Le pari quantique du Bitcoin vacille : le modèle Claude Mythos Preview d’Anthropic a brisé en 60 heures HAWK, un schéma de signature post-quantique pourtant audité par des cryptographes humains pendant deux ans, relançant l’urgence de la migration cryptographique du réseau.
🔑 En bref
- Claude Mythos Preview d’Anthropic a divisé par deux la force de clé effective du paramètre le plus petit de HAWK, pour 100 000 dollars de calcul.
- L’attaque ramène le coût de cassage de 2^64 à 2^38 opérations et améliore aussi AES d’un facteur 200 à 800.
- BIP-360, la proposition d’adresses quantique-résistantes pour Bitcoin, a été fusionnée en février 2026 dans le dépôt officiel.
- Google Quantum AI estime qu’environ 500 000 qubits physiques suffiraient à briser la cryptographie de Bitcoin, soit 20 fois moins qu’estimé.
- Environ 6,9 millions de BTC dans des portefeuilles à clé publique exposée sont théoriquement vulnérables, selon le panel Coinbase.
Claude Mythos brise HAWK : 60 heures et 100 000 dollars
Début juillet 2026, Anthropic a annoncé que son modèle Claude Mythos Preview avait identifié une faille dans HAWK, un schéma de signature numérique candidat à la normalisation post-quantique. L’attaque a été menée en environ 60 heures pour un coût total de 100 000 dollars en calcul. Elle a réduit la force de clé effective du paramètre le plus petit de HAWK, faisant passer le travail nécessaire pour le casser de 2^64 à 2^38 opérations, soit une division par deux du coût cryptanalytique.
HAWK avait auparavant survécu à deux années et deux cycles d’examen par des experts humains avant cette découverte. Les paramètres de clé plus élevés restent impraticables à attaquer pour le moment, mais doubler leur taille pour compenser éliminerait une grande partie de ce qui rendait HAWK attractif en termes de compacité de signature.
| Cible | Force de clé initiale | Après attaque | Gain |
|---|---|---|---|
| HAWK (paramètre 1) | 2^64 | 2^38 | ÷ 2 (≈26 fois moins de travail) |
| AES (version affaiblie) | n/a | n/a | × 200 à 800 |
| Poseidon (hachage ZK) | n/a | n/a | < × 10 |

AES et Poseidon également testés
L’attaque a aussi produit des améliorations sur une version délibérément affaiblie d’AES (Advanced Encryption Standard), le chiffrement utilisé pour protéger les fichiers de portefeuille Bitcoin, avec des facteurs d’amélioration de 200 à 800. Contre Poseidon, la fonction de hachage qui sous-tend de nombreux systèmes de preuves à connaissance zéro (zero-knowledge proofs), les gains sont plus modestes, inférieurs à un facteur dix.
Fait notable : le modèle avait d’abord refusé le problème AES, déclarant aux chercheurs qu’il était « vraiment difficile » et qu’il n’y avait « rien de facile à trouver ». Trois invites supplémentaires plus tard, il produisait un milliard de jetons de sortie sur trois jours pour identifier l’amélioration. La vérification a pris près d’un mois à deux chercheurs d’Anthropic, et la divulgation a été coordonnée avec la liste de diffusion publique du NIST.
BIP-360 : la riposte de Bitcoin se met en place
Rien dans ces recherches n’affecte Bitcoin ou Ether actuellement. Les deux réseaux sécurisent leurs transactions avec des signatures à courbe elliptique (ECDSA), qui n’étaient pas la cible des attaques d’Anthropic. HAWK ne fait pas partie des schémas envisagés pour la migration post-quantique de Bitcoin.
BIP-360, la proposition pour doter Bitcoin d’adresses résistantes aux ordinateurs quantiques, a été fusionnée dans le dépôt officiel des Bitcoin Improvement Proposals en février 2026. Elle crée un nouveau type de sortie, Pay-to-Merkle-Root, qui cache les clés publiques et prend en charge les futures signatures post-quantiques. Une testnet opérationnelle a été lancée en mars 2026, regroupant plus de 50 mineurs, plus de 100 000 blocs traités et les contributions de plus de 100 cryptographes.
BIP-360 spécifie trois algorithmes déjà normalisés par le NIST et inclut plusieurs schémas de repli, précisément pour le cas où l’un d’eux serait brisé plus tard par des avancées classiques ou quantiques. La mise à niveau Taproot, activée en 2021, fournit déjà une architecture de base utile : chaque transaction peut configurer des conditions de dépense cachées exigeant une vérification quantique-sûre.
BIP-361 propose de geler plus d’un tiers de l’offre
BIP-361, la proposition compagnon, argue que la fenêtre de migration se referme parce que les attaques cryptographiques s’améliorent de 20 fois ou plus. Elle propose de geler plus d’un tiers de l’offre de Bitcoin : environ 6,9 millions de BTC dont la clé publique est déjà visible sur la blockchain. Environ 1,7 million de ces BTC se trouvent dans d’anciens formats où la clé publique a été exposée définitivement, et 1 million supplémentaire est concentré dans seulement 11 grandes adresses qui pourraient servir de système d’alerte précoce.
