Les États-Unis sanctionnent Xinbi et bloquent 52 M$ en cryptomonnaies

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Le département de la Justice américain et l’OFAC ont coordonné une opération d’envergure contre Xinbi Guarantee, marché de la fraude en ligne actif en Asie du Sud-Est. Deux portefeuilles ont été saisis, 47 autres sont visés par des demandes de gel, pour un total supérieur à 52 millions de dollars en cryptomonnaies.

🔑 En bref

  • L’OFAC désigne Xinbi Guarantee comme organisation criminelle transnationale majeure et sanctionne simultanément SafeW Technology et Anwen Technology.
  • Deux portefeuilles utilisés pour la collecte des paiements ont été saisis, contenant environ 12 millions de dollars en actifs numériques.
  • 47 portefeuilles supplémentaires font l’objet de demandes de gel, portant le total affecté au-delà de 52 millions de dollars.
  • Le Trésor estime que Xinbi a traité plus de 24 milliards de dollars en crypto-actifs et fiat depuis 2022, principalement en Asie du Sud-Est.
  • Tether a coopéré à l’enquête en aidant à tracer les flux, selon le département de la Justice.

Une opération coordonnée contre l’infrastructure de la fraude

Le département de la Justice américain (DOJ), par l’intermédiaire de sa Scam Center Strike Force, et l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du Trésor ont agi simultanément pour démanteler l’infrastructure financière et de communication du marché de la fraude Xinbi Guarantee. Le tribunal de district du District of Columbia a autorisé, le 7 septembre, la saisie des chaînes Telegram hébergeant la place de marché.

Selon le mandat, les vendeurs présents sur ces canaux proposaient des services de blanchiment d’argent, la création de sites d’investissement frauduleux personnalisés et le recrutement de personnel pour des centres d’arnaques à grande échelle en Asie du Sud-Est. La saisie des chaînes Telegram coupe ainsi l’un des principaux vecteurs de communication et de recrutement de l’organisation.

L’OFAC a désigné Xinbi comme « organisation criminelle transnationale majeure », ce qui emporte le blocage de tous ses biens présents sur le territoire américain et l’interdiction, pour toute personne américaine, de réaliser des transactions avec l’entité ou ses représentants.

Deux prestataires technologiques dans le viseur

L’action ne vise pas uniquement Xinbi. Le Trésor a également sanctionné SafeW Technology, société basée à Singapour qui exploite une application de messagerie chiffrée, et Anwen Technology, basée au Cambodge, accusée d’avoir développé XinbiPay (également connu sous le nom de NewPay), portefeuille de crypto-actifs et application de paiement utilisés par le marché.

Selon le Trésor, Xinbi a commencé à migrer ses réseaux de marchands et de blanchiment vers l’application de SafeW vers juin 2025, à mesure que la pression des forces de l’ordre s’intensifiait. Ce déplacement opportuniste vers des outils de communication alternatifs explique pourquoi les autorités américaines ont choisi de sanctionner simultanément l’opérateur de messagerie, pour couper les rails de communication avant qu’ils ne soient réinvestis ailleurs.

Volumes traités : un écosystème à l’échelle industrielle

L’ampleur des sanctions reflète l’ampleur des flux. Le département du Trésor estime que Xinbi a traité plus de 24 milliards de dollars en crypto-actifs et en monnaie fiduciaire depuis environ 2022, majoritairement en provenance et à destination de l’Asie du Sud-Est. Ari Redbord, responsable mondial de la politique chez TRM Labs, chiffre la circulation à plus de 36 milliards de dollars depuis la chute du marché Huione, qui constituait jusqu’alors la principale place de marché de la fraude en ligne.

