Banco BPM a mis un terme définitif aux négociations de fusion avec Banca Monte dei Paschi di Siena, bloqué notamment par l’opposition du Crédit Agricole, son premier actionnaire. Cette décision relance la bataille pour le contrôle de la plus ancienne banque du monde et laisse le champ libre à l’offre publique d’achat d’Intesa Sanpaolo, qui se présente désormais comme le probable repreneur de MPS.
🔑 En bref
- Banco BPM a mis fin à l’unanimité aux discussions avec Monte dei Paschi di Siena, près de deux mois après sa proposition initiale du 7 juin 2026.
- Le Crédit Agricole, détenteur de 29,3 % du capital de Banco BPM, a refusé le projet et privilégie une fusion avec Crédit Agricole Italia.
- L’opération aurait pourtant affiché un potentiel de synergies supérieur à 1,1 milliard d’euros et une création de valeur d’au moins 5,5 milliards d’euros.
- Intesa Sanpaolo avait lancé dès le 8 juin 2026 une OPA hostile sur MPS, valorisant la cible entre 30,6 et 35 milliards d’euros.
- MPS indique vouloir se concentrer sur l’intégration de Mediobanca, acquise l’an dernier, et reste ouvert à toute option stratégique plus créatrice de valeur.
Une proposition ambitieuse stoppée nette
Le conseil d’administration de Banco BPM a décidé à l’unanimité d’interrompre les pourparlers entamés avec Banca Monte dei Paschi di Siena, estimant que les conditions nécessaires à la conclusion d’un accord mutuel ne s’étaient pas réunies. La proposition initiale, présentée le 7 juin 2026, visait à créer un nouveau groupe bancaire et financier de premier plan en Italie, qui serait devenu le deuxième opérateur bancaire national par taille d’actifs, dans le cadre d’une fusion entre égaux préservant l’ADN et la culture des deux institutions.
Les chiffres avancés à l’époque étaient pourtant spectaculaires. Selon les termes dévoilés par Banco BPM, le rapprochement aurait généré un potentiel de synergies supérieur à 1,1 milliard d’euros avant impôts, dont plus de 650 millions d’euros de synergies de coûts et plus de 450 millions d’euros de synergies de revenus. Ces dernières incluaient environ 250 millions d’euros de revenus additionnels issus des réseaux et quelque 200 millions d’euros provenant de l’optimisation des « usines de produits » (plates-formes de fabrication et de distribution de produits financiers).
Les coûts d’intégration étaient estimés à environ 1,1 milliard d’euros avant impôts, à comparer à une création de valeur projetée d’au moins 5,5 milliards d’euros et à une accretion du bénéfice par action (BPA) supérieure à 10 %. Le ratio CET1 pro forma (Common Equity Tier 1, ratio de fonds propres durs de premier niveau) du nouvel ensemble aurait atteint environ 15 %, avec une capitalisation boursière combinée dépassant 50 milliards d’euros.
| Indicateur | Valeur projetée |
|---|---|
| Synergies totales (avant impôts) | > 1,1 Md€ |
| Dont synergies de coûts | > 650 M€ |
| Dont synergies de revenus | > 450 M€ |
| Coûts d’intégration | ~ 1,1 Md€ |
| Création de valeur | ≥ 5,5 Md€ |
| Accretion BPA | > 10 % |
| CET1 pro forma | ~ 15 % |
| Capitalisation combinée | > 50 Md€ |

Le veto de Crédit Agricole, actionnaire de blocage
L’annonce de l’interruption des discussions fait suite au refus catégorique du Crédit Agricole, qui détient 29,3 % du capital de Banco BPM — un seuil qui lui confère un droit de blocage de facto sur toute opération stratégique majeure. Le directeur général du groupe français, Olivier Gavalda, a qualifié les rumeurs de fusion imminente entre Banco BPM et MPS de « complètement fausses », ajoutant qu’il était difficile d’identifier de la valeur dans un tel rapprochement pour ses actionnaires.
