Bernstein réitère son opinion Outperform sur Circle Internet Group avec un objectif de 140 dollars, soit environ 59 % de hausse potentielle par rapport au cours de clôture de 87,98 dollars observé le jour de la publication. Le message central de Gautam Chhugani et de son équipe est sans ambiguïté : la trajectoire d’USDC ne dépend pas du sort de la Clarity Act au Sénat américain.
🔑 En bref
- Bernstein vise 140 $ par action (CRCL), soit ~59 % de hausse depuis 87,98 $.
- USDC représente ~25 % du marché mondial des stablecoins avec ~78 Md$ en circulation début 2026.
- L’offre USDC a rebondi de +1,7 Md$ sur une seule semaine en août 2026, après six mois de stagnation.
- Marché mondial des stablecoins projeté à ~670 Md$ en 2027, part d’USDC attendue à 33 %.
- Pour Bernstein, le cycle de croissance est « indépendant de la Clarity Act ».
Une thèse découplée du calendrier législatif
Le 24 août 2026, la note de Bernstein tombe alors que le débat sur la Digital Asset Market Clarity Act reste suspendu aux manœuvres sénatoriales. Le texte, qui avait passé la Chambre des représentants le 17 juillet 2025 par 294 voix contre 134, est bloqué par un différend sur les stablecoin rewards — l’industrie bancaire cherchant à interdire le versement d’intérêts sur les soldes en stablecoins, que les plateformes crypto présentent comme un partage de rendement sur les réserves en bons du Trésor.
Le vote de procédure sur la motion de cloture a été déposé par le leader de la majorité John Thune, avec un scrutin agendé au 15 septembre 2026. La fenêtre législative se referme : la campagne pour les mid-terms entre dans sa phase active fin août. Face à ce calendrier contraint, la maison de recherche tranche : le sort politique du texte n’est pas le sujet pour Circle.

« Nous estimons que ce cycle de croissance est indépendant de l’adoption de la Clarity Act lors de la session de septembre. Nous pensons que l’intervention SEC/CFTC s’accélérerait si le Sénat ne soutient pas la Clarity lors du vote du 15 septembre. »
Gautam Chhugani, analyste chez Bernstein
Un régime macro favorable aux stablecoins
La thèse Bernstein s’inscrit dans ce que les analystes décrivent comme un changement de régime macroéconomique : la réallocation du capital institutionnel et retail entre actifs refuges et dollars numériques. Le Bitcoin capte la demande de récit « store-of-value » (valeur refuge), tandis que les stablecoins absorbent une part croissante de l’offre de bons du Trésor américains à mesure que la tokenisation des actifs réels s’accélère.
Le mouvement n’a plus rien d’expérimental. Le fonds BUIDL de BlackRock a franchi plusieurs milliards de dollars d’actifs sous gestion en 2025. Franklin Templeton et WisdomTree ont étendu leurs stratégies tokenisées en distribution et interopérabilité. Quand BlackRock et BNY Mellon — des institutions qui ne spéculent pas — opérationnalisent des produits en dollar sur blockchain, le récit a basculé.
Au cœur de cette mutation, USDC occupe une position centrale. Selon les données DeFiLlama citées par Bernstein, USDC représente environ un quart du marché mondial des stablecoins, avec ~78 milliards de dollars en circulation début 2026. Surtout, l’offre USDC affiche une croissance structurelle corrélée non pas aux cycles du Bitcoin, mais à l’adoption réelle des rails stablecoins par les entreprises, institutions financières et participants des marchés émergents.
