Crise française et flat tax : les investisseurs crypto s’inquiètent

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Trois chiffres résument ce lundi matin : 2 397 interpellations, 997 policiers et gendarmés blessés, et un écart de 137 points de base entre la dette française et la dette allemande. L’Élysée a refusé la démission de Laurent Nuñez. Mardi 20 octobre, les députés votent sur les recettes du budget 2027, dont un amendement soumettant les conversions de cryptomonnaies en stablecoins à la flat tax de 31,4 %. La rue inquiète déjà les investisseurs crypto.

🔑 En bref

  • 2 397 interpellations et 997 blessés parmi les forces de l’ordre après la mobilisation du 17 octobre
  • Le nouveau siège parisien de Qonto, inauguré le 24 septembre, partiellement incendié
  • L’Élysée refuse la démission de Laurent Nuñez au nom du « commandement continu »
  • L’amendement I-3898 vise à taxer les conversions crypto-stablecoin à 31,4 % dès janvier 2027
  • Écart OAT-Bund à 137,4 points de base, prime maximale pour la dette française depuis des années

Un bilan qui double en quarante-huit heures

Le bilan de la mobilisation du 17 octobre a doublé en quarante-huit heures. Samedi soir, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonçait environ 1 200 interpellations et 150 blessés parmi les forces de l’ordre. Dimanche, le ministère de l’Intérieur en comptait 2 397 et 997, dont sept blessés graves. À Paris, la préfecture de police a fait état d’un mort, victime d’un arrêt cardiorespiratoire dans des circonstances encore inconnues.

Les chiffres de participation divergent eux aussi : le ministère de l’Intérieur a recensé 550 000 manifestants, tandis que la CGT revendique 800 000. L’écart de près de 300 000 personnes illustre la difficulté de mesurer l’ampleur réelle d’une mobilisation aussi dispersée sur le territoire.

Qonto en flammes : quand la rue atteint la fintech

Les dégâts matériels sont considérables. L’hôtel de ville de Limoges, inauguré en 1883, a brûlé. La mairie de Marseille a été forcée et la résidence de la préfète de Gironde saccagée. À Paris, le nouveau siège de Qonto a été vandalisé puis partiellement incendié. La néobanque, spécialisée dans les comptes professionnels, avait inauguré le 24 septembre cette ancienne poste de 11 000 mètres carrés. Qonto revendique 750 000 entreprises clientes et attend toujours sa licence bancaire de l’ACPR (l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution).

Nuñez en poste : le « commandement continu » face aux critiques

Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur depuis le 12 octobre 2025 dans le gouvernement de Sébastien Lecornu, succédant à Bruno Retailleau, a présenté sa démission à Emmanuel Macron ce lundi matin. L’Élysée l’a refusée au nom de « la nécessité d’un commandement continu des forces de l’ordre ». Le communiqué présidentiel pointe également des « défaillances d’anticipation et de renseignements ».

Nuñez, né le 19 février 1964 à Bourges, dirigeait auparavant la préfecture de police de Paris depuis juillet 2022. Sur TF1 le 7 juin dernier, à propos de l’affaire Lyhanna — fillette de 11 ans dont le corps a été retrouvé à Puycasquier après sa disparition le 29 mai —, il avait déclaré :

« Cette affaire est un échec […] C’est un drame qui aurait pu être évité. Démissionner ? Je ne suis pas propriétaire de ma charge. »

Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur

Au-delà des déclarations publiques, la question du commandement des forces de l’ordre au cœur d’une crise sociale d’une telle ampleur est devenue un enjeu politique majeur, dans un contexte où les manifestations étudiantes se poursuivent depuis un mois.

Budget 2027 : le scrutin mardi et la flat tax sur les stablecoins

Mardi 20 octobre, les députés votent par scrutin solennel la partie recettes du projet de loi de finances pour 2027. La commission des finances avait rejeté ce texte le 9 octobre par 31 voix contre 3. Le budget vise un déficit de 5,0 % du PIB en 2027, contre 5,4 % en 2026. Sur ses 88 articles, la plupart concernent l’ensemble des foyers fiscaux.

Selon Bercy, le barème de l’impôt sur le revenu est revalorisé de 2,1 %, l’abattement de 10 % des retraités est plafonné à 3 000 euros contre 4 439 aujourd’hui, et la taxe sur l’assurance auto est relevée de 18 % à 18,9 %. Ces mesures, associées à la taxation des crypto, s’inscrivent dans un effort de consolidation budgétaire ambitieux.

