Austan Goolsbee, président de la Federal Reserve Bank of Chicago depuis 2023, livre une analyse nuancée de l’économie américaine en 2026. Entre inflation tenace, tarifs douaniers et IA, les défis pour la politique monétaire restent considérables.
🔑 En bref
- L’inflation américaine reste au-dessus de l’objectif de 2 % de la Fed depuis près de six ans, avec un CPI à 3,5 % en juin 2026
- Les tarifs douaniers et le conflit au Moyen-Orient alimentent des pressions inflationnistes persistantes plutôt que ponctuelles
- La consommation américaine demeure le pilier de la stabilité économique, mais reste vulnérable à un retournement
- Kevin Warsh, nouveau président de la Fed, a abandonné la forward guidance et lancé cinq groupes de travail de réforme
Inflation : entre éclaircie et prudence
Austan Goolsbee, 55 ans, ancien président du Council of Economic Advisers sous Barack Obama (2009-2011), siège au FOMC sans droit de vote cette année — un droit qu’il retrouvera en 2027. Lors d’une interview accordée à PBS le 15 juillet 2026, il a déclaré : « Vous ne voulez jamais tirer trop de conclusions d’un seul chiffre. Vous voulez plusieurs mois avant de parler de tendance. » L’inflation a « pris le mauvais chemin » pendant plusieurs mois consécutifs, mais les dernières données sont encourageantes.
« Vous ne voulez jamais tirer trop de conclusions d’un seul chiffre. Vous voulez plusieurs mois avant de parler de tendance. »
Austan Goolsbee, président de la Fed de Chicago, PBS, 15 juillet 2026

Le contexte de cette inflation prolongée est significatif. Comme Goolsbee l’a expliqué dans l’émission Rapid Response de Masters of Scale : « Nous approchons de six ans au-dessus de l’objectif officiel d’inflation de 2 %. » L’inflation a donc persisté bien au-delà de l’objectif fixé par la Fed, une situation qui rend la politique monétaire d’autant plus complexe. Le taux d’inflation annuel pour l’ensemble des biens et services a reculé à 3,5 % en juin 2026, contre des niveaux plus élevés les mois précédents. L’inflation sous-jacente, excluant l’alimentation et l’énergie, se situait à 3 % selon les mêmes données.
Tarifs douaniers et conflit au Moyen-Orient
Deux facteurs principaux alimentent les pressions inflationnistes selon Goolsbee : les tarifs douaniers et la guerre au Moyen-Orient, notamment le conflit avec l’Iran. Il a décrit une situation où ces chocs se superposent plutôt que de rester ponctuels : « Les tarifs sont censés avoir un impact unique sur les prix. Mais c’est seulement vrai si c’est un seul acte, pas si vous continuez à en ajouter. » Le conflit avec l’Iran a contribué à la hausse des prix énergétiques, créant une situation où les ménages font face à plusieurs chocs simultanément.
« Tout le monde qui conduit une voiture regarde par la fenêtre et voit ce qui se passe avec l’inflation, surtout sur l’énergie et les prix de l’essence. C’était censé disparaître, ça commençait à disparaître, puis vous ajoutez ces incertitudes et le conflit reprend. Je pense que c’est en partie pourquoi la confiance des consommateurs est aussi affaiblie. »
Austan Goolsbee, PBS, juillet 2026
Risque de désancrage des attentes
L’un des dangers majeurs que Goolsbee identifie est le risque que les anticipations d’inflation deviennent auto-réalisatrices. Il a mis en garde : « Si les gens deviennent convaincus que l’inflation va rester avec eux pendant une longue période, le travail de la Fed devient 100 fois plus difficile. » Ce phénomène, qu’il qualifie de désancrage des attentes d’inflation, pourrait créer une spirale où les ménages exigent des salaires plus élevés pour compenser la hausse des prix, incitant les entreprises à augmenter leurs tarifs à leur tour.
Marché du travail : un paysage paradoxal
Le marché du travail américain présente des caractéristiques inhabituelles selon Goolsbee. Dans le Midwest (Illinois, Indiana, Iowa, Michigan et Wisconsin), les indicateurs envoient des signaux contradictoires : « Le taux d’embauche est extrêmement bas, aussi bas que ce qui correspond normalement à une récession. Mais le taux de licenciements est également extrêmement bas, ce qui correspond normalement à l’apogée d’un boom. » Goolsbee a expliqué ce phénomène par l’incertitude qui pèse sur les entreprises : elles hésitent à embaucher de nouveaux employés par crainte d’un retournement de situation, tout en hésitant également à licencier des travailleurs qu’il leur a été difficile de recruter.
