Japon : règlement blockchain 24/7 des actions et JGB dès 2030

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L’Agence des services financiers (FSA), le ministère des Finances et la Banque du Japon (BOJ) s’apprêtent à lancer cet été un groupe d’étude conjoint avec les plus grandes institutions financières du pays pour explorer le remplacement des systèmes traditionnels de règlement des titres par une infrastructure blockchain fonctionnant 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 dès le début des années 2030. Une réforme qui pourrait redéfinir l’architecture du marché japonais des capitaux.

🔑 En bref

  • Un groupe d’étude FSA–Trésor–BOJ sera formé durant l’été 2026 pour plancher sur un règlement blockchain 24/7 des actions et obligations.
  • Le système s’appuierait sur une CBDC de gros : des jetons représentant les soldes que les banques détiennent auprès de la BOJ.
  • MUFG, SMBC et Mizuho mènent déjà un pilote sur actions et JGB tokenisés ; MUFG a annoncé une preuve de concept sur le Canton Network en août 2026.
  • Objectif : remplacer le cycle T+2 des actions et T+1 des JGB par un règlement quasi instantané, opérationnel au début des années 2030.
  • Le Japon veut éviter de perdre ses investisseurs institutionnels face à la concurrence des États-Unis et de l’Europe sur les titres tokenisés.

Calendrier et gouvernance du projet

Selon les informations rapportées par le Nikkei et confirmées par plusieurs sources, un groupe de travail conjoint sera constitué durant l’été 2026. Il réunira la FSA, le ministère des Finances, la BOJ et les grandes institutions financières japonaises autour d’une même feuille de route. Un plan de développement est attendu au plus tôt début 2027, suivi d’un cadre opérationnel complet dans les années suivantes. Si les plans sont formellement approuvés et que les tests se déroulent comme prévu, le système pourrait être opérationnel au début des années 2030.

Le projet pourrait s’inscrire dans un cadre d’investissement stratégique pluriannuel démarrant à l’exercice fiscal 2027. Aucune technologie n’a encore été sélectionnée et aucune décision formelle n’a été publiée par les agences concernées. Un groupe d’étude représente toutefois le stade le plus précoce qu’une initiative politique japonaise puisse occuper, ce qui donne une idée du chemin restant à parcourir.

Pour l’heure, le calendrier de référence se décompose ainsi :

ÉtapeÉchéance indicative
Lancement du groupe d’étude conjointÉté 2026
Plan de développementDébut 2027
Exercice fiscal de référenceFY 2027
Cadre opérationnel completFin de la décennie 2020
Mise en service cibléeDébut des années 2030

Une CBDC de gros comme socle technique

Le mécanisme envisagé implique la conversion d’une partie des soldes que les banques détiennent auprès de la BOJ en jetons numériques sur un réseau blockchain. Ces jetons fonctionneraient comme une monnaie numérique de banque centrale de gros (wholesale CBDC), une représentation numérique du yen utilisée uniquement entre institutions financières, et non par les particuliers. Cette approche permet d’éviter les critiques récurrentes liées aux CBDC de détail concernant la surveillance et la désintermédiation bancaire.

Dans le système actuel, les transactions boursières à la Bourse de Tokyo (TSE) se règlent deux jours ouvrables après leur exécution (T+2), tandis que les transactions sur les obligations d’État japonaises (JGB) se règlent le lendemain (T+1). La nouvelle infrastructure permettrait de réduire ces délais à un niveau quasi nul, laissant aux investisseurs la possibilité de réinvestir le produit de leurs ventes presque instantanément, y compris en dehors des horaires bancaires traditionnels.

« La tokenisation des actifs financiers n’est plus un sujet de recherche, c’est un sujet de souveraineté monétaire et de compétitivité de marché. »

Analyste senior, banque japonaise

Pilotes en cours et projets parallèles

Les fondations de ce projet s’appuient sur plusieurs initiatives déjà actives. Mitsubishi UFJ Financial Group (MUFG), la plus grande banque japonaise, a annoncé en août 2026 une preuve de concept (proof-of-concept) pour les transactions de repo sur JGB en chaîne via le Canton Network. Ce système vise à permettre des règlements quasi instantanés fonctionnant 24h/24 et 7j/7. Les trois principales banques japonaises, MUFG, SMBC et Mizuho, mènent déjà un pilote conjoint sur les actions et JGB tokenisés.

