Les marchés asiatiques ont dévissé mardi, pilotés par les semi-conducteurs après la révélation d’un projet de garantie de 250 milliards de dollars entre Nvidia et OpenAI pour des data centers. Le KOSPI a décroché de plus de 8%, le Nikkei a reculé de 4%, les opérateurs guettant désormais la réunion de la Fed.
🔑 En bref
- L’indice sud-coréen KOSPI a plongé de plus de 8%, déclenchant un coupe-circuit automatique et atteignant son plus bas en trois mois.
- Le Nikkei japonais a reculé de 4%, après une baisse de 2,2% du Philadelphia Semiconductor Index aux États-Unis.
- Nvidia a perdu 5% en pré-marché sur des informations du Wall Street Journal évoquant un montage à 250 milliards de dollars avec OpenAI.
- SK Hynix -11%, Samsung Electronics -9%, Kioxia -18%, Tokyo Electron -9,8% : la débâcle touche l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.
- Le Brent à 87,55 dollars prolonge sa baisse de 9%, tandis que les marchés parient à 38% sur une hausse de 25 pb de la Fed mercredi.
Le méga-contrat Nvidia-OpenAI qui électrise Wall Street… puis l’Asie
Tout est parti d’un article du Wall Street Journal : Nvidia serait en discussions avancées pour apporter environ 250 milliards de dollars de garanties de financement à OpenAI, dans le cadre d’un vaste projet de centres de données dédiés à l’intelligence artificielle. Une annonce qui a pris de court les opérateurs : non seulement le montant est exceptionnel, mais il soulève aussi la question du modèle économique derrière ces investissements massifs dans les infrastructures de calcul.

L’action Nvidia a immédiatement reculé de 5% dans les échanges hors séance aux États-Unis, entraînant dans son sillage le Philadelphia Semiconductor Index (-2,2%). Ce repli a ouvert la voie à une cascade de pertes en Asie, où la Corée du Sud et le Japon concentrent une part essentielle de la production mondiale de puces mémoire et d’équipements de fabrication.
« Il y a clairement un sentiment d’optimisme croissant sur les marchés continentaux chinois concernant la capacité du pays à construire un écosystème d’intelligence artificielle compétitif à l’échelle mondiale. »
Chris Weston, responsable de la recherche chez Pepperstone
Asie du Nord-Est : la débandade des semi-conducteurs
La Corée du Sud a payé le plus lourd tribut. Le KOSPI a dévissé de plus de 8% en séance, un mouvement suffisamment violent pour déclencher un coupe-circuit automatique — un mécanisme de protection qui suspend brièvement les cotations. Le pays, hôte de SK Hynix et Samsung Electronics, piliers mondiaux de la mémoire DRAM et NAND, a vu ses fleurons trébucher.
| Société | Bourse | Variation |
|---|---|---|
| SK Hynix | KRX (Séoul) | -11% |
| Samsung Electronics | KRX (Séoul) | -9% |
| Kioxia | TSE (Tokyo) | -18% |
| Tokyo Electron | TSE (Tokyo) | -9,8% |
| ASML | AEX (Amsterdam) | -8,5% |
Le tableau est sans appel : la panique s’est propagée à toute la chaîne de valeur, des fabricants de mémoire aux équipementiers en passant par les spécialistes de la lithographie. ASML, dont les machines de gravure EUV (ultraviolet extrême) sont uniques au monde, a cédé 8,5% à Amsterdam après l’annonce d’une percée technologique chinoise.
Pétrole, Fed et dollar : trois vents contraires
La baisse des cours du brut, qui se voulait un soutien, n’a finalement pas rassuré les marchés. Le baril de Brent a prolongé son repli de près de 9% lundi pour s’établir à 87,55 dollars, après l’accalmie entre les États-Unis et l’Iran. Le président Donald Trump a déclaré lundi que Washington menait « de bonnes négociations » avec Téhéran et qu’un accord était envisageable. Malgré ce reflux pétrolier, le rendement du bon du Trésor américain à 10 ans n’a cédé que quatre points de base, à 4,64%, signe que la prudence domine.
Les contrats à terme sur les Fed funds intègrent désormais une probabilité d’environ 38% que la Réserve fédérale relève ses taux directeurs de 25 points de base dès mercredi. Un tel scénario, hawkish (restrictif) en pleine correction tech, serait un nouveau coup dur pour les valeurs de croissance déjà sous pression.
« Nous prévoyons que la Fed, cette semaine, souhaitera adopter un biais restrictif. La guerre entre les États-Unis et l’Iran, en propulsant le prix du pétrole brut, reste le déterminant le plus important de ce qui va se passer dans l’économie mondiale au cours des prochains mois. »
Thierry Wizman, stratège devises et taux chez Macquarie Group
Sur le front des changes, le dollar est resté ferme : l’euro a reculé sous 1,14 dollar, à 1,1370, et le dollar australien a flirté avec les 70 cents. Le yen, lui, s’échangeait à 163,78 pour un dollar, à peine au-dessus d’un creux de quatre décennies. La Banque du Japon doit se prononcer cette semaine et un statu quo trop accommodant risquerait de relancer la glissade du yen — et, avec elle, une intervention verbale, voire directe, des autorités japonaises.
CXMT et la riposte chinoise : un signal d’alarme pour l’Occident
Au milieu du marasme, un événement a cristallisé l’attention : l’envolée de 466% de CXMT Corp lors de son premier jour de cotation à Shanghai. Ce spécialiste chinois de la mémoire DRAM a brièvement pesé plusieurs dizaines de milliards de dollars avant de retomber de 7% en début de séance mardi. Un parcours chaotique qui illustre la fièvre acheteuse des investisseurs pour tout ce qui touche à la souveraineté technologique chinoise.
La nouvelle est tombée le même jour : selon The Information, la Chine a commencé à produire localement des machines de lithographie DUV (ultraviolet profond) à immersion, un segment jusqu’ici dominé par ASML. Si la production à grande échelle se confirme, c’est toute la chaîne de valeur occidentale — équipements, mémoire, fonderie — qui devra repenser son pricing power.
Conclusion : un tournant pour le cycle IA ?
La séance de mardi marque un possible point d’inflexion. Jusqu’ici, le boom de l’IA avait surtout profité aux équipementiers et aux fabricants de mémoire : les résultats trimestriels records de Nvidia et l’envolée des commandes de HBM (mémoire à bande passante élevée) pour les GPU avaient entretenu une hausse quasi linéaire des valorisations. La révélation du montage Nvidia-OpenAI rappelle brutalement que ces projets supposent des engagements financiers considérables, et que le retour sur investissement reste débattu.
Les regards se tournent désormais vers trois rendez-vous : la décision de la Fed mercredi, la publication des résultats Nvidia dans les semaines à venir, et la trajectoire des semi-conducteurs chinois. Si Pékin parvient à produire en masse des équipements DUV avancés, la pression concurrentielle sur ASML, mais aussi sur Samsung et SK Hynix, s’intensifiera. À l’inverse, une Fed dovish ou des clarifications sur la rentabilité des data centers IA pourraient apaiser les opérateurs. D’ici là, la volatilité reste le maître-mot.
Sources
- TradingView / Reuters — AI anxiety sparks tech rout, broad selloff in Asian markets
- Euronext — AI anxiety sparks tech rout
- MarketScreener — AI anxiety sparks tech rout
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