| Indicateur | Signal actuel | Interprétation habituelle |
|---|---|---|
| Taux d’embauche | Extrêmement bas | Récession |
| Taux de licenciements | Extrêmement bas | Boom économique |
La consommation comme pilier de l’économie
Malgré ces incertitudes, Goolsbee considère la consommation américaine comme le principal facteur de stabilité économique. Il a déclaré à Fortune : « Ce qui a maintenu l’économie solide et stable, c’est la dépense des consommateurs tenace et مستمرة. » Cependant, il reste vigilant : « Si nous assistons à un accroc dans la dépense des consommateurs, pour moi, c’est le plus grand risque pour la stabilité et la croissance continues. »
« Ce qui a maintenu l’économie solide et stable, c’est la dépense des consommateurs tenace et continue. Si nous assistons à un accroc, c’est le plus grand risque pour la stabilité et la croissance continues. »
Austan Goolsbee, Fortune, septembre 2026
Dans le 7e district de la Fed de Chicago, Goolsbee observe que les préoccupations concernent principalement le coût de la vie : « La première chose que j’entends, c’est l’accessibilité, les coûts. Si je parle aux entreprises, elles disent que leurs coûts d’intrants ont considérablement augmenté. Si vous parlez aux agriculteurs, ils disent qu’ils sont pris en tenaille des deux côtés. »
Intelligence artificielle : entre productivité et surchauffe
Concernant l’intelligence artificielle, Goolsbee adopte une position nuancée, qu’il qualifie lui-même de « optimiste sombre ». Il a expliqué à Masters of Scale : « Si la productivité se matérialise de manière inattendue, l’inflation baisse et les taux peuvent baisser. Mais plus c’est attendu et plus il y a d’enthousiasme, plus cela conduit à une surchauffe classique à court terme, parce que les valorisations boursières montent, les entreprises lancent des investissements massifs en capital ici et maintenant. »
Il a également tourné en dérision les prédictions passées des technologues : « J’aimerais qu’ils au moins reconnaissent que ces dix ou quinze dernières années, ils ont déclaré que de nombreuses technologies allaient totalement changer le monde et déplacer des millions d’emplois, et nous attendons toujours que cela se produise, que ce soit les véhicules autonomes, les NFT ou la blockchain. » L’expansion des centres de données liés à l’IA inquiète Goolsbee pour ses effets d’entraînement sur l’économie : « L’expansion des centres de données est très chaude, mais elle repousse largement d’autres pans de l’économie. La hausse marche sur les autres — ils se disputent les ressources. Quand je fais le tour du 7e district, les gens disent qu’ils doivent réduire leurs projets parce que les ouvriers du bâtiment sont trop chers, qu’on ne peut pas avoir de climatisation. Cela implique un rééquilibrage sectoriel, différent d’une surchauffe globale, mais nous n’en sommes pas loin. »
Nouvelle direction à la Fed et changements de communication
Kevin Warsh a été confirmé comme nouveau président de la Fed par le Congrès en mai 2026. Goolsbee a souligné sa collaboration passée avec Warsh lors de la crise financière mondiale de 2009-2011 : « J’ai vu ses actions dans un moment de réel stress pour l’économie. Il était vraiment posé, donc je suis optimiste. » Il a qualifié Warsh de « type sérieux » dans une interview à CNBC le 25 juin 2026, ajoutant : « Il arrive avec de nouvelles idées. Vous avez vu lors de sa conférence de presse qu’il a un style différent. »
« Chaque fois que la banque centrale dit : « Nous pensons que nous allons faire X », vous ne savez pas quelles seront les conditions quand viendra le moment de cette circonstance. Et si vous finissez par ne pas le faire, le marché et le public disent : « Ils nous ont fait une promesse et ils ne l’ont pas tenue », donc votre crédibilité en prend un coup. »
Austan Goolsbee, CNBC, juin 2026
L’un des changements majeurs initiés par Warsh est l’abandon de la « forward guidance », cette pratique qui consistait à indiquer à l’avance les probables orientations futures des taux. Goolsbee a exprimé son soutien à cette décision. Warsh a également lancé cinq groupes de travail pour réformer la politique monétaire, couvrant des sujets allant de la mesure de l’inflation à l’impact de l’intelligence artificielle sur le marché du travail. Goolsbee a commenté : « C’est utile d’avoir quelques nouvelles réflexions. Mettons en place une discussion sur la réforme de la manière dont la Fed fait des affaires. »
Conclusion
Pour Goolsbee, le principal risque pour l’économie américaine réside dans un éventuel ralentissement de la consommation. Il a exhorté à revenir aux indicateurs économiques traditionnels : « Ce que j’aimerais, c’est revenir à ce qui, selon moi, a rendu l’économie stable et croissante — malgré une série de chocs assez intenses — c’est la dépense des consommateurs tenace et continue. » Lors de la réunion du FOMC en juillet 2026, Goolsbee s’est dit confortable avec le maintien du taux directeur à son niveau actuel, se fondant sur l’amélioration des données inflationnistes récentes (IPC global en baisse de 0,4 % en juin, stable à +0,1 % en juillet). Les marchés tablaient fin juin sur une probabilité d’environ 30 % d’une hausse des taux en septembre, selon l’outil FedWatch du CME Group. La réunion de Jackson Hole, dans le Wyoming, organisée par la Fed de Kansas City, constitue le prochain rendez-vous majeur pour les banquiers centraux du monde entier. Goolsbee l’a décrite comme « pas une réunion du FOMC où nous prenons des décisions, mais il y a beaucoup d’apprentissage. Ils amènent des experts de haut niveau qui présentent des articles sur divers sujets. » Le comité FOMC, composé de 12 présidents de Fed régionales et de sept membres nommés par le pouvoir politique avec des mandats de 14 ans, est conçu pour fonctionner malgré les incertitudes. Goolsbee a expliqué : « Dans chaque arène, nous essayons toujours de prendre des décisions sous pression temporelle et sans information complète, et c’est vrai aussi à la Fed. Et c’est pourquoi je pense vraiment que ce caractère du comité apporte une diversité de perspectives, ce qui est important dans des périodes d’autant d’incertitude. »
Sources
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.