Les chiffres derrière la cible de 140 dollars
La cible de 140 dollars mérite d’être replacée dans son contexte historique. Bernstein avait publié des objectifs atteignant 230 dollars fin 2025 avant de les recalibrer à la baisse après la vague de liquidations leveraged d’octobre 2025. Le titre Circle avait touché un plancher proche de 50 dollars début février 2026 avant de remonter vers 118 dollars mi-2026 — plus qu’un doublement depuis les creux. Sur l’année, l’action affiche ~+49 %, contre un S&P 500 plat et un Nasdaq 100 en repli de ~1 %. La capitalisation atteint ~30,3 milliards de dollars.
| Métrique | Valeur | Horizon / Source |
|---|---|---|
| USDC en circulation | ~78 Md$ | Début 2026 |
| Part de marché USDC | ~25 % | Début 2026 |
| Marge opérationnelle Circle | 43 % → 51 % | 2024 → 2027e |
| Offre stablecoins projetée | ~670 Md$ | 2027e |
| Part USDC projetée | 33 % | 2027e |
| Vol. stablecoins ajusté annualisé | ~17 000 Md$ | Juillet 2026 |
Le scénario bull repose sur des vents quantifiables. Bernstein projette que l’industrie totale des stablecoins atteindra ~670 milliards de dollars d’ici 2027, portée par l’expansion des marchés de capitaux crypto. La part d’USDC gagnerait ~8 points pour s’établir à 33 %. La marge opérationnelle de Circle s’élargirait à 51 % en 2027 contre 43 % en 2024 — un effet d’échelle lié à l’absorption des coûts d’infrastructure fixes sur une base d’offre multipliée par cinq. Les revenus « autres » (frais d’intégration, services, Circle Payments Network) atteignent déjà 9 % du total dans le scénario bear. En cas d’adoption de la Clarity Act, Bernstein voit des récompenses liées à l’activité utilisateur plutôt qu’aux soldes dormants — favorable à USDC. En cas de rejet, le modèle actuel de récompenses tierces se prolonge, également jugé favorable.
Volumes : le chiffre qui change la perspective
Le point de données le plus sous-estimé de la note Bernstein concerne les volumes de transactions stablecoins ajustés (hors bots et trading haute fréquence, qui gonflent artificiellement les métriques brutes). En 2025, ce volume a atteint ~11 000 milliards de dollars. Annualisé à juillet 2026, il suit une trajectoire de ~17 000 milliards, soit +60 % en glissement annuel. À titre de comparaison, le volume de paiements annuel de Visa en 2025 s’élevait à 14 200 milliards. La convergence n’est pas un hasard.
Au sein de ce volume, les paiements stablecoins du monde réel ont doublé en 2025 pour atteindre 400 milliards de dollars, dont ~60 % attribuables aux transactions B2B (entre entreprises). Ce ne sont pas des flux spéculatifs : paiements fournisseurs transfrontaliers, versements freelance, paies sur marchés émergents, gestion de trésorerie — exécutés on-chain (directement sur la blockchain) parce que c’est plus rapide et moins cher que les rails bancaires correspondants.
Circle au-delà du stablecoin : Agent Stack et 80 % du DeFi
Le Circle Agent Stack, lancé en mai 2025, regroupait plus de 900 services payants en août 2026. Le chiffre à retenir : 99 % du volume de paiements x402 entre agents IA — entre agents autonomes exécutant des tâches économiques en ligne — se règle en USDC. Les réseaux cartes traditionnels échouent sur trois dimensions critiques : frais cross-border (internationaux) rendent les microtransactions non économiques, règlement par lot incompatible avec une opération 24/7, infrastructure non conçue pour le commerce machine-à-machine.
USDC sur une blockchain dédiée comme Circle’s Arc (annoncée fin 2025) n’est plus seulement un stablecoin : c’est la couche de règlement du web agentique (économie en ligne où des agents IA autonomes effectuent des transactions). L’initiative NET Dollar de Cloudflare, annoncée début 2026, suit la même logique. Bernstein identifie ici un marché qui n’existe pas pleinement encore, mais qui croît à un rythme suggérant qu’il deviendra considérable.
Parallèlement, USDC domine ~80 % des volumes d’échange décentralisé (DEX) et de finance décentralisée (DeFi). Huit dollars sur dix d’activité DeFi — provision de liquidité, gestion de collatéral, contrats à terme perpétuels, marchés de prédiction — sont libellés et réglés en USDC. Ces effets de réseau sont composables : chaque nouveau protocole qui adopte USDC comme collatéral de base renforce son essentialité, attirant à son tour davantage de protocoles.
