Plus de 10 000 plaintes en trois mois : le blocage des transferts vers les plateformes crypto devient un dossier politique au Royaume-Uni. Selon un rapport de Stand With Crypto UK, les banques britanniques ont reçu 10 092 réclamations entre mai et août 2026. Le volume est important, mais la question centrale porte sur l’absence de règles claires et homogènes d’un établissement à l’autre.
🔑 En bref
- 10 092 plaintes déposées par 9 803 personnes entre mai et août 2026, avec des réclamations dans les 650 circonscriptions du pays.
- Lloyds, Barclays et NatWest concentrent 5 144 plaintes, soit 50,97 % du total.
- Six établissements publient des plafonds, six appliquent une interdiction complète, tandis que Lloyds et Revolut n’ont publié aucune politique.
- Le régime britannique de la FCA n’entrera en vigueur que le 25 octobre 2027 et n’oblige pas les banques de détail à traiter ces paiements.
Un volume concentré sur les grands groupes bancaires
Le rapport s’appuie sur un outil de plainte en ligne géré par Stand With Crypto UK. Il recense 10 092 plaintes déposées par 9 803 personnes entre mai et août 2026, soit une fenêtre de 90 jours. Toutes concernaient des transferts vers des plateformes enregistrées auprès de la Financial Conduct Authority (FCA, le régulateur financier britannique). L’organisation affirme que des plaintes ont été déposées dans chacune des 650 circonscriptions parlementaires, ce qui indique un phénomène national plutôt que des cas isolés.

| Établissement | Politique publiée | Plaintes reçues |
|---|---|---|
| Lloyds Banking Group (Halifax, Bank of Scotland) | Aucune | 2 297 |
| Barclays | Plafonds | 1 569 |
| NatWest Group (Royal Bank of Scotland) | Plafonds | 1 278 |
| HSBC UK | Plafonds (selon crypto.news) | Plus de 1 000 |
| Revolut | Aucune | Plus de 500 |
Lloyds, Barclays et NatWest totalisent 5 144 plaintes, soit 50,97 % du total. L’expression « presque la moitié » employée par certains médias est donc approximativement juste. Le rapport ne fournit pas de total exact pour HSBC UK, ce qui empêche de calculer précisément la part des cinq premiers groupes. Les 2 842 plaintes visant les établissements sans politique publiée correspondent à Lloyds et à Revolut, sans ventilation publiée. En retranchant les 2 297 plaintes de Lloyds, il reste 545 plaintes pour Revolut : un ordre de grandeur cohérent avec les « plus de 500 » annoncés, mais qui reste une déduction indicative.
Des plafonds publiés, mais des règles hétérogènes
Six établissements publiaient des limites au moment du rapport. Les seuils varient fortement d’une banque à l’autre, ce qui complique la lisibilité pour le client :
- Barclays : 2 500 livres sterling par transaction et 10 000 livres sur 30 jours.
- HSBC UK : mêmes plafonds que Barclays, selon crypto.news et Bitcoin.com.
- NatWest : 1 000 livres par jour et 5 000 livres sur 30 jours.
- Santander UK : 1 000 livres par transaction et 3 000 livres sur 30 jours.
- Monzo : 5 000 livres sur 30 jours.
- Nationwide : 1 000 livres par jour.
Les établissements qui appliquent une interdiction totale, comme Starling, TSB, Chase UK, Metro Bank, Virgin Money et Co-operative Bank, enregistrent un nombre de plaintes plus faible. Stand With Crypto formule l’hypothèse que leurs clients anticipent simplement l’impossibilité de réaliser ce type de transfert. La répartition par catégorie se présente ainsi :
| Catégorie | Plaintes | Part du total |
|---|---|---|
| Plafonds publiés | 6 198 | 61,4 % |
| Aucune politique publiée | 2 842 | 28,2 % |
| Interdiction complète | 989 | 9,8 % |
Ces trois catégories additionnées totalisent 10 029 plaintes, soit 63 de moins que le total général de 10 092. Le rapport précise qu’un même client a pu se plaindre auprès de plusieurs banques et que les données ne sont pas pondérées par la taille des établissements, le nombre de comptes courants n’étant pas public. Ces chiffres doivent donc être lus comme des indicateurs de tendance, non comme des mesures statistiques rigoureuses.
