BCE : hausse de 25 pb portant le taux de dépôt à 2,50 % en septembre

Share

La Banque centrale européenne a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base le 10 septembre 2026, portant le taux de la facilité de dépôt à 2,50 %, celui des opérations principales de refinancement à 2,65 % et celui de la facilité de prêt marginal à 2,90 %. La décision est entrée en vigueur le 16 septembre. La BCE consolide ainsi un deuxième resserrement en quelques mois, soutenu par la remontée des pressions inflationnistes alimentées par le choc énergétique lié aux tensions au Moyen-Orient.

🔑 En bref

  • Taux de dépôt porté à 2,50 % (+25 pb), taux MRO à 2,65 %, facilité de prêt marginal à 2,90 %, effectif le 16 septembre.
  • Inflation projetée à 3,0 % en 2026, 2,5 % en 2027 et 2,1 % en 2028 (headline) ; prévisions 2027 et 2028 révisées à la hausse.
  • Marchés anticipent une hausse supplémentaire en décembre vers 2,75 %, avec ~40 % de probabilité avant la réunion.
  • Goldman Sachs anticipe un taux terminal à 2,75 % et un retour à la normalisation à partir de fin 2027.
  • Aucun signe de spirale prix-salaires à ce stade, les effets de second tour restent limités.

Contexte du resserrement : un cycle rebondi

Depuis juillet 2022, la BCE a mené un cycle de resserrement monétaire historique, portant le taux de la facilité de dépôt de -0,50 % à 4,00 % au fil de dix hausses consécutives. Un premier cycle d’assouplissement a suivi : de septembre 2023 à juin 2025, huit baisses consécutives ont ramené le taux de dépôt à 2,00 %. Une pause a été observée en juillet 2026 au cours de laquelle le conseil des gouverneurs a maintenu le taux à 2,25 %.

La résurgence des tensions au Moyen-Orient — notamment le conflit entre les États-Unis et l’Iran ainsi que la guerre en Ukraine — a ravivé les pressions inflationnistes. La hausse des prix de l’énergie a servi de moteur principal à la réorientation du cycle : les prix du gaz naturel ont presque doublé depuis juin et les écarts sur les produits pétroliers raffinés se sont creusés. Face à ces risques haussiers, la BCE a relancé le resserrement en juin 2026 (+0,25 point), puis poursuivi en septembre.

Projections macroéconomiques : inflation durablement au-dessus de la cible

Les nouvelles projections publiées lors de la réunion de septembre confirment un décalage prolongé de l’inflation au-dessus de l’objectif de 2 % à moyen terme. L’inflation headline (incluant énergie et alimentation) est estimée en moyenne à 3,0 % en 2026, 2,5 % en 2027 et 2,1 % en 2028. L’inflation hors énergie et alimentation (core) est projetée à 2,5 % en 2026, 2,6 % en 2027 et 2,3 % en 2028.

Par rapport aux prévisions de juin, les perspectives pour 2027 et 2028 ont été révisées à la hausse, tandis que celle de 2026 est inchangée. La croissance du PIB de la zone euro est estimée à 0,9 % en 2026, 1,4 % en 2027 et 1,5 % en 2028, avec des révisions en hausse pour 2026 et 2027 reflétant une résilience supérieure aux attentes de l’économie.

Indicateur202620272028
Inflation headline3,0 %2,5 %2,1 %
Inflation core (hors énergie/alim.)2,5 %2,6 %2,3 %
Croissance du PIB0,9 %1,4 %1,5 %

La BCE a déclaré que le taux de dépôt de 2,50 % se situe dans la plage neutre selon les estimations du personnel. La plage neutre correspond au niveau de taux qui n’oriente ni la croissance ni la désinflation, et constitue ainsi un repère analytique clé pour les décideurs.

Données d’inflation récentes et absence de spirale

En juillet 2026, l’inflation headline de la zone euro s’est établie à 2,9 % et l’inflation core à 2,5 %. En août, l’inflation core est ressortie à 2,4 % en glissement annuel, un niveau similaire à celui observé avant le début du conflit au Moyen-Orient. L’inflation alimentaire s’est en revanche dégradée en raison de conditions météorologiques inhabituelles.