Le supercycle mondial des stablecoins
L’offre mondiale de stablecoins adossés à des monnaies fiduciaires a dépassé 273 milliards de dollars en mars 2026, en croissance de 40x depuis 6,8 milliards en mars 2020 (données Allium et Visa). Sur la seule année 2025, les volumes de transactions stablecoins ajustés ont progressé de 91 % pour atteindre 10 900 milliards. Le marché des actifs réels tokenisés (RWA) a franchi 18,4 milliards en 2025, en hausse de 208 % en glissement annuel. Les bons du Trésor tokenisés ont dépassé 7,4 milliards à mi-2025 (+80 % YTD).
Le rôle d’USDC dans cet écosystème s’étend en parallèle : medium d’échange pour actifs tokenisés, collatéral pour les protocoles de crédit on-chain (Maple a originé plus de 3,85 milliards de prêts en août 2025), monnaie de règlement pour les transactions d’agents IA, paire de trading dominante sur les DEX. USDC devient le Dollar 2.0 de l’économie numérique — programmable, sans frontières, disponible 24/7.
Risques à nommer
Aucune thèse n’est exempte de risques. Le principal vent contraire à court terme est macroéconomique : si Bitcoin et le marché crypto global restent sous pression après l’épisode de liquidation d’octobre 2025, la croissance de l’offre stablecoins pourrait ralentir. La corrélation entre sentiment crypto et afflux stablecoins n’a pas disparu — même si elle s’est atténuée avec l’émergence d’usages réels. La sensibilité aux taux est un autre facteur : le float income (revenus d’intérêts sur les réserves USDC) se compresse en environnement de taux bas, même si la diversification des revenus compense partiellement. Enfin, le risque réglementaire court dans les deux sens — une action coercitive adverse de la SEC ou de la CFTC, ou une version restrictive des stablecoin rewards dans la Clarity Act, pourrait altérer l’économie des récompenses USDC.
Conclusion : un train qui ne dépend plus du Congrès
Circle n’est plus un pari sur l’adoption des stablecoins par la communauté crypto — ce débat est clos. C’est un pari sur le fait qu’USDC devienne la couche de règlement d’un éventail croissant d’activités économiques : paiements B2B, commerce transfrontalier, marchés d’actifs tokenisés, transactions d’agents IA, accès au dollar sur les marchés émergents. La cible de 140 dollars de Bernstein offre ~59 % de hausse depuis un cours qui a déjà doublé depuis les creux de février. Pour une entreprise dont les marges opérationnelles convergent vers 51 %, dont l’offre ré-accélère de 1,7 milliard par semaine, et qui domine structurellement le DeFi, la tokenisation et les paiements agentiques, la valorisation n’est pas exigeante au regard des fintechs à forte croissance.
La Clarity Act compte. Le vote du 15 septembre au Sénat compte. Mais l’argument central de Bernstein est que le cycle de croissance est déjà en marche, et qu’il n’attendra pas que le Congrès tranche. Que Washington apporte de la clarté d’ici octobre ou pas avant 2027, la direction de Circle et d’USDC apparaît de plus en plus claire. La révolution des stablecoins n’est plus à venir — elle est déjà là.
Sources
- The Block — « Bernstein says Circle’s growth cycle can continue without the Clarity Act, sees 59% upside » (24 août 2026)
- Bessemer Venture Partners — « Stablecoins: from DeFi primitive to global financial infrastructure » (22 avril 2026)
- FinTech Weekly — « What Is the CLARITY Act? Digital Asset Market Structure Explained » (12 mars 2026)
- TradingView / Cointelegraph — « Circle shares surge as Bernstein sees upside from stablecoin adoption » (2026)
- CoinDesk — « Circle Can Withstand Rate Cuts as Stablecoin Demand Grows: Bernstein » (14 octobre 2025)
- Circle (officiel) — USDC Reserve Data
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