Des politiques qui ne garantissent pas l’accès
Selon le rapport, une politique publiée ne garantit pas qu’un transfert autorisé par la banque parviendra à son terme. Le groupe résume ainsi le problème :
« Un client ne peut pas compter de manière fiable sur la politique publiée par sa banque pour savoir s’il pourra transférer son propre argent vers une plateforme d’actifs crypto. »
Stand With Crypto UK, rapport 2026
Barclays a défendu ses restrictions auprès de Decrypt. La banque affirme que ces limites visent à protéger les clients contre les escroqueries et les pertes liées aux crypto-actifs :
« La protection des fonds de nos clients est notre priorité absolue. »
Porte-parole de Barclays
D’autres enquêtes confirment l’ampleur du phénomène. Une étude du UK Cryptoasset Business Council publiée en janvier 2026 estime qu’environ 40 % des transferts vers les dix principales plateformes d’échange étaient bloqués ou retardés, et qu’une plateforme aurait vu près d’un milliard de livres sterling de transactions refusées sur un an. Une enquête de la FCA et de YouGov menée en 2025 indique par ailleurs que 13 % des utilisateurs britanniques de cryptomonnaies ont rencontré des difficultés pour retirer des fonds vers leur compte bancaire, l’expérience négative la plus citée. Certaines restrictions sont plus anciennes : TSB interdit les achats de crypto depuis 2021 et Barclays bloque ces achats avec ses cartes de crédit depuis juin 2025.
Un cadre réglementaire en construction
La FCA a ouvert les demandes d’autorisation le 30 septembre 2026. Les entreprises ont jusqu’au 28 février 2027 pour candidater afin de bénéficier des dispositions transitoires. Les acteurs déjà enregistrés au titre de la lutte contre le blanchiment devront toutefois solliciter une autorisation, leur enregistrement ne étant pas automatiquement repris. Le régime doit entrer en vigueur le 25 octobre 2027 et prévoit notamment :
- une autorisation obligatoire, des exigences de capitaux et de gouvernance ;
- des normes renforcées de résilience opérationnelle ;
- des règles de conduite sur la conservation et la ségrégation des actifs clients, ainsi que la prévention des abus de marché ;
- des obligations de divulgation pour les émetteurs, et des exigences de couverture, de remboursement et de sécurisation pour les stablecoins.
La Banque d’Angleterre supervisera les stablecoins jugés suffisamment importants pour présenter un risque plus large pour la stabilité financière. Point essentiel : les règles à venir n’obligeront pas les banques de détail à traiter les paiements destinés aux plateformes crypto. Les clients resteront donc dépendants des politiques de leur établissement. Le sujet est aussi suivi au Parlement. En juillet, le Crypto and Digital Assets All-Party Parliamentary Group a lancé une enquête sur l’accès bancaire des entreprises crypto, qui couvre aussi les blocages imposés aux particuliers. En août, ses coprésidents, le député travailliste Gurinder Singh Josan et Lord Vaizey of Didcot, ont averti que l’accès bancaire « pourrait être l’un des plus grands obstacles à la croissance » du secteur britannique.
Le dirigeant de Stand With Crypto, Harry Pearce Gould, résume ainsi la mobilisation :
« Plus de 10 000 personnes, issues de chaque circonscription du pays, ont dit la même chose à leur banque : elles veulent la liberté de choisir où va leur argent. »
Harry Pearce Gould, directeur général, Stand With Crypto
L’organisation recommande de remplacer les restrictions générales par des contrôles fondés sur le risque, examinés au cas par cas, et de publier des politiques en langage clair. Elle demande aussi à la FCA et au Trésor de préciser que des blocages sectoriels ne sont guère justifiables par les obligations de lutte contre la fraude. Les conséquences concrètes des plaintes restent inconnues : les banques ont traité ces dossiers directement avec leurs clients, et Decrypt n’a obtenu aucune réponse de Lloyds, NatWest ou HSBC UK. Enfin, un rapport d’octobre de l’Office of the Comptroller of the Currency américain relève que plusieurs grandes banques américaines maintiennent aussi des politiques restrictives envers les entreprises d’actifs numériques.
Perspectives et scénarios
Trois scénarios se dessinent. Dans le premier, les banques remplacent progressivement leurs plafonds généraux par des contrôles de risque individualisés, en s’appuyant sur les outils existants de prévention de la fraude. Dans le second, qui reste le plus probable à court terme, les politiques actuelles perdurent jusqu’à l’entrée en vigueur du régime de la FCA, avec une forte dépendance à la réponse individuelle de chaque établissement. Dans le troisième, le régulateur ou le Trésor clarifient publiquement les conditions de blocage, ce qui réduirait l’incertitude pour les clients comme pour les plateformes autorisées.
Le signal politique est désormais net, mais l’impact réel dépendra de la capacité des régulateurs à imposer des règles harmonisées. Sans cela, l’accès des particuliers aux plateformes enregistrées restera fragmenté, et les données publiées continueront de ne refléter que partiellement l’ampleur du phénomène.
Sources
- Decrypt, UK banks hit with 10,000 complaints (octobre 2026)
- Yahoo Finance, UK banks hit with 10,000 complaints
- Binance Square, publication sur les plaintes bancaires UK
- CoinGeek, UK crypto advocates take on banks over transfer blocks
- Bitcoin.com News, UK banks flooded with crypto users’ complaints
- Crypto.news, top UK banks restricting crypto-related transfers
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.


