Le Royaume-Uni enquête sur le débanquage des entreprises crypto

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Le Royaume-Uni examine si les refus bancaires freinent l’industrie crypto. Le 21 juillet 2026, le groupe parlementaire APPG a ouvert une enquête sur la fermeture de comptes, les blocages de paiements et leurs effets sur l’investissement, la concurrence et la croissance. Une étude sectorielle évoque 40 % de transactions bloquées ou retardées vers les plateformes.

🔑 En bref

  • L’APPG (Crypto and Digital Assets All-Party Parliamentary Group) enquête sur les refus d’accès bancaire des entreprises et des consommateurs crypto.
  • Selon l’UKCBC, les banques bloquent ou retardent 40 % des transactions vers les plateformes crypto.
  • 70 % des répondants affirment que ces restrictions réduisent leur volonté d’investir, de se développer ou d’embaucher au Royaume-Uni.
  • Les contributions écrites sont acceptées jusqu’au 31 août 2026, avant un rapport destiné au gouvernement.

Une enquête parlementaire sur le « débanquage »

Le groupe interparlementaire britannique sur les cryptomonnaies et les actifs numériques, Crypto and Digital Assets All-Party Parliamentary Group (APPG), a lancé le 21 juillet 2026 une enquête sur les difficultés d’accès des entreprises et des consommateurs crypto aux services bancaires. Présidé par Ed Vaizey, ancien ministre de l’Économie numérique et membre de la Chambre des lords, et par le député travailliste Gurinder Singh Josan, le groupe examine les refus ou restrictions d’accès aux comptes, les limites imposées aux transactions liées aux cryptomonnaies, ainsi que leurs conséquences sur l’investissement, la concurrence et la croissance économique. Les citations ci-dessous sont traduites de l’anglais.

Le mandat dépasse le simple constat. Le groupe doit déterminer si ces mesures sont proportionnées et si elles maintiennent un équilibre entre la lutte contre la fraude financière et le blanchiment d’argent, d’un côté, et le soutien aux entreprises légitimes, de l’autre. Vaizey justifie la démarche en ces termes :

« Pendant plusieurs années, l’APPG a reçu des signalements convergents d’entreprises de cryptomonnaies et d’actifs numériques concernant leurs difficultés à accéder à des comptes et des services bancaires, ainsi que des préoccupations au sujet des restrictions imposées par les banques aux transactions liées aux cryptomonnaies. »

Ed Vaizey, coprésident de l’APPG

Les contributions écrites sont acceptées jusqu’au 31 août 2026. CoinDesk décrit une consultation de six semaines couvrant les secteurs bancaire, des paiements, de la fintech et de la crypto. L’APPG prévoit ensuite de publier un rapport contenant ses constatations et ses recommandations à destination du gouvernement. Bitcoinke indique que ces recommandations pourront aussi alimenter les politiques futures du gouvernement et des régulateurs financiers.

Quels services sont visés ?

L’enquête porte notamment sur les entreprises qui se sont vu fermer un compte, subir le retrait de services de paiement ou refuser une relation bancaire. CoinDesk ajoute que l’accès à des services professionnels associés, comme l’assurance, figure parmi les problèmes étudiés. Plusieurs grandes banques britanniques auraient introduit des restrictions sur les paiements liés aux cryptomonnaies, en bloquant certains paiements ou en imposant des limites de transfert. L’APPG veut comprendre comment ces règles sont appliquées, si elles sont proportionnées et quel impact elles ont sur les consommateurs, les entreprises, l’innovation et la concurrence.

  • Fermetures de comptes et refus de relation bancaire.
  • Retrait de services de paiement, y compris pour des entreprises enregistrées auprès de la Financial Conduct Authority (FCA).
  • Accès aux services associés, comme l’assurance.
  • Limites de transfert et blocages de paiements appliqués par les grandes banques.

Bitcoinke relève des cas de « débanquage », terme désignant la fermeture de comptes ou le retrait de services de paiement. Selon les acteurs du secteur cités par ce média, les politiques de risque des banques seraient devenues excessivement prudentes sous l’effet des préoccupations liées au blanchiment d’argent, au point de priver des entreprises autorisées de services bancaires élémentaires. CoinDesk rattache ce problème de longue date au mouvement international de « débanquage » et mentionne l’« Operation Chokepoint 2.0 », associée aux États-Unis, comme contexte historique.

Des chiffres à lire avec prudence

Une enquête du UK Cryptoasset Business Council (UKCBC), menée en janvier, a quantifié les difficultés déclarées. Dix plateformes d’échange ont été interrogées : Coinbase, Kraken, Gemini, OKX, Bitpanda, Luno, Uphold, Wirex, Zumo et Xapo Bank. Les principaux indicateurs figurent dans le tableau ci-dessous.

IndicateurDonnéePérimètre
Transactions bloquées ou retardées vers les plateformes40 %Enquête UKCBC, janvier, dix plateformes
Répondants réduisant investissement, développement ou embauche70 %Enquête UKCBC
Plateformes signalant davantage de transferts bloqués ou limités8 sur 10Année écoulée
Plateformes décrivant un environnement « hostile »7 sur 10Environnement bancaire britannique
Transactions refusées chez une plateforme anonymeprès de 1 Md GBP (environ 1,35 Md USD)Cartes rejetées et open banking, sur un an
Remboursement maximal par demande (fraude par paiement push)85 000 GBPRègles en vigueur depuis octobre 2024
Ouverture de l’accusé de réception des demandes FCA30 septembre 2026Demandes d’autorisation des entreprises crypto

Le chiffre de 40 % et celui de la plateforme anonyme ne sont pas directement comparables. Le second correspond à près de 1 milliard de livres sterling (environ 1,35 milliard de dollars) de paiements par carte rejetés et de transferts lancés par l’open banking, sur une année ; il exclut les transactions abandonnées ou bloquées par d’autres canaux. Le premier mesure une part de transactions bloquées ou retardées, selon un périmètre et une méthodologie différents. Les deux indicateurs convergent cependant sur un point : la friction bancaire est mesurée, et elle est significative.