Par ailleurs, Nomura, en collaboration avec la plateforme BOOSTRY, a émis la première obligation numérique domestique au Japon en 2025. Cette émission comportait un mécanisme de règlement avec livraison contre paiement (DVP) en T+1 et arrive à échéance en mars 2030. La BOJ a par ailleurs élargi son bac à sable réglementaire (sandbox) pour les règlements blockchain en mars 2026, un programme de test sécurisé qui se poursuit jusqu’en 2028.

Quelques jalons récents illustrent cette dynamique :

InitiativeActeur(s)Détail
Repo JGB en chaîneMUFGProof-of-concept sur Canton Network, annoncé en août 2026
Pilote actions/JGB tokenisésMUFG, SMBC, MizuhoRèglements 24/7 testés entre les trois mégabanques
Première obligation numérique domestiqueNomura + BOOSTRYÉmise en 2025, DVP en T+1, échéance mars 2030
Bac à sable blockchainBOJÉlargi en mars 2026, programme courant jusqu’en 2028

Dimension internationale : le projet Agorá

La BOJ participe également au projet Agorá, une initiative de la Banque des règlements internationaux (BIS) regroupant sept banques centrales et plus de 40 institutions financières pour tester les paiements transfrontaliers tokenisés. L’infrastructure blockchain japonaise pourrait servir de base à cet effort international. Le système domestique pourrait également être étendu aux transferts internationaux, selon le Nikkei, ce qui positionnerait Tokyo comme un hub régional du règlement tokenisé en Asie.

Défis techniques et enjeux de liquidité

Le règlement instantané n’est pas sans coûts. Compresser le cycle à zéro supprime les possibilités de compensation (netting), ce qui signifie que les entreprises doivent disposer de la totalité des liquidités et des titres disponibles au moment de la transaction plutôt qu’à la fin d’un traitement par lots. Cette mécanique augmente mécaniquement les besoins en liquidités des participants de marché, un sujet sensible pour les courtiers et les sociétés de bourse.

Les grandes banques japonaises militent également pour des cadres de négociation construits autour des stablecoins, dont l’utilisation permettrait de réduire les frictions, d’abaisser les coûts de transaction et de maintenir l’ensemble du cycle de vie d’une transaction au sein d’un même environnement technologique. Les régulateurs japonais devront donc articuler trois couches : la CBDC de gros, les jetons d’actifs et les stablecoins.

Pourquoi le Japon accélère

Le Japon cherche à moderniser ses systèmes de règlement pour maintenir la compétitivité de ses marchés alors que les États-Unis et l’Europe développent leurs propres infrastructures de titres tokenisés, Wall Street pousse vers des marchés d’actions tokenisés 24h/24. Selon une enquête de Nomura et Laser Digital publiée en avril 2026, près de 80 % des investisseurs institutionnels japonais prévoient d’allouer des fonds à la cryptomonnaie dans un délai de trois ans. Le Japon risque de perdre ces investisseurs au profit d’autres juridictions si les réformes n’avancent pas.

Le contexte démographique joue également un rôle déterminant. La population japonaise vieillit et sa population active diminue, exerçant une pression sur les institutions financières pour accomplir davantage avec moins de ressources. Automatiser les processus de règlement qui nécessitent actuellement des armées de personnel de back-office constitue non seulement une mise à niveau technologique mais aussi une nécessité démographique. La FSA a par ailleurs demandé ce mois-ci aux plateformes d’échange de cryptomonnaies de renforcer leurs mesures anti-fraude concernant les arnaques aux investissements et les arnaques amoureuses, montrant que la régulation crypto grand public et la tokenisation institutionnelle progressent en parallèle.


Conclusion : un test grandeur nature pour la finance tokenisée

Si le Japon tient son calendrier, le début des années 2030 marquera la première migration d’un marché national d’actions et d’obligations souveraines vers une infrastructure blockchain de niveau systémique, adossée à une CBDC de gros. Le pari est ambitieux : conserver la stabilité monétaire, absorber la complexité opérationnelle et éviter la fuite des capitaux vers des juridictions plus rapides. Trois scénarios se dessinent : un déploiement progressif à l’horizon 2030–2032 si les pilotes de MUFG, SMBC et Mizuho aboutissent ; un retard à 2035+ en cas de blocage sur l’interopérabilité entre CBDC, stablecoins et jetons d’actifs ; ou une adoption partielle limitée à certains segments, comme les JGB et le repo, avant une éventuelle généralisation.

Dans tous les cas, Tokyo pose un jalon : la tokenisation des marchés financiers n’est plus un concept de salle de marché, mais un chantier coordonné par la banque centrale elle-même.

Sources

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

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Passionné de nouvelles technologies, j’explore l’univers de la blockchain et des cryptomonnaies pour partager l’actualité et les innovations du secteur.

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