L’Australian Securities and Investments Commission (ASIC) prépare un tournant réglementaire majeur pour l’écosystème crypto australien, avec de nouvelles normes qui entreront en vigueur le 8 avril 2027 et imposeront une licence AFS aux plateformes d’échange et aux dépositaires d’actifs numériques opérant sur le territoire.
🔑 En bref
- L’ASIC impose une licence AFS aux plateformes d’actifs numériques dès le 8 avril 2027, avec période transitoire jusqu’au 7 octobre 2027.
- La Travel Rule entre en vigueur le 1er juillet 2026, sans seuil minimum de transfert.
- Plus de 140 entreprises ont déjà déposé une demande d’autorisation auprès du régulateur.
- Les sanctions pour exercice non autorisé atteignent jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires annuel.
- L’effondrement de FTX en 2022 avait privé environ 30 000 clients australiens de l’accès à leurs fonds.
Un nouveau cadre juridique pour les actifs numériques
Le Corporations Amendment (Digital Assets Framework) Act 2026, adopté par le Parlement australien et sanctionné le 8 avril 2026, introduit deux nouvelles catégories de produits financiers : les digital asset platforms (DAPs) et les tokenised custody platforms (TCPs). Cette réforme remplace l’ancien statut de « digital currency exchange » (DCE) par la terminologie internationale VASP (Virtual Asset Service Provider).
Les opérateurs de DAPs et TCPs seront soumis aux obligations générales du droit des services financiers, incluant l’obligation de licence AFS (Australian Financial Services) et la protection des consommateurs, ainsi qu’à des obligations spécifiques : normes minimales de détention d’actifs, divulgation adaptée et exigences de fonds propres. La consultation publique de l’ASIC s’achève le 27 novembre 2026 et les orientations finales sont attendues pour mars 2027.
« Notre approche repose sur le principe « même activité, même risque, même résultat réglementaire » pour aligner l’Australie sur l’approche des juridictions overseas comparables. »
Alan Kirkland, Commissioner ASIC

Selon la fiche d’information INFO 225 publiée le 29 octobre 2025, de nombreux actifs numériques couramment utilisés — stablecoins, jetons wrapped, titres tokenisés et solutions de garde — sont déjà considérés comme des produits financiers en vertu du droit existant. L’ASIC a reçu plus de 140 demandes d’entreprises cherchant à obtenir une autorisation pour fournir des services financiers liés aux actifs numériques. Les entreprises déjà en activité en Australie auront jusqu’au 7 octobre 2027 pour déposer leur demande de licence AFS et pourront continuer à exercer pendant l’examen de leur dossier.
Deux calendriers convergents : AUSTRAC et ASIC
Le paysage réglementaire australien se caractérise par deux calendriers distincts mais convergents. D’un côté, les obligations AML/CTF (Anti-Money Laundering / Counter-Terrorism Financing) et VASP de l’AUSTRAC, l’agence de renseignement financier, sont déjà largement en vigueur ou arrivent à échéance au 1er juillet 2026. De l’autre, le Digital Assets Framework de l’ASIC commence le 9 avril 2027, après une période de transition de 18 mois. La désignation historique de DCE disparaît au profit du vocabulaire VASP.
| Échéance | Obligation | Autorité |
|---|---|---|
| 31 mars 2026 | Règles AML/CTF transitoires en vigueur | AUSTRAC |
| 30 mai 2026 | Notification de l’agent de conformité désigné | AUSTRAC |
| 30 juin 2026 | Expiration de la lettre de non-action ASIC | ASIC |
| 1er juillet 2026 | Travel Rule sans seuil minimum | AUSTRAC |
| 29 juillet 2026 | Fermeture du registre VASP | AUSTRAC |
| 8 avril 2027 | Entrée en vigueur du Digital Assets Framework | ASIC |
| 7 octobre 2027 | Date limite de dépôt des demandes de licence AFS | ASIC |
| Octobre 2027 | Régime pleinement opérationnel | ASIC |
À partir du 1er juillet 2026, tout fournisseur de services financiers impliquant des produits financiers d’actifs numériques qui n’a pas déposé de demande de licence AFS sera en violation des lois sur les services financiers. L’ASIC a confirmé cette position dans un avis public du 3 mai 2026, avertissant que les sanctions civiles et pénales incluent des amendes pouvant atteindre 10 % du chiffre d’affaires annuel.
