OpenAI et Microsoft ont admis une ‘boucle de la mort’ pour le web

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Des documents judiciaires dévoilés dans le procès du New York Times contre OpenAI et Microsoft révèlent que les deux entreprises savaient en interne que leurs modèles d’IA générative menaçaient l’écosystème web dont elles dépendaient pour leurs données d’entraînement. Qualifié de « plus grand vol de travail de l’histoire humaine » par un cadre de Microsoft, l’écosystème LLM se retrouve accusé par ses propres architectes d’avoir amorcé une spirale destructrice pour les médias.

🔑 En bref

  • Un mémo interne de Microsoft évoque une « boucle de la mort » (doom loop) menaçant les LLM et le web
  • Brent Hecht (Microsoft) qualifie l’entraînement de l’IA de « plus grand vol de travail de l’histoire humaine »
  • Les clics depuis Bing Chat vers le NYT chutent de 87 % à 93 % par rapport aux recherches classiques
  • Le PDG Satya Nadella reconnaît que les chatbots ont « remplacé » les visites sur les sites d’éditeurs
  • Le département de la Justice américain prend fait et cause pour OpenAI et Microsoft

Le mémo « doom loop » de Microsoft

Un document interne de Microsoft, obtenu par les plaignants dans le cadre du procès intenté par le New York Times, décrit sans détour la stratégie d’IA de l’entreprise comme une menace pour sa propre chaîne d’approvisionnement. « Notre stratégie de contenu en matière d’intelligence artificielle a amorcé une boucle de la mort qui nuira simultanément aux performances de nos modèles et à l’ensemble du web », peut-on lire dans ce mémo révélé par la procédure judiciaire.

Le document souligne qu’il est « extrêmement inhabituel qu’un produit final menace les fondations économiques de ses fournisseurs essentiels, mais c’est exactement la situation que nous avons créée pour notre activité LLM concernant sa chaîne d’approvisionnement en contenu ». En clair, les modèles d’IA sont entraînés sur des contenus produits par les éditeurs, puis utilisés pour générer des réponses qui privent ces mêmes éditeurs de trafic et de revenus — un cercle vicieux documenté en interne par Microsoft elle-même.

« Notre stratégie de contenu en IA a amorcé une boucle de la mort qui nuira simultanément aux performances de nos modèles et à l’ensemble du web. »

Document interne de Microsoft

Des cadres qui sonnent l’alarme

Plusieurs dirigeants de Microsoft et OpenAI ont exprimé en interne leurs inquiétudes sur l’impact de leurs produits. Brent Hecht, directeur de la science appliquée chez Microsoft, a qualifié le processus d’entraînement sur des contenus protégés de « plus grand vol de travail de l’histoire humaine » et d’« un vol d’une ampleur sans précédent ». Il a également décrit les grands modèles de langage comme « un produit qui détruit sa propre chaîne d’approvisionnement ».

Côté OpenAI, Nick Turley, vice-président responsable de ChatGPT, a averti que les éditeurs font face à une « menace existentielle » due aux produits d’IA, qu’il a décrits comme « largement substituables » et qui « deviendront de plus en plus substituables à mesure qu’ils s’amélioreront ». Un ingénieur logiciel d’OpenAI a témoigné que, quelle que soit la visibilité accordée aux liens sources, « les utilisateurs ne cliqueront pas ».

Satya Nadella, PDG de Microsoft, a lui-même témoigné sous serment que les chatbots ont « remplacé » les visites sur les sites d’éditeurs en donnant « l’information directement sur la plateforme d’IA plutôt que de devoir se rendre à la source ». Il a ajouté que tout contenu soumis à un péage (paywall) devrait être concédé sous licence et qu’il aurait exercé le droit contractuel de Microsoft pour exiger un réentraînement des modèles s’il avait su qu’OpenAI avait utilisé des contenus payants.