Les données sur les salaires ne montrent à ce stage aucun signe de spirale prix-salaires, ce qui atténue les craintes d’effets de second tour (transmission des hausses de prix initiaux dans les salaires et les autres composantes des prix). Cette situation confirme que le choc est essentiellement lié à l’offre, plus qu’à une demande excessive.

Risques et incertitudes : la BCE garde toutes les options ouvertes

Le conseil des gouverneurs a souligné que les risques pesant sur l’inflation demeurent orientés à la hausse, tandis que ceux liés à la croissance sont orientés à la baisse. L’incertitude reste élevée en raison de l’évolution du conflit au Moyen-Orient et de ses répercussions sur les marchés de l’énergie. La BCE a clairement signifié qu’elle n’exclut aucune option, refusant de s’engager sur une trajectoire future précise des taux.

« L’incertitude reste élevée et l’impact inflationniste complet du choc énergétique n’a pas encore joué. Nous surveillons de près l’intensité et la durée du choc, ainsi que ses effets indirects et de second tour. »

Christine Lagarde, Présidente de la BCE

Lagarde a qualifié le relèvement de septembre de « no-brainer » (décision évidente), soulignant la nécessité de lutter contre les pressions inflationnistes persistantes.

Anticipations du marché et positions des économistes

Les marchés anticipaient largement la hausse de septembre : les contrats à terme intégraient une probabilité d’environ 80 % d’un relèvement de 25 points de base à cette date, ainsi qu’une probabilité d’environ 40 % d’une nouvelle hausse d’ici décembre. Après la décision, l’attention se tourne vers une possible hausse supplémentaire en décembre, qui porterait le taux de dépôt à 2,75 %.

Goldman Sachs : un taux terminal à 2,75 %

Goldman Sachs prévoit une hausse en décembre portant le taux de dépôt à 2,75 %, tout en exprimant un scepticisme quant à la probabilité de maintenir les taux durablement au-dessus de 3 %. L’institution table sur un taux terminal de 2,75 % et anticipe un retour à la normalisation des taux à partir de fin 2027, une fois l’inflation redescendue.

« Nous sommes sceptiques quant à la probabilité que la BCE maintienne les taux nettement au-dessus de 3 %. Nous prévoyons une hausse supplémentaire en décembre, portant le taux de dépôt à 2,75 %. »

Jari Stehn, Économiste en chef pour l’Europe chez Goldman Sachs

Bank of America : un dernier resserrement puis un assouplissement

Bank of America abonde dans le sens d’un possible relèvement supplémentaire malgré la faiblesse de la croissance, en soulignant que la BCE accorde une importance significative aux risques inflationnistes à la hausse. Les économistes de la banque s’attendent à un dernier resserrement, potentiellement reporté en septembre en raison de la baisse récente des cours du pétrole, suivi d’un assouplissement en 2027.

Autres voix du marché

Bastian Freitag, responsable de la recherche économique chez Rothschild & Co Wealth Management Germany, a indiqué que son scénario de base est une hausse de 25 points de base en septembre, tout en estimant que « la probabilité d’un maintien des taux inchangés est plus élevée que ne le reflète le marché ». Il a ajouté qu’il n’observe « aucun effet de second tour, ni de spirale salaires-prix ».

Mark Dowding, directeur des investissements à taux fixe chez RBC BlueBay Asset Management, a estimé que la BCE a donné des indications relativement claires en faveur d’une hausse en septembre et que ce mouvement ne sera pas nécessairement le dernier du cycle actuel, tant que les marchés de l’énergie restent sous pression.

« Au-delà de 2026, l’horizon est beaucoup moins bien connu. Pour l’essentiel, les commentateurs estiment que les taux resteront stagnants, suffisamment hauts pour lutter contre l’inflation persistante, mais assez bas pour ne pas freiner sensiblement la croissance de la région – un territoire Goldilocks. »

Michael Field, Stratège en chef des marchés chez Morningstar

Ulrike Kastens, économiste senior chez DWS, s’attendait à ce que la BCE porte le taux de dépôt à 2,50 % en septembre, notant que l’inflation récente est largement attribuable à la hausse des prix de l’énergie, les effets indirects demeurant limités à ce stade.

