Better Mortgage et Coinbase ont généralisé le 26 août 2025 leur hypothèque adossée au bitcoin, un produit atypique qui permet d’utiliser ses avoirs en BTC comme apport sans subir d’appels de marge. La structure à deux prêts conformes à Fannie Mae divise les observateurs entre enthousiasme industriel et critiques réglementaires venues de Washington.
🔑 En bref
- Lancement en partenariat exclusif entre Better Mortgage et Coinbase, réservé aux résidents américains
- Structure à deux prêts conformes aux directives de Fannie Mae : une hypothèque sur la propriété, une garantie par le BTC
- Ratio de collatéralisation exigé : 250 % (2,50 USD de bitcoin par dollar emprunté)
- Aucun appel de marge automatique en cas de baisse du BTC ; liquidation déclenchée après 60 jours d’impayés
- Volume de pré-demandes : 360 M$ contre 260 M$ projetés sur la liste d’attente
Une structure à deux prêts conformes Fannie Mae
Le produit combine deux prêts émis simultanément à la clôture. Le premier est une hypothèque standard conforme aux directives de Fannie Mae, garantie par la propriété elle-même. Le second, garanti à la fois par le bitcoin de l’emprunteur et par une deuxième hypothèque sur le même bien, finance l’apport en liquidités. Les deux prêts partagent le même taux d’intérêt et le même terme d’amortissement, ce qui permet à l’emprunteur d’effectuer un seul paiement mensuel combiné.
Better exige un ratio de collatéralisation de 250 %. Concrètement, un acheteur d’un bien à 500 000 USD doit engager 250 000 USD de bitcoin pour couvrir un apport de 100 000 USD. À la clôture, le BTC est transféré du compte Coinbase de l’emprunteur vers le compte de garde de Better sur Coinbase Prime, où il reste jusqu’au remboursement intégral ou au refinancement.
Contrairement à la majorité des prêts adossés aux cryptomonnaies, la détention de bitcoin ne modifie pas les conditions d’éligibilité à la première hypothèque. Better l’a confirmé explicitement : « rien dans le produit ne convertit les avoirs crypto en revenu qualifiant ni ne renonce aux seuils de ratio d’endettement ou de crédit ». Le prêt BTC ne résout que le problème de liquidités pour l’apport.

Pas d’appel de marge, mais une réhypothécation assumée
Le dispositif se distingue surtout par l’absence d’appels de marge sur le bitcoin. Une baisse du cours du BTC n’oblige pas l’emprunteur à fournir des garanties supplémentaires et n’altère pas les conditions du prêt. La liquidité du collatéral n’est déclenchée qu’après 60 jours de retard sur les paiements, après notification formelle. Better s’engage alors à ne vendre que la quantité strictement nécessaire pour rembourser la dette et remettre le compte à jour.
La saisie du bien immobilier peut intervenir après 180 jours de retard, conformément aux règles Fannie Mae. Better doit d’abord procéder à la vente du bitcoin, mais des recours bancaires standards peuvent s’appliquer si un déficit subsiste après la liquidation des garanties. Cette séquence protège mécaniquement les emprunteurs disciplinés des secousses de marché, au prix d’une exposition prolongée à la volatilité.
Better a en outre révélé qu’il peut réutiliser le bitcoin engagé via la réhypothécation, à condition de maintenir une quantité équivalente disponible pour restitution. L’emprunteur se voit donc promettre une quantité équivalente de BTC à l’échéance, sans garantie que les pièces originales restent intactes pendant la durée du prêt. Better n’a pas précisé si chaque lot de bitcoin reste individuellement identifiable, ni qui détient le titre juridique après réhypothécation.
