par les groupes environnementaux renvoient au développement des années 2030, et non à la phase de 100 MW alimentée par le réseau.

Le nouveau contrat de subvention signé en 2025 couvre la période 2027-2031. Il réduit de moitié le niveau de production subventionnée et impose à Drax de demander une autorisation avant de fournir de l’électricité issue de sa biomasse à un centre de données. Biofuelwatch évalue la subvention annuelle à 999 millions de livres au maximum et affirme que ce dispositif limite le fonctionnement subventionné à 27 % de la capacité.

« Nous évaluerons la demande sur la sécurité d’approvisionnement, le rapport qualité-prix et les questions de durabilité. »

Michael Shanks, ministre britannique de l’Énergie

Un porte-parole de Drax affirme pour sa part que les projets de centres de données « n’ont jamais dépendu du succès de l’offre », en s’appuyant sur les infrastructures existantes du site et ses raccordements au réseau.

Zone de croissance de l’IA : un revers politique

Le programme de zones de croissance de l’IA a été lancé en avril 2025 pour débloquer les investissements dans les centres de données et les infrastructures associées. Cinq zones ont été annoncées : deux en Angleterre, deux au pays de Galles et une en Écosse. La York and North Yorkshire Combined Authority avait présenté sa candidature avec Drax et l’université de York. En juin 2025, David Skaith, maire de York et du North Yorkshire, promettait que cette zone « créera la voie vers le premier centre de données carbone négatif au monde », grâce à la bioénergie avec capture et stockage du carbone.

Cette ambition n’a pas abouti. Dans une lettre d’août adressée aux étudiants opposés à l’implication de l’université, la vice-présidente Sarah Thompson a écrit que « Drax n’est plus pris en considération comme site pour la zone de croissance ». Selon le Cabinet Office, les critères publiés incluent des « plans crédibles pour la fourniture d’énergie, les considérations environnementales et les bénéfices économiques locaux », chaque candidature étant évaluée sur ses mérites propres.

Biomasse, émissions et comptabilité carbone

En 2025, la centrale a brûlé 7 739 645 tonnes de bois, produit 15 millions de MWh d’électricité et rejeté 14 millions de tonnes de CO2, selon ses résultats annuels cités par le Natural Resources Defense Council (NRDC). Environ cinq millions de tonnes de granulés par an seraient importées des États-Unis, et quatre dômes de stockage peuvent chacun contenir 80 000 tonnes.

Selon les règles britanniques de comptabilité carbone, les émissions issues de la combustion du bois sont comptées comme nulles, dans l’hypothèse que la repousse des arbres réabsorbera ce carbone. Drax qualifie donc son électricité de neutre en carbone, et pourrait afficher un bilan négatif si elle installait une capture du carbone. The Land and Climate Review rappelle toutefois que des enquêtes journalistiques ont relié une partie de ses combustibles à des forêts d’importance environnementale. En 2024, Drax a accepté une pénalité de 25 millions de livres avec le régulateur Ofgem pour ne pas avoir déclaré du bois provenant d’une forêt primaire ancienne au Canada.

IndicateurHypothèse NRDCRésultat estimé
Électricité annuelle1,1 GW pendant 8 760 heures9 636 000 MWh
Émissions de CO20,9 million de tonnes de CO2 par MWh8,6 millions de tonnes par an
Consommation de bois0,515 tonne par MWh4,9 millions de tonnes par an

Le NRDC précise avoir arrondi le taux d’émissions à la baisse, si bien que le chiffre réel pourrait être plus élevé. Il estime ces émissions annuelles à presque le double de celles de l’ensemble des vols au départ de l’aéroport de Londres-Gatwick. L’organisation juge par ailleurs que brûler du bois est plus polluant, par unité d’électricité, que le gaz, et rappelle que 315 projets de centres de données attendent leur raccordement au réseau britannique.

« Ce serait l’un des datacenters les plus sales qui existent. La crise climatique se joue sur les émissions d’aujourd’hui, pas sur une dette reconnue pour un siècle. »

Matt Williams, responsable forêts au NRDC

Opposition locale et débat d’experts

Une pétition lancée par Global Action Plan, Biofuelwatch et la Stop Burning Trees Coalition demande à Kanishka Narayan, ministre de l’Intelligence artificielle, et à Miatta Fahnbullah, secrétaire d’État à la Sécurité énergétique et au Net Zero, de rejeter l’offre de Drax. Elle affirme que la demande en centres de données ne doit pas « soutenir des centrales polluantes qui brûlent des arbres ». Un conseiller du North Yorkshire, Arnold Warneken, constate que la position locale évolue, avec une « préoccupation certaine » remplaçant l’approche administrative de l’examen des dossiers.

Ketan Joshi, analyste énergétique spécialisé dans l’impact climatique de l’IA, qualifie la proposition d’« exemple unique » d’une entreprise énergétique qui planifie un datacenter avant d’avoir obtenu l’intérêt d’un acteur technologique. Il note qu’un parc éolien ou solaire à grande échelle peut être construit en cinq ans, et doute de la logique économique d’attendre les années 2030. Chris Hinchliff, député travailliste et membre de l’Environmental Audit Committee, tient des propos tout aussi critiques.

« Drax a passé des années à défendre un modèle de biomasse dépendant de subventions, aux impacts environnementaux déplorables. Aujourd’hui, il mise sur des datacenters d’IA gourmands en eau et en électricité pour faire durer le spectacle. »

Chris Hinchliff, député travailliste

Biofuelwatch avance que la consommation électrique des centres de données croît de 15 à 30 % par an et cite une prévision de l’Agence internationale de l’énergie selon laquelle elle pourrait doubler d’ici 2030. L’Institute for Public Policy Research alerte pour sa part sur un risque de disparition de huit millions d’emplois liée à l’IA. Les commentaires publics sur Quora, qui relèvent d’opinions individuelles et non d’une évaluation institutionnelle, restent partagés.


Conclusion : un projet à trois conditions

Le projet de Drax repose sur trois conditions cumulatives : un client technologique capable de signer un contrat à long terme, des autorisations de planification et gouvernementales, et une acceptabilité environnementale encore incertaine. Dans un scénario favorable, une phase de 100 MW alimentée par le réseau pourrait voir le jour avant 2030, tandis que l’extension de 1,1 GW dépendrait d’un accord commercial et d’une décision sur la subvention biomasse.

À l’inverse, l’absence de client, l’exclusion de la zone de croissance et l’exigence d’autorisation ministérielle pour la vente d’électricité biomasse à un datacenter pourraient retarder, voire abandonner le projet. Les investisseurs et les observateurs devront suivre le dépôt de dossier de planification, la réponse du North Yorkshire Council et l’éventuelle signature d’un protocole d’accord avec un hyperscaler.

Sources

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

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