Politique de bilan et assouplissement quantitatif

Parallèlement aux ajustements des taux d’intérêt, la BCE poursuit le désinvestissement de ses programmes d’achat d’actifs (APP, Asset Purchase Programme) et du programme d’urgence pandémique (PEPP, Pandemic Emergency Purchase Programme). Les portefeuilles diminuent à un rythme mesuré et prévisible, les paiements de principal des titres arrivant à échéance n’étant plus réinvestis.

Le bilan de la BCE est passé d’un pic de 8,3 billions d’euros en 2022 à environ 6,3 billions d’euros fin 2025, et devrait continuer à se contracter. Cette réduction de la liquidité excédentaire pourrait influencer les conditions du marché monétaire et accroître la demande pour les opérations de refinancement de la BCE, contribuant ainsi à un resserrement supplémentaire des conditions financières.

Calendrier des prochaines réunions

Les prochaines réunions du Conseil des gouverneurs de la BCE pour le reste de l’année 2026 sont programmées les dates suivantes :

DateStatutAttestion
10 septembre 2026TerminéeHausse de 25 pb → 2,50 %
29 octobre 2026À venirÉvaluation intermédiaire
17 décembre 2026À venirPossible hausse vers 2,75 %

Synthèse des positions : un scénario en trois phases

La quasi-totalité des économistes et acteurs de marché consultés s’accordent à prévoir une hausse supplémentaire de 25 points de base en décembre 2026, portant le taux de dépôt à 2,75 %. La divergence porte sur la suite du cycle :

  • Scénario assouplissement (majorité) : Des baisses de taux possibles dès 2027, lorsque les effets de base joueront à la baisse sur l’inflation et que la transmission de la politique monétaire se fera sentir dans l’économie réelle.
  • Scénario taux élevés prolongés (Goldman Sachs) : Maintien des taux autour de 2,75 % jusqu’à la fin 2027 avant normalisation progressive.
  • Scénario « Goldilocks » (Morningstar) : Des taux suffisamment hauts pour contenir l’inflation, mais suffisamment bas pour ne pas freiner la croissance, zone idéale d’équilibre.

Les responsables de la BCE continuent d’insister sur une approche « data-dependent » (dépendante des données) et « meeting-by-meeting » (réunion par réunion), sans engagement préalable sur une trajectoire précise. La BCE restera guidée par l’évolution de l’inflation, de la croissance et des marchés de l’énergie au cours des prochains mois.


Conclusion : un marché de l’énergie au centre des décisions

La hausse de 25 points de base du 10 septembre confirme que la BCE considère la menace inflationniste comme prioritaire, même au détriment potentiel de la croissance. Le positionnement à 2,50 % — au cœur de la plage neutre — donne à la BCE une marge de manœuvre confortable pour adapter sa politique en fonction de l’évolution des prix de l’énergie et de l’ampleur des effets indirects du choc.

Tout repose désormais sur l’évolution du conflit au Moyen-Orient et sur la trajectoire des prix du gaz naturel et du pétrole. Si les tensions persistent et si l’inflation headline reste au-dessus de 3 %, une hausse en décembre paraît quasi certaine et d’autres mouvements ne pourront être écartés. À l’inverse, un apaisement géopolitique et un retour des prix de l’énergie vers des niveaux antérieurs ouvriraient la voie à des baisses de taux dès 2027, comme le suggèrent la majorité des économistes. Dans tous les cas, la BCE maintient sa posture de prudence maximale, réaffirmant qu’elle ne s’engagera sur aucune trajectoire tant que l’incertitude restera élevée.

Sources

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

Avertissement : ce contenu est fourni à titre d’information uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement. Les cryptomonnaies sont très volatiles : vous pouvez perdre tout votre capital. Faites toujours vos propres recherches. Mentions légales
Telemac
Telemachttp://cryptoinfo.ch
Passionné de nouvelles technologies, j’explore l’univers de la blockchain et des cryptomonnaies pour partager l’actualité et les innovations du secteur.

Lire la Suite

Articles