« Si ces portefeuilles sont drainés sans explication, cela pourrait signaler qu’un ordinateur quantique puissant est en ligne. »
Document de position Coinbase Quantum Advisory Panel
Google et Caltech : 500 000 qubits physiques suffiraient
Le 31 mars 2026, des chercheurs de Google Quantum AI ont publié un livre blanc démontrant que briser la cryptographie à courbe elliptique protégeant Bitcoin et Ethereum pourrait nécessiter moins de 500 000 qubits physiques, une réduction d’environ 20 fois par rapport aux estimations précédentes qui situaient le chiffre en millions. Le document a été corédigé par Justin Drake (Ethereum Foundation), Dan Boneh (Stanford) et six chercheurs de Google menés par Ryan Babbush et Hartmut Neven.
« Ma confiance en q-day d’ici 2032 a bondi significativement. »
Justin Drake, Ethereum Foundation
Les circuits quantiques développés mobilisent soit moins de 1 200 qubits logiques et 90 millions de portes Toffoli, soit moins de 1 450 qubits logiques et 70 millions de portes Toffoli. Sur une architecture supraconductrice avec hypothèses standards, ces circuits peuvent s’exécuter en quelques minutes. L’équipe a utilisé une preuve à connaissance zéro générée via la machine virtuelle SP1 pour vérifier les affirmations sans révéler les détails de l’attaque, une première mondiale en cryptanalyse quantique. Le qubit le plus avancé de Google, Willow, compte 105 qubits physiques.
Un article séparé de Caltech, Oratomic et UC Berkeley, publié le même jour, montre qu’une approche matérielle différente (architecture à ions piégés) pourrait réduire la barre à 10 000 à 26 000 qubits spécialisés. Les deux équipes ne se contredisent pas : l’une a optimisé le logiciel, l’autre a amélioré l’efficacité matérielle. Pour une attaque « on-spend » sur Bitcoin, un ordinateur quantique supraconducteur pourrait compléter le cassage en environ neuf minutes, avec environ 41 % de chances de devancer la transaction originale.
Calendrier de migration : 2035 pour le NIST, 2029 pour Ethereum
Le groupe consultatif indépendant de Coinbase sur l’informatique quantique et la blockchain – incluant le professeur Scott Aaronson (UT Austin), Dan Boneh (Stanford), Justin Drake (Ethereum Foundation) et Yehuda Lindell (Coinbase/Bar-Ilan) – a publié un document de position avertissant que l’industrie doit migrer maintenant.
| Standard | Usage | Taille signature | Statut |
|---|---|---|---|
| ECDSA (Bitcoin actuel) | Signatures transactions | 64 octets | Classique |
| ML-KEM | Chiffrement clé publique | n/a | Post-quantique |
| ML-DSA | Signatures numériques | 2 420 octets (~38×) | Post-quantique |
| SLH-DSA | Signatures hash-based | ≈17 000 octets | Post-quantique |
Des signatures ML-DSA environ 38 fois plus grandes pourraient réduire le débit des transactions Bitcoin de 90 % ou plus. Le panel recommande une approche « signature 1-sur-2 » : un portefeuille enregistre à la fois une clé à courbe elliptique classique et une clé post-quantique, mais les transactions n’ont besoin que d’une signature valide de l’une ou de l’autre.
Le NIST a finalisé trois normes post-quantiques en août 2024 et fixé une date butoir de 2035. L’ordre exécutif 14144 (janvier 2025) a intégré ces délais dans les exigences fédérales américaines. Google vise 2029 en interne. Ethereum a lancé pq.ethereum.org comme centre dédié et vise également 2029. Du côté de Zcash, un nouveau pool blindé conçu pour rester récupérable face aux ordinateurs quantiques a été activé juste avant l’annonce d’Anthropic, illustrant que la course à la migration post-quantique est désormais lancée sur l’ensemble de l’écosystème.
Vers une course contre la montre cryptographique
L’attaque d’Anthropic sur HAWK n’est pas une catastrophe pour Bitcoin, mais elle illustre une tendance de fond : les attaques cryptographiques classiques s’améliorent plus vite que les défenses standardisées. L’IA générative entre dans l’arsenal des cryptanalystes, et le rythme de découverte dépasse désormais les cycles de revue humaine traditionnels. Pour Bitcoin, la fenêtre de migration vers le post-quantique reste ouverte, mais BIP-360, BIP-361 et l’activation progressive de Taproot montrent que la communauté prend la menace au sérieux.
Les scénarios à venir dépendront de trois variables : la date réelle d’apparition d’un ordinateur quantique cryptographiquement pertinent (le « q-day »), la vitesse d’adoption des nouvelles adresses par les détenteurs, et la capacité des développeurs à livrer le hard fork dans les délais. Si rien n’est cassé entre-temps, 2035 reste un objectif réaliste. Si un premier algorithme de signature post-quantique tombe d’ici là, la migration devra s’accélérer brutalement, et la sécurité des 6,9 millions de BTC exposés passera du confort théorique à l’urgence opérationnelle.
Sources
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