Huit des dix répondants ont signalé une hausse, au cours de l’année écoulée, du nombre de clients confrontés à des transferts bloqués ou limités. Sept ont décrit l’environnement bancaire britannique pour les entreprises d’actifs numériques comme devenant plus « hostile ».

Proportionnalité, fraude et cadre réglementaire

L’UKCBC a appelé la FCA à obliger les banques à distinguer les plateformes selon leur statut réglementaire, leur gouvernance et leurs dispositifs de lutte contre la fraude, plutôt que d’appliquer les mêmes restrictions à toutes. Yuriy Brisov, associé de la société de conseil londonienne Digital and Analogue Partners, rappelle que les banques ont des obligations légitimes de gestion des risques de fraude et de blanchiment, mais que leurs contrôles doivent tenir compte des différents niveaux de risque.

« La proportionnalité a un test simple. La mesure distingue-t-elle un cas à risque élevé d’un cas à faible risque ? Ces mesures ne le font pas. »

Yuriy Brisov, associé, Digital and Analogue Partners

Brisov vise notamment les politiques générales et les plafonds fixes de transaction, qui peuvent s’appliquer indifféremment à des fonds destinés à une plateforme enregistrée auprès de la FCA et à une plateforme offshore non autorisée. Il ajoute que les règles britanniques de remboursement de la fraude par paiement push autorisé, en vigueur depuis octobre 2024, peuvent inciter les banques à bloquer les transactions liées aux cryptomonnaies plutôt qu’à les examiner individuellement. Les prestataires de paiement doivent généralement rembourser les victimes éligibles jusqu’à concurrence de 85 000 livres sterling par demande.

Le calendrier renforce la tension. L’enquête intervient à quelques semaines de l’ouverture, le 30 septembre 2026, de l’accusé de réception des demandes d’autorisation adressées à la FCA par les entreprises crypto. Le Trésor britannique avait présenté au Parlement un ensemble de Cryptoassets Regulations en décembre 2025, le régime complet étant attendu pour octobre 2027. Selon Brisov, l’ambition de faire du Royaume-Uni un centre mondial des cryptomonnaies entre en contradiction avec le maintien de restrictions bancaires contre des plateformes, y compris celles déjà enregistrées auprès de la FCA.

« Une fois que le régulateur a autorisé une société, une banque ne peut pas prétendre que le risque de cette société est inconnu. Si elle continue de traiter la société comme intouchable, les superviseurs devraient demander les raisons par écrit. »

Yuriy Brisov, associé, Digital and Analogue Partners

Il conclut : « Un pays qui se présente comme un centre crypto ne peut pas garder son système de paiements fermé à l’industrie qu’il autorise. »

Réactions et points à vérifier

Les sources ne concordent pas entièrement sur le calendrier. Cointelegraph et sa republication sur TradingView indiquent que l’enquête a été lancée « lundi », tandis que CoinDesk écrit qu’elle a débuté « mardi ». Les articles sont datés du 21 juillet 2026, qui correspond à un mardi, mais les documents disponibles ne permettent pas de trancher. Bitcoinke décrit par ailleurs un cadre réglementaire « récemment introduit », alors que les autres sources situent le dépôt des Cryptoassets Regulations en décembre 2025.

Le compte Crypto Banter a relayé l’enquête le 21 juillet 2026 à 10 h 38 (heure affichée par X), avec 14 700 vues, en la présentant comme un moyen de lever les obstacles freinant la croissance du secteur et son intégration au système financier. Le compte Crypt0Senseii a commenté : « L’accès aux services bancaires ne devrait plus être le goulot d’étranglement. Si le Royaume-Uni gère cela correctement, d’autres juridictions y prêteront attention. » Le Financial Times a publié le 11 août 2026 à 4 h 00 min 13 s UTC un article intitulé « Le refus des banques de prendre en charge les entreprises crypto risque de freiner la croissance de l’industrie britannique », selon les parlementaires.

Aucune des sources ne rapporte de variation quantifiable du cours, du volume ou de la capitalisation liée à l’annonce. Les réactions documentées sont donc principalement institutionnelles, parlementaires et médiatiques ; l’impact sur les marchés reste, à ce stade, non mesurable.


Conclusion : un test de cohérence pour Londres

L’enquête de l’APPG pose une question simple : le Royaume-Uni peut-il attirer les entreprises crypto tout en laissant ses banques restreindre leur accès au système de paiements ? La réponse dépendra de la capacité de la FCA à clarifier ses attentes et de la manière dont les banques différencieront leurs clients selon leur statut réglementaire et leurs dispositifs de contrôle.

Trois scénarios se dessinent. Dans le premier, le rapport de l’APPG et les contributions écrites conduisent à une différenciation des risques par les banques, appuyée par la FCA. Dans le deuxième, les restrictions restent générales jusqu’à l’échéance du régime complet d’octobre 2027, ce qui maintiendrait la friction mesurée par l’UKCBC. Le troisième, intermédiaire, verrait des mesures ciblées sur des segments à risque élevé sans toucher les plateformes autorisées. Dans tous les cas, les données restent partielles et leurs périmètres différents : le suivi des prochaines publications sera déterminant.

Sources

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

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