L’ampleur du phénomène en chiffres

Les données de trafic fournies par Microsoft dans le cadre du procès confirment les craintes exprimées par les éditeurs. Les taux de clics depuis Bing Chat sont nettement inférieurs à ceux générés par les recherches Bing classiques, démontrant un détournement massif de trafic vers les interfaces conversationnelles.

Source / MétriqueRéduction des referrals
Sites du New York Times (Bing Chat vs recherche Bing)-87 % à -93 %
Sites du New York Daily News (Bing Chat vs recherche Bing)-83 % à -91 %
Estimation OpenAI : chute globale des referrals depuis la recherchejusqu’à -60 %

Jack Clark, directeur des politiques chez OpenAI, a par ailleurs reconnu que l’entreprise créait « des systèmes qui se substituent au travail des personnes qui définissent la ‘culture’ de la société ». Des documents internes décrivaient d’ailleurs ChatGPT comme « le kiosque à journaux moderne », une formulation qui résume la substitution en cours.

Le contournement des paywalls documenté

Le dossier révèle également des pratiques internes questionnables du côté d’OpenAI. Greg Brockman, cofondateur et président de l’entreprise, s’est montré peu soucieux de la légalité du scraping (extraction automatisée de contenus). Lorsqu’un employé, Nick Ryder, lui a signalé « un hack pour contourner le paywall du New York Times », Brockman a simplement répondu « ah nice » (« ah cool »), selon les documents judiciaires.

Les pièces du dossier mentionnent aussi des GPT personnalisés conçus pour extraire facilement le contenu d’articles payants, portant des noms évocateurs comme « Bypass Paywall » ou « Article Reader ». Ces révélations contredisent la défense d’OpenAI, qui argue que l’entraînement de systèmes d’IA sur des œuvres protégées est couvert par la doctrine de l’usage loyal (fair use).

Le DOJ prend fait et cause pour l’IA

Les révélations interviennent dans un contexte juridique sensible. Le ministère de la Justice américain a déposé une déclaration d’intérêt en faveur d’OpenAI et Microsoft dans cette affaire, arguant que refuser aux modèles d’IA l’accès aux contenus protégés « entraverait les progrès créatifs et scientifiques tout en entravant la prospérité américaine et la mobilité économique ».

Pour sa défense, OpenAI a accusé le New York Times de chercher un « salaire indu au détriment du progrès ». Les deux entreprises ont tenté de minimiser les déclarations internes. Un porte-parole de Microsoft a indiqué que « ces commentaires reflètent la perspective individuelle d’un employé, ne constituent pas une analyse juridique et ne représentent pas les positions de l’entreprise ». OpenAI n’a pas répondu aux demandes de commentaire. Les documents font partie d’une requête des éditeurs visant à obtenir un jugement sommaire, c’est-à-dire une décision du tribunal sans procès complet ; la cour n’a pas encore statué sur une éventuelle violation du droit d’auteur.


Conclusion : une bombe à retardement pour l’écosystème

Ces révélations brossent un tableau sans précédent : les architectes mêmes des grands modèles de langage ont identifié, documenté et admis les risques existentiels qu’ils font peser sur l’écosystème web. La « boucle de la mort » théorisée dans le mémo de Microsoft n’est plus une hypothèse : elle se mesure déjà en chute de trafic de 87 % à 93 % pour les grands éditeurs. À terme, la disparition des sources de contenu de qualité pourrait paradoxalement dégrader les performances des modèles eux-mêmes, validant la prédiction du mémo.

Le procès du New York Times, ainsi que plusieurs actions collectives similaires, détermineront si l’industrie de l’IA peut continuer à extraire gratuitement la valeur produite par les médias, ou si un nouveau cadre de licences — à l’image de ce que pratiquent déjà certains accords — finira par s’imposer. Pour les éditeurs comme pour les investisseurs exposés au secteur médiatique, l’enjeu dépasse le seul droit d’auteur : il touche à la viabilité du modèle ouvert du web.

Sources

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

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Passionné de nouvelles technologies, j’explore l’univers de la blockchain et des cryptomonnaies pour partager l’actualité et les innovations du secteur.

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