Une surveillance renforcée de l’AUSTRAC
L’AUSTRAC supervise actuellement 27 plateformes d’échange de cryptomonnaies locales et considère le secteur comme présentant un risque élevé de blanchiment d’argent. Selon un sondage sectoriel 2025, près de 31 % des adultes australiens détenaient des cryptomonnaies. Début 2025, l’agence avait envoyé des lettres « please explain » à 50 plateformes d’échange australiennes, et engagé des actions d’exécution contre 13 plateformes en 2025, notamment pour des omissions dans la divulgation des casiers judiciaires. La Travel Rule exige désormais que chaque plateforme joigne les informations d’identité de l’expéditeur et du destinataire à tous les transferts, sans seuil minimum. Certaines plateformes ont anticipé : Kraken a commencé à exiger une vérification supplémentaire sur les transferts vers des portefeuilles privés pour les clients australiens dès le 31 mars 2026. L’AUSTRAC a toutefois reporté la déclaration officielle sur les portefeuilles autogérés non vérifiés jusqu’en mars 2029.
Stablecoins, sanctions et jurisprudence Block Earner
Le Treasury Laws Amendment (Payments System Modernisation) Bill classe les stablecoins de paiement comme des « installations de valeur stockée tokenisées » sous la supervision de l’ASIC, avec intervention de l’APRA (Australian Prudential Regulation Authority) pour les émetteurs dépassant un seuil de 200 millions de dollars australiens. Cette évolution intervient dans un contexte où les stablecoins représentent désormais 84 % du volume des transactions illicites, selon le rapport Chainalysis sur la criminalité crypto 2026.
Sur le plan judiciaire, la Cour suprême a statué en juin 2026 que le produit Block Earner constituait un produit financier nécessitant une licence AFS. Pour utiliser le produit Earner, les clients transféraient des dollars australiens vers un compte bancaire Block Earner puis sélectionnaient une cryptomonnaie et un montant à investir. La Cour a estimé que le produit permettait aux clients de réaliser un investissement financier au sens de l’article 763B du Corporations Act, confortant la lecture stricte du régulateur.
En février 2026, le gouvernement australien a par ailleurs adopté de nouvelles sanctions ciblant 180 individus, entités et navires liés à la Russie, incluant pour la première fois des entreprises liées aux cryptomonnaies facilitant les paiements transfrontaliers au profit des opérations militaires russes. Ces sanctions, imposées en vertu de l’Autonomous Sanctions Act 2011, s’appliquent à tous, pas seulement aux entités réglementées.
Un potentiel économique de 24 milliards AUD
Au-delà de l’angle strictement réglementaire, le DFCRC (Digital Finance Cooperative Research Centre) australien a publié un rapport de 166 pages estimant que l’Australie pourrait réaliser un gain annuel de 24 milliards de dollars australiens si elle embrasse l’innovation dans la finance numérique à grande échelle, soit environ 1 % du PIB national. Le rapport souligne que la clarté réglementaire constitue un prérequis à l’émergence de cette valeur.
L’AUSTRAC a également renforcé son arsenal : mi-mars 2026, une législation a été présentée au Parlement pour étendre les pouvoirs de l’agence, permettant au CEO de l’AUSTRAC de restreindre ou interdire les produits, services ou canaux à haut risque dans un secteur entier. Cette disposition pourrait notamment être utilisée pour empêcher l’échange d’argent contre des actifs virtuels via les guichets automatiques de cryptomonnaies, déjà soumis à des normes strictes incluant une limite de 5 000 dollars australiens pour les dépôts et retraits en espèces et des obligations renforcées de vérification client.
Conclusion : un test de crédibilité pour la régulation australienne
L’ASIC joue sa crédibilité sur la transition de 2027. Plus de 140 demandes de licence AFS sont déjà en cours d’examen et l’écosystème devra démontrer sa capacité à respecter des normes de protection des clients et de transparence opérationnelle comparables à celles des juridictions européennes et singapouriennes. Les prochains mois — clôture de la consultation le 27 novembre 2026, publication des orientations finales en mars 2027, entrée en vigueur le 8 avril 2027 — constitueront une fenêtre critique pour les acteurs en place, dans un pays où environ 31 % des adultes détiennent déjà des cryptomonnaies.
Pour les investisseurs, l’enjeu est double : bénéficier d’un cadre plus protecteur après les traumatismes FTX et Cryptopia, tout en évitant une surrégulation qui étoufferait l’innovation. Le rapport du DFCRC suggère que l’équilibre penche vers l’opportunité : 24 milliards AUD de valeur annuelle potentielle restent à capter, à condition que la mise en œuvre opérationnelle d’ici octobre 2027 soit à la hauteur des annonces.
Sources
- CoinDesk – Australia financial watchdog crypto exchange rules
- Chainalysis – Australia crypto crossroads 2026
- Piper Alderman – Blockchain Bites
- The Modern Regulator – Digital asset AFS licence deadline
- Yahoo Finance – Australia follows Europe July 1 deadline
- Corrs – Cryptocurrency regulation in Australia
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

