Les régulateurs, politiciens, banques et blockchains ont tous attiré l’attention aujourd’hui, offrant à la crypto une soirée où tout semble se passer en même temps.
Commençons par Washington, où les régulateurs agissent finalement comme si la crypto allait rester, même s’ils ne s’accordent pas encore sur les règles. La CFTC, sous la direction du président Mike Selig, a lancé un comité consultatif sur l’innovation renforcé, composé de 35 membres, principalement des dirigeants de la crypto et de la finance. L’objectif : obtenir des retours concrets sur l’IA, la blockchain et les actifs numériques pour éviter que les futures règles américaines soient écrites en vase clos. Pour des réseaux comme XRP, ce type d’engagement structuré pourrait signifier moins de surprises en matière de sanctions et une politique plus prévisible.
De son côté, la SEC, dirigée par Paul Atkins, cherche la clarté — littéralement. L’agence travaille sur des directives pour la taxonomie des tokens, afin de définir ce qui est une sécurité ou non. Mais Atkins reste clair : la véritable certitude réglementaire dépendra du Congrès. Le cadre proposé, CLARITY, vise à moderniser les règles sur les actifs numériques, mais il est coincé dans le brouillard du Sénat. Jusqu’à ce que les législateurs se prononcent, la SEC et la CFTC ne peuvent que faire peu pour favoriser une participation plus large des institutions sans empiéter l’une sur l’autre.
Par ailleurs, l’humeur du marché est aussi influencée par le secteur traditionnel (TradFi). Standard Chartered a encore revu à la baisse ses objectifs de prix pour le Bitcoin (BTC) et l’Ethereum (ETH) pour 2026, évoquant des sorties de fonds ETF, un contexte macroéconomique incertain, des espoirs faibles de réductions rapides des taux par la Fed, et une tendance générale au recul du risque. Le ton n’est pas franchement optimiste, ce qui pèse sur le sentiment des investisseurs à long terme.
Cependant, le macroéconomique a offert à la crypto un petit succès : l’IPC américain a chuté à 2,4 %, son niveau le plus bas depuis quatre ans, relançant les attentes d’une baisse des taux par la Fed, plutôt que de simples déclarations. Les actifs à risque ont appréciée cette idée. Le Bitcoin (BTC) s’est maintenu voire renforcé, et les marchés actions ont rebondi. Sous le capot, le marché des dérivés envoie un signal mitigé : le levier a été réduit, diminuant ainsi les risques de liquidation, mais les traders d’options payent encore une prime pour une protection à court terme contre la baisse. De l’optimisme, mais avec précaution.
L’Ethereum (ETH), de son côté, amorce son propre reset. Son prix reste en dessous de 2 000 dollars, après un rejet autour de 2 100 dollars, et l’intérêt ouvert sur les dérivés a atteint son niveau le plus bas depuis trois ans. Le financement est négatif et les positions longues leverage ont été évacuées. Sur le papier, cela paraît sombre, mais en pratique, cela pourrait préparer le terrain à une pression d’achat en hausse si la demande spot revenait. Avec un positionnement aussi léger, un catalyseur positif modeste pourrait faire bondir l’ETH vers la barre des 2 500 dollars.
Pendant que les experts macro discutent graphiques et trajectoires de taux, des constructeurs tokenisent discrètement des moteurs à réaction. EthZilla a lancé un nouveau produit sur Ethereum via Arbitrum, permettant à des investisseurs accrédités d’acheter des parts dans des engines d’avion loués sous forme de tokens. Chaque token donne droit à une part des paiements de location mensuels, avec un objectif de rendement annuel d’environ 11 %. C’est une étape clé vers la tokenisation d’actifs du monde réel, habituellement réservés aux grandes institutions : flux de trésorerie de leasing aéronautique, enveloppés dans des tokens fractionnés sur un réseau public.
L’infrastructure s’améliore aussi : le réseau XRP a activé l’amendement XLS‑85 Token Escrow, qui étend la capacité de séquestre native au-delà du XRP. Les tokens basés sur Trustline et les tokens polyvalents comme les stablecoins, IOUs ou actifs tokenisés peuvent désormais être verrouillés selon des conditions on‑chain. Cela ouvre la voie à des paiements, périodisations et garanties plus programmables et vérifiables. Pour les développeurs, c’est une nouvelle brique pour construire des outils DeFi sur XRPL sans avoir recours à des systèmes de smart contract externes.
Cependant, tout le monde dans l’univers XRP n’est pas d’accord. Le CTO émérite de Ripple, David Schwartz, a qualifié le Bitcoin (BTC) de « voie sans issue technologique », notamment en raison de son mécanisme de preuve de travail. Il positionne XRP comme une alternative plus prête pour l’avenir, alors que le sentiment autour de BTC semble fragile, et que XRP se reconsolide après sa propre forte reprise. La guerre des narrations est familière : la simplicité et la décentralisation de Bitcoin sont-elles des atouts ou des défauts face à des chaînes plus sophistiquées ?