Pour l’écosystème crypto, un seul amendement concentre l’attention : le I-3898, déposé par Nicolas Sansu (GDR, Gauche démocrate et républicaine) et adopté en séance le 16 octobre. Il soumet à la flat tax de 31,4 % la conversion d’une cryptomonnaie en stablecoin conforme à MiCA (le règlement européen sur les marchés de crypto-actifs), à compter du 1er janvier 2027. Un rejet du budget mardi ferait tomber l’ensemble du texte, comme ce fut le cas pour le budget 2026, balayé par 404 voix contre 1 le 21 novembre 2025.

La situation parlementaire est instable. Le groupe socialiste a déposé une motion de rejet préalable, et Raphaël Glucksmann, député européen, prévient :

« Si le texte ne bouge pas, il y aura censure. »

Raphaël Glucksmann, député européen

La France insoumise déposera à son tour une motion de censure en cas de recours à l’article 49.3. Roland Lescure n’écarte pas le recours aux ordonnances, possibles si le budget n’est pas adopté au 17 décembre. Le PLFSS (projet de loi de financement de la sécurité sociale) passe le 27 octobre, et le vote d’ensemble du budget est prévu le 17 novembre.

Déficit cible 20275,0 % du PIB (contre 5,4 % en 2026)
Nombre d’articles du PLF 202788
Revalorisation du barème IR+2,1 %
Plafonnement abattement retraités3 000 € (contre 4 439 €)
Taxe sur l’assurance auto18 % → 18,9 %
Flat tax crypto-stablecoin31,4 % (amendement I-3898, applicable 1er janvier 2027)
Vote des recettes du PLF20 octobre
PLFSS27 octobre
Vote d’ensemble du budget17 novembre
Dernier délai d’adoption17 décembre

OAT-Bund à 137 points : quand les marchés rendent leur verdict

Les marchés obligataires ont déjà tranché. Vendredi 16 octobre, l’OAT à dix ans (l’emprunt d’État français à dix ans) a clôturé à 4,79 %, contre 3,42 % pour le Bund allemand, soit un écart de 137,4 points de base. Le 22 septembre, cet écart n’était que de 104 points. Ce spread OAT-Bund mesure la prime de risque que les investisseurs réclament pour détenir de la dette française plutôt qu’allemande. Il a bondi de plus de 33 points de base en moins de quatre semaines, reflétant la dégradation rapide du contexte politique et budgétaire français.

MiCA : la carte de sortie des sociétés crypto

Pour les investisseurs crypto, le calcul est simple : ils prennent le pouls social d’un pays avant d’y placer leur argent. Ledger, l’un des plus grands fabricants de wallets matériels, est installé à moins de deux kilomètres du siège de Qonto. La société connaît ce risque depuis l’enlèvement de son cofondateur David Balland en janvier 2025, premier épisode d’une série de crypto-rapts qui ont marqué l’année.

Le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets), entré en vigueur progressivement depuis 2024, offre une carte de sortie aux sociétés crypto. Un agrément obtenu dans un seul État membre de l’UE suffit pour servir les 27 pays membres (principe de « passeportage »). Rien n’oblige une plateforme d’échange ou un wallet provider à garder son siège à Paris pour vendre à des clients français. Des villes comme Dublin, Lisbonne, Zurich ou Tallinn attirent déjà les acteurs du secteur par leur stabilité et leur cadre réglementaire favorable.

La combinaison d’une flat tax de 31,4 % sur les conversions crypto-stablecoin, d’un contexte social explosif et d’un spread OAT-Bund en expansion constitue un triple signal négatif pour les acteurs crypto présents en France. MiCA ne fait que faciliter ce que l’environnement français rend déjà tentant : la délocalisation.


Conclusion : trois scénarios pour la semaine décisive

La semaine qui s’ouvre sera déterminative pour l’équilibre budgétaire français et, par extension, pour le climat des investissements crypto en Europe. Trois scénarios se dessinent :

  1. Le budget passe mardi : les recettes sont adoptées, la flat tax sur les stablecoins entre en vigueur le 1er janvier 2027, et les marchés retrouvent une certaine stabilité, même si le spread OAT-Bund reste élevé.
  2. Le budget échoue : les recettes tombent avec le reste du texte, la France s’enfonce dans l’incertitude budgétaire, et le recours au 49.3 ou aux ordonnances devient probable avant le 17 décembre.
  3. La crise sociale s’amplifie : le refus de démission de Nuñez ne suffit pas à calmer la rue, les manifestations se poursuivent, et les acteurs crypto accélèrent leurs réflexions de délocalisation sous MiCA.

Dans tous les cas, les investisseurs crypto européens surveilleront trois indicateurs cette semaine : le vote mardi 20 octobre, l’évolution du spread OAT-Bund et le maintien ou non du calme dans les rues françaises. La fintech et le secteur des crypto-actifs, déjà fragilisés par une année 2025 marquée par les enlèvements, n’ont pas besoin d’un signal supplémentaire pour peser le pour et le contre de leur présence en France.

Sources

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

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