« Nous n’avons aucune connaissance d’aucun progrès concret concernant cette proposition de discussion. »
Jérôme Grivet, directeur général adjoint du Crédit Agricole
La directrice financière Clotilde L’Angevin a précisé que la BCE (Banque centrale européenne) n’avait pas encore été sollicitée pour une éventuelle autorisation de rachat de Banco BPM, et que le scénario privilégié par le Crédit Agricole restait une fusion avec Crédit Agricole Italia, sa propre filiale transalpine. Le message est clair : fort de ses 29,3 %, rien ne peut être décidé contre le Crédit Agricole ni sans lui dans les opérations impliquant Banco BPM.
Intesa Sanpaolo, le repreneur qui n’attendait que cela
Le timing de la proposition de Banco BPM n’était pas un hasard : elle est intervenue quelques heures seulement avant qu’Intesa Sanpaolo ne lance son offre rivale et hostile sur MPS, le 8 juin 2026. Interrogé sur la manœuvre de Banco BPM, le directeur général d’Intesa, Carlo Messina, l’avait qualifiée de « lettre d’amour » plutôt que de proposition concrète, illustrant la défiance du marché envers la capacité de Banco BPM à mener à bien un rapprochement d’une telle ampleur.
L’offre d’Intesa Sanpaolo, d’un montant de 30,6 à 35 milliards d’euros selon les sources, propose une parité de 1,6 action Intesa assortie de 1 euro en numéraire pour chaque action MPS. Selon certaines estimations, la composante cash totale s’élève à environ 3 milliards d’euros, un montant qui sert désormais de référence à toute autre contre-offre éventuelle.
« Cette opération s’inscrit parfaitement dans la stratégie du groupe tout en générant une croissance supplémentaire. Nous respectons pleinement le calendrier pour finaliser l’offre avant la fin de l’année, et nous ne relèverons pas notre offre. »
Carlo Messina, directeur général d’Intesa Sanpaolo
MPS recentre sa stratégie sur Mediobanca
De son côté, Banca Monte dei Paschi di Siena a pris acte de la décision de Banco BPM et a accepté de mettre fin aux consultations préliminaires. La banque siennoise, plus ancienne banque du monde encore en activité, a indiqué vouloir se concentrer sur la mise en œuvre de son plan de croissance et sur l’intégration de Mediobanca, acquise l’an dernier — opération qui a fait de MPS la troisième banque d’Italie. Une source proche de la stratégie de défense de Monte dei Paschi a précisé que la banque toscane ne poursuivrait une alternative à l’offre d’Intesa que si elle créait davantage de valeur pour ses actionnaires.
Le gouvernement italien, qui avait rescued Monte dei Paschi en 2017, avait initialement encouragé cette fusion pour créer un troisième acteur majeur aux côtés d’Intesa et d’UniCredit. La décision de Banco BPM ouvre désormais la voie à l’OPA d’Intesa Sanpaolo et redessine en profondeur la carte bancaire italienne.
Conclusion : un paysage bancaire italien recomposé
L’épisode Banco BPM–MPS illustre la difficulté de bâtir des champions bancaires nationaux en Europe lorsque les structures capitalistiques sont fragmentées. Le veto du Crédit Agricole, conjugué à l’arrivée rapide d’Intesa Sanpaolo sur le dossier, a eu raison d’un projet pourtant financièrement séduisant. À court terme, l’OPA d’Intesa sur MPS devrait se conclure d’ici la fin 2026, sauf relèvement de dernière minute ou contre-offre du Crédit Agricole sur sa propre filiale italienne. À moyen terme, la consolidation du secteur pourrait se poursuivre autour de Crédit Agricole Italia, pendant que Mediobanca consolide sa place dans la banque d’affaires italienne.
Sources
- Zonebourse — Banco BPM met fin aux négociations de fusion avec Monte dei Paschi
- Banco BPM — Proposition officielle de combinaison avec MPS
- Allnews — Banco BPM met fin aux discussions sur une éventuelle fusion avec MPS
- First Online — Castagna interrompt les consultations après le frein français
- TradingView / AFP — Couverture de l’offre d’Intesa Sanpaolo sur MPS
- Global Banking and Finance — Banco BPM ends talks on potential merger
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