Sur le plan politique, le camp pro-crypto devient plus ouvert, notamment avec certains financements de campagne. Fairshake, un super PAC influent dans la crypto, et son affilié Protect Progress, investissent 1,5 million de dollars dans des publicités visant à déloger le représentant Al Green lors des primaires démocrates au Texas, le 3 mars. Ils soutiennent Christian Menefee, un candidat plus favorable à la crypto. C’est une démonstration que la crypto peut avoir un coût électoral si elle est trop anti‑crypto, surtout alors que les enjeux liés aux actifs numériques s’immiscent dans les débats économiques.
À l’étranger, certains gouvernements vont encore plus loin. Le Congrès brésilien a relancé une proposition pour constituer une réserve stratégique de Bitcoin, pouvant atteindre 1 million de BTC sur cinq ans. Si cela se réalisait, le Brésil deviendrait rapidement l’un des plus grands détenteurs étatiques mondiaux. La question se pose : qui détiendrait autant de BTC, comment serait-elle financée, et quels risques systémiques cela introduces ? Pour l’instant, il s’agit plus de symbolisme que d’action concrète, mais le message est clair : le Bitcoin devient de plus en plus perçu non seulement comme un actif spéculatif mais aussi comme un instrument de réserve stratégique.
Les plateformes d’échange ont connu une période difficile. Binance a été la cible de plusieurs incidents : en France, trois suspects armés ont été arrêtés après une tentative d’intrusion ciblant le CEO de Binance France, David Prinçay. La police les a retrouvés grâce à leurs téléphones volés, à une gare de Lyon. C’est un rappel brutal que, malgré les enjeux technologiques, les menaces physiques existent aussi.
Sur le plan réglementaire, Binance est à nouveau dans le collimateur. Des informations ont circulé selon lesquelles la société aurait licencié plusieurs enquêteurs de conformité fin 2025, ayant découvert plus d’un milliard de dollars dans des flux de stablecoins et cryptos liés à des entités iraniennes et autres sanctionnées. Si ces affirmations sont exactes, cela soulève des questions sur la manière dont la plateforme applique les sanctions. Par ailleurs, le fondateur Changpeng Zhao a nié publiquement une autre allégation : celle selon laquelle Binance aurait effectué des transactions secrètes sur BitMEX et empoché 60 000 BTC lors du crash de mars 2020. CZ a qualifié cette histoire de fausse, affirmant qu’elle aurait été impossible compte tenu des conditions de BitMEX à l’époque. Pour les utilisateurs, c’est le récit d’un géant de la crypto en pleine gestion de ses crises réputationnelles.
Tout cela ne concerne pas que les entreprises. La police sud-coréenne a déclaré avoir « perdu » 22 Bitcoins (BTC), d’une valeur d’environ 1,5 à 1,6 million de dollars, provenant d’un portefeuille froid. C’est le deuxième incident de ce genre cette année, et cela a déclenché une enquête interne, y compris la possibilité d’un impliqué insider. Pour ceux qui pensaient que le stockage par la police était à l’abri, cela rappelle que la gestion des clés de sécurité reste difficile, même pour les gouvernements.
Le côté sombre de la crypto s’est également manifesté dans de nouvelles données de Chainalysis. Selon eux, les paiements en crypto liés à la traite humaine ont augmenté de 85 % en 2025, atteignant plusieurs centaines de millions de dollars. Ce statistic est alarmant, montrant comment les actifs numériques, comme l’argent traditionnel, peuvent être détournés à des fins illicites. Chainalysis insiste sur le fait que les blockchains laissent une trace auditable, qui peut permettre aux forces de l’ordre d’identifier ces opérations. La transparence a ses deux faces, et les mêmes rails qui servent à la criminalité peuvent aussi servir à lutter contre elle.
Sur un tout autre plan technologique, Bitget a lancé « Gracy AI », une avatar numérique animé inspiré par la CEO de Bitget, Gracy Chen, propulsé par ses propres systèmes. L’objectif est d’offrir un accompagnement personnalisé pour les traders de l’écosystème Bitget, allant au-delà des simples prévisions de prix pour aborder les cycles du marché, la stratégie, et même le développement personnel. Pour Bitget et son token (BGB), c’est une opération de branding et une tentative que les utilisateurs auront confiance dans une interface humaine pour les aider à naviguer dans un marché de plus en plus bruyant.
En résumé, tout cela montre un paradoxe crypto familier : les comités réglementaires et les cadres législatifs avancent lentement, tandis que les super PACs donnent des coups de poing ; les banques revues à la baisse leurs objectifs même si certains gouvernements envisagent des réserves souveraines en BTC ; les forces de l’ordre dénoncent des flux illicites alors que les sociétés d’analyse leur donnent des pistes précises ; et quelque part entre tout cela, les blockchains s’équipent de nouvelles fonctionnalités d’escrow et les moteurs à réaction passent discrètement à l’on‑chain.
Alors que le cycle d’actualité s’éteint, le signal n’est pas tant dans une nouvelle singularité mais dans une orientation : la crypto n’est plus marginale. Elle est désormais mêlée aux politiques nationales, à la finance mondiale, à la justice et à l’investissement de tous les jours — pour le meilleur, pour le pire, et pour ce que l’avenir nous réserve.


