Trump se réjouit de la chute du dollar : stratégie économique ou pari risqué ?

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Le 27 janvier 2026 marque un tournant dans l’histoire monétaire américaine. Alors que l’indice du dollar américain (DXY) touche son plus bas niveau depuis février 2022 à 95,566 points, une déclaration présidentielle surprenante retentit : Donald Trump qualifie cette situation d’« excellente chose ». Cette posture inhabituelle révèle une stratégie économique délibérée qui bouleverse la doctrine monétaire traditionnelle des États-Unis.

Une dépréciation historique qui s’accélère

Les chiffres sont sans appel : après avoir perdu plus de 9% en 2025, le dollar a encore cédé près de 2,5% en janvier 2026. Cette trajectoire baissière se traduit par des mouvements significatifs sur l’ensemble des marchés de devises. L’euro a franchi le seuil psychologique de 1,20 dollar pour la première fois depuis 2021, tandis que le franc suisse atteint un sommet sur 10 ans. Face au yen japonais, le billet vert a reculé de plus de 3% en deux séances.

Cette dépréciation intervient alors que le dollar était considéré comme surévalué. Au début de 2025, sur la base du taux de change effectif réel, le dollar américain avait atteint son plus haut niveau depuis 1985. La correction actuelle pourrait donc être interprétée comme un retour vers des niveaux plus équilibrés.

La doctrine Mar-a-Lago : un plan de dévaluation délibérée

Derrière cette acceptation présidentielle d’un dollar affaibli se cache la « doctrine Mar-a-Lago », une stratégie formalisée par Stephen Miran, conseiller économique influent de l’administration Trump. Ancien gérant de fonds spéculatif, Miran occupe une position unique en cumulant un poste au conseil de la Réserve fédérale tout en restant conseiller à la Maison Blanche.

Cette stratégie vise explicitement à recréer les conditions de l’accord du Plaza de 1985, qui avait permis une dévaluation coordonnée du dollar. L’objectif central est de réduire le déficit commercial américain en rendant les exportations américaines plus compétitives sur le marché mondial. Pour y parvenir, l’administration envisage une combinaison de droits de douane élevés et d’une dépréciation contrôlée du dollar.

Les gagnants et les perdants

Les entreprises américaines qui génèrent une part importante de leurs revenus à l’étranger figurent parmi les principales bénéficiaires d’un dollar affaibli. Les secteurs tournés vers l’exportation, comme l’industrie manufacturière et l’agriculture, devraient également tirer parti de cette situation avec des prix plus compétitifs.

Cependant, les consommateurs américains font face à une hausse du coût de la vie. Les biens importés deviennent mécaniquement plus onéreux, créant une pression inflationniste qui s’étend aux intrants nécessaires à la production nationale. Cette situation est particulièrement préoccupante dans un contexte où l’inflation demeure une source d’inquiétude majeure.

Tensions avec la Réserve fédérale

Les relations entre la Maison Blanche et la Réserve fédérale ont atteint un niveau de tension sans précédent. Jerome Powell, dont le mandat de président de la Fed s’achève en mai 2026, fait l’objet d’une enquête criminelle lancée par le département de la Justice, largement perçue comme une pression politique visant à influencer la politique monétaire.

Lors de sa réunion des 27-28 janvier 2026, la Réserve fédérale devrait maintenir son taux directeur inchangé dans la fourchette de 3,5% à 3,75%. Cette décision reflète les préoccupations de l’institution face à une inflation persistante et à un marché du travail qui reste robuste.

Répercussions internationales et mouvement « Sell America »

L’appréciation rapide de l’euro face au dollar suscite des préoccupations au sein de la Banque Centrale Européenne. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a indiqué que les décideurs surveillaient attentivement l’appréciation de l’euro et son impact potentiel sur la baisse de l’inflation.

Les analystes diagnostiquent une « crise de confiance dans le dollar américain » qui se manifeste par un mouvement « Sell America », caractérisé par une sortie de capitaux des actifs américains. L’or a profité de cette faiblesse du dollar pour établir de nouveaux records, dépassant 5 300 dollars l’once, tandis que l’argent a également franchi la barre symbolique des 100 dollars l’once.

Le risque systémique : vers la fin du dollar comme monnaie de réserve ?

Au-delà des fluctuations à court terme, la question la plus fondamentale concerne le statut du dollar comme monnaie de réserve mondiale. En mars 2025, le Fonds Monétaire International estimait que plus de 57% des réserves mondiales étaient libellées en dollars. Cette proportion, bien qu’encore majoritaire, représente une baisse significative par rapport aux années 2000, où elle dépassait 70%.

Le statut de monnaie de réserve mondiale procure aux États-Unis ce que l’économiste français Valéry Giscard d’Estaing avait qualifié de « privilège exorbitant » : la capacité d’emprunter à des taux plus bas que ne le justifieraient leurs fondamentaux économiques. Cependant, ce privilège a un coût : une demande structurellement élevée pour le dollar tend à en maintenir la valeur à un niveau élevé, ce qui pénalise les exportateurs américains.

Implications pour les cryptomonnaies

Le marché des cryptomonnaies réagit de manière contrastée à la faiblesse du dollar. En principe, un dollar affaibli devrait bénéficier au Bitcoin et aux autres cryptoactifs. Certains analystes prévoient que le deuxième trimestre 2026 pourrait marquer un retour du momentum haussier pour Bitcoin, avec des objectifs entre 150 000 et 220 000 dollars d’ici la fin de l’année.

Cependant, la réalité s’avère plus complexe. Bitcoin traverse une période difficile en ce début d’année 2026, avec un cours qui peine à se maintenir au-dessus de 90 000 dollars. La relation entre la politique monétaire de la Fed et le prix du Bitcoin reste prépondérante, les taux d’intérêt élevés rendant les placements sécurisés plus attractifs.

Conclusion : un pari risqué aux conséquences incertaines

La stratégie de Trump face à la chute du dollar révèle une approche économique délibérée mais hautement risquée. Si l’objectif de réduire le déficit commercial en rendant les exportations américaines plus compétitives est clair, les risques associés sont multiples et interconnectés.

À court terme, un dollar faible alimente les pressions inflationnistes. À moyen terme, le mouvement « Sell America » témoigne d’une perte de confiance des investisseurs internationaux. À long terme, c’est le statut même du dollar comme monnaie de réserve mondiale qui pourrait être menacé.

L’expérience historique suggère que les dévaluations compétitives