Pour la cinquième réunion consécutive, la Réserve fédérale a maintenu sa fourchette cible des taux directeurs entre 3,50 % et 3,75 %. Une décision prise dans un contexte délicat : inflation persistante, marché du travail atone et correction de plus de 10 % sur le Nasdaq-100 en juillet.
🔑 En bref
- Le FOMC maintient la fourchette des fed funds à 3,50-3,75 % (5e statu quo d’affilée)
- Vote de 9 contre 3 : Mester, Kashkari et Logan favorables à +25 pb
- IPC global en recul à 3,5 % en juin (contre 4,2 % en mai), mais PCE core toujours au-dessus de 2 %
- Seulement 57 000 emplois créés en juin, taux d’activité au plus bas depuis 5 ans
- Nasdaq-100 : baisse de plus de 10 % en juillet, plus forte chute mensuelle depuis 2008
- Bitcoin : léger sursaut immédiat après l’annonce, mais appétit pour le risque limité
Une décision prise à la majorité, trois dissidents favorables à une hausse
La réunion du FOMC du mercredi 29 juillet 2026 a reconduit la fourchette cible des taux des fonds fédéraux à 3,50-3,75 %, prolongeant ainsi le statu quo en vigueur depuis décembre 2025. La décision a été adoptée par 9 voix contre 3, trois membres plaidant pour un relèvement immédiat de 25 points de base, vers une fourchette de 3,75-4,00 % : Loretta Mester (Cleveland), Neel Kashkari (Minneapolis) et Lorie Logan (Dallas).
| Donnée | Valeur |
|---|---|
| Fourchette cible | 3,50 % – 3,75 % |
| Vote FOMC | 9 statu quo / 3 hausse +25 pb |
| Dissidents | Mester, Kashkari, Logan |
| Statu quo depuis | décembre 2025 |

Inflation : la cible de 2 % reste hors d’atteinte
Malgré le reflux observé en juin, l’inflation demeure largement au-dessus de l’objectif de 2 % fixé par la Fed. L’indice des prix à la consommation (IPC) global a ralenti à 3,5 % en glissement annuel en juin (contre 4,2 % en mai), tiré vers le bas par la chute des prix du pétrole. L’IPC sous-jacent, qui exclut les composantes volatiles de l’alimentation et de l’énergie, s’est établi à 2,6 % (contre 2,9 % en mai). L’indice PCE, jauge privilégiée par la Fed, reste lui aussi au-dessus de 2 % depuis plus de cinq ans.
| Indicateur | Mai 2026 | Juin 2026 |
|---|---|---|
| IPC global (YoY) | 4,2 % | 3,5 % |
| IPC sous-jacent (YoY) | 2,9 % | 2,6 % |
| PCE core | au-dessus de 2 % | au-dessus de 2 % |
| Emplois créés nets | — | 57 000 |
Le marché du travail donne également des signes d’essoufflement : seulement 57 000 emplois ont été créés en juin, bien en deçà des estimations consensuelles, tandis que le taux d’activité retombe à son plus bas niveau depuis cinq ans.
« Se contenter de fixer l’inflation d’un regard sévère en espérant qu’elle finira par fondre sous notre gaze implacable n’est pas une option. »
Christopher Waller, Gouverneur de la Fed
Trois sources de pression inflationniste
Plusieurs facteurs alimentent le risque d’une reprise de l’inflation. La reprise des hostilités au Moyen-Orient a relancé la flambée des prix du pétrole, ravivant les craintes sur la trajectoire des prix. Le président Donald Trump a par ailleurs réintroduit des droits de douane mondiaux de 10 % en février et s’apprête à imposer une surtaxe de 50 % sur certains produits canadiens d’ici 30 jours. Enfin, le développement rapide de l’intelligence artificielle tire une demande soutenue en composants électroniques (puces mémoire, serveurs, équipements réseau), un facteur qui alimente aussi la pression sur les prix.
« Il existe des arguments crédibles selon lesquels l’inflation pourrait commencer à revenir vers notre objectif de 2 % avec la politique monétaire actuelle. Mais je m’inquiète d’un scénario tout aussi plausible où les données montreraient une inflation en hausse, ce qui nécessiterait un resserrement à court terme. »
Christopher Waller, Gouverneur de la Fed
Ce que les marchés attendaient avant la réunion
Selon l’outil CME FedWatch, 62 % des acteurs de marché tablaient sur un maintien de la fourchette cible avant la réunion du 29 juillet. Les 38 % restants anticipaient une hausse vers 3,75-4,00 %. À l’horizon de la réunion de décembre, environ 40 % des opérateurs anticipaient deux hausses d’un quart de point, portant la fourchette à 4,00-4,25 %.
Pour James Egelhof et Guneet Dhingra, économistes chez BNP Paribas Securities, la patience des responsables face à une inflation élevée et persistante est largement épuisée : selon leurs estimations, 76 % des intervenants prévoient désormais une hausse dès septembre.
Réactions des marchés actions et crypto
La décision de la Fed n’a pas rassuré les marchés, déjà soumis à une volatilité marquée. Le S&P 500 a reculé de 1,5 % dans les heures suivant l’annonce. Le Nasdaq-100 a prolongé sa correction avec un recul supplémentaire de 2 %, effaçant progressivement les gains enregistrés en avril et mai. L’indice de référence des géants américains de la tech se dirige vers une baisse mensuelle supérieure à 10 %, soit l’une de ses pires performances historiques.
| Mois historique (Nasdaq) | Baisse mensuelle |
|---|---|
| Septembre 2008 | -14,7 % |
| Octobre 2008 | -16,2 % |
| Avril 2012 | -13,4 % |
Côté crypto, le bitcoin a enregistré un léger sursaut immédiatement après l’annonce du maintien des taux. Plusieurs facteurs expliquent cette réaction : les liquidités restent abondantes du fait de l’absence de resserrement agressif, et le statu quo est perçu comme un soulagement après des mois de pression. Pour autant, l’absence de perspective claire sur de futures baisses de taux limite l’appétit des investisseurs pour les actifs risqués.
Si la Fed change de ton en septembre — une hausse désormais jugée probable à 75-80 % par les marchés à terme — les cryptos pourraient subir un correctif brutal. La division au sein du Comité, avec trois dissidents sur neuf, ajoute une dose d’incertitude supplémentaire.
« La logique d’un statu quo tient en partie à l’apaisement observé dans les chiffres de l’inflation de juin. Le président Trump a également contribué à ancrer ce biais en faveur de l’immobilisme, compte tenu de l’apparente nouvelle pause dans les hostilités avec l’Iran. »
Padhraic Garvey, Responsable régional de la recherche Amériques chez ING
Conclusion
La réunion de juillet confirme l’exercice d’équilibriste de la Fed : contenir l’inflation sans briser l’économie. Le vote de 9 contre 3 traduit une fracture interne que le marché intègre désormais dans ses probabilités. Pour septembre, les anticipations de hausse ont sensiblement remonté et les prochains chiffres d’inflation (CPI, PCE, emploi) seront déterminants. Pour la crypto, le statu quo n’offre qu’un répit temporaire : tout virage hawkish se traduirait mécaniquement par une compression des actifs risqués.
Sources
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