« L’OFAC a sanctionné Xinbi pour une bonne raison. Quand Huione est tombé, Xinbi est devenu la couche d’escrow et de conversion de fonds par défaut pour les centres d’arnaques d’Asie du Sud-Est et l’a fait à l’échelle industrielle, déplaçant plus de 36 milliards de dollars américains. »

Ari Redbord, Responsable mondial de la politique, TRM Labs

La plateforme aurait également été utilisée par des pirates informatiques nord-coréens et par des entités liées au Prince Group, déjà sous sanctions. Ce maillage avec d’autres réseaux désignés illustre la convergence entre la cybercriminalité étatique, les escroqueries de type « pig butchering » (arnaques sentimentales à long terme) et les services financiers crypto-natifs, une hybridation qui complique fortement le travail des enquêteurs.

Détail des avoirs saisis et visés par le gel

Le DOJ a procédé à la saisie de deux portefeuilles spécifiques utilisés par Xinbi pour collecter les paiements des vendeurs. Le département cherche désormais à faire geler 47 adresses supplémentaires, identifiées au fil de l’enquête. En agrégeant les deux saisies et les demandes de gel, le total des fonds affectés dépasse 52 millions de dollars.

CatégorieDétail
Portefeuilles saisis (DOJ)2 adresses, environ 12 M$
Portefeuilles visés (demande de gel)47 adresses supplémentaires
Total affecté> 52 M$ en cryptomonnaies
Estimation Treasury depuis 2022> 24 milliards de dollars traités
Estimation TRM Labs depuis la chute de Huione> 36 milliards de dollars déplacés

Le DOJ a par ailleurs crédité l’émetteur de stablecoins Tether pour sa coopération dans la traçabilité des flux et l’identification des adresses impliquées, illustrant le rôle croissant des émetteurs de stablecoins dans les enquêtes sur la criminalité financière, alors que le USDT reste l’un des principaux rails de valeur utilisés par les réseaux d’arnaques.

Une évolution stratégique : cibler l’infrastructure, pas les individus

Cette action s’inscrit dans une série d’opérations récentes visant délibérément l’infrastructure technique et financière de la fraude en crypto-actifs plutôt que les opérateurs individuels. Sanctionner les fournisseurs de messagerie, les développeurs de portefeuilles et les services de paiement revient à tarir les outils dont dépendent les réseaux criminels, plutôt que de jouer au jeu du chat et de la souris avec des comptes jetables.

Le précédent britannique renforce cette logique. Le 26 mars, le Royaume-Uni a imposé ses propres sanctions contre Xinbi, gelant les actifs liés à la plateforme sur son territoire et interdisant l’accès aux réseaux financiers, commerciaux et de transport britanniques. La convergence transatlantique des régimes de sanctions complique considérablement les points de sortie fiat pour les escrocs et réduit les refuges juridictionnels disponibles.

Pour les enquêteurs blockchain et les équipes de conformité des plateformes, la désignation fournit également un signal opérationnel clair : toute interaction avec les adresses associées expose les entités américaines à des risques de sanctions secondaires, ce qui pousse les exchanges à durcir leurs procédures de screening (filtrage automatisé des adresses).


Conclusion : une pression coordonnée sur les rails de l’arnaque

L’opération contre Xinbi illustre la maturation des stratégies d’application contre la criminalité crypto-native. En combinant saisies pénales, désignations OFAC et sanctions britanniques, les autorités américaines et leurs alliés s’attaquent simultanément aux couches de communication (Telegram, SafeW), aux outils de paiement (XinbiPay) et aux couches d’escrow et de conversion en fiat, ce qu’aucune intervention isolée ne permettait jusqu’ici.

Les scénarios à court terme restent ouverts : Xinbi pourrait migrer vers de nouveaux canaux de messagerie et prestataires techniques, comme elle l’a déjà fait en 2025 avec SafeW, ce qui laisse augurer un cycle d’adaptation permanent. La pression réglementaire pourrait néanmoins éroder sa base de vendeurs et compliquer ses conversions fiat, ralentissant progressivement les flux. Pour les investisseurs, les plateformes et les émetteurs, la leçon opérationnelle est claire : le suivi systématique des listes de sanctions OFAC et des désignations britanniques devient un prérequis de conformité non négociable, y compris pour les acteurs les plus isolés du système financier traditionnel.

Sources

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

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