« Rien dans le produit ne convertit les avoirs crypto en revenu qualifiant ni ne renonce aux seuils de ratio d’endettement ou de crédit. Le prêt bitcoin ne résout que le problème de liquidités pour l’apport. »
Better Mortgage, réponses écrites à CoinDesk
Réception contrastée entre enthousiasme et critiques
Les défenseurs du produit soulignent sa conformité réglementaire et son effet positif sur la liquidité des détenteurs de BTC. Tom Lee, analyste crypto reconnu, s’est contenté d’écrire « c’est bien » sur X. Ben Shen, responsable des services financiers chez Coinbase, a estimé que la structure rendrait les cryptomonnaies « plus utiles et plus puissantes dans le monde réel ». Le premier client, identifié comme Joe, a résumé : « nous avons clos sur notre maison et notre bitcoin est resté intact ».
Les critiques ont été nettement plus tranchées. Tom Dunleavy a qualifié l’offre d’« idée absolument TERRIBLE », estimant que le financement de l’apport change le profil de risque de l’emprunteur : un effondrement prolongé du BTC pourrait contraindre à vendre la propriété pour couvrir la dette. Sean Tuffy, expert en réglementation financière, a parlé à DL News de « pas vraiment une hypothèque bitcoin » mais de « un peu d’ingénierie financière ». Alys Cohen (National Consumer Law Center) et Corey Frayer (Consumer Federation of America) ont comparé la structure aux prêts « piggyback » de la crise des subprimes.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Ratio de collatéralisation minimum | 250 % |
| Délai avant liquidation du BTC | 60 jours d’impayés |
| Délai avant saisie immobilière | 180 jours d’impayés |
| Volume de pré-demandes enregistrées | 360 M$ |
| Volume projeté sur liste d’attente | 260 M$ |
| Candidats détenant > 500 000 USD en crypto | 35,9 % |
| Candidats prévoyant d’acheter sous 3 mois | 38 % |
Pression politique et élargissement prévu
En avril 2026, sept sénateurs américains, dont Elizabeth Warren, Dick Durbin et Bernie Sanders, ont demandé aux régulateurs fédéraux de bloquer Fannie Mae d’accepter ces produits. Ils soutiennent que la structure à deux prêts pourrait augmenter les coûts d’emprunt, affaiblir l’incitation à continuer de payer si le BTC et les fonds propres baissent simultanément, et exposer les contribuables à des pertes en cas de défaut massif.
Pour les emprunteurs, l’offre reste limitée aux résidents américains disposant d’un compte Coinbase vérifié et détenant assez de BTC. Les membres de Coinbase One approuvés peuvent recevoir un crédit de frais de clôture équivalent à 1 % du montant de l’hypothèque, plafonné à 10 000 USD, payé par Better. Ils peuvent aussi gagner des récompenses sur l’USDC engagé pour compenser les mensualités. Seul le bitcoin est aujourd’hui accepté : l’USDC, initialement annoncé, a été différé pour permettre aux partenaires d’évaluer d’autres garanties. Better et Coinbase prévoient d’élargir les actifs éligibles aux actions tokenisées, aux titres à revenu fixe et à d’autres actifs immobiliers tokenisés.
Conclusion : un test grandeur nature pour le crédit hypothécaire adossé au BTC
Le lancement effectif du produit Better/Coinbase transforme l’idée d’hypothèque adossée au bitcoin en test grandeur nature. Le ratio de collatéralisation de 250 %, l’absence d’appels de marge et la conformité Fannie Mae réduisent le risque immédiat pour l’emprunteur, mais la réhypothécation, les zones grises juridiques sur la traçabilité des BTC et la pression sénatoriale maintiennent un risque systémique latent. La trajectoire du cours du bitcoin, l’évolution réglementaire de Fannie Mae et la possibilité d’élargissement à d’autres actifs détermineront si ce produit reste une niche haut de gamme ou devient un canal de financement immobilier structurel pour la prochaine génération de détenteurs de crypto.
Sources
- CoinDesk
- Coinbase Help
- Yahoo Finance
- National Mortgage Professional
- Better
- Consumer Finance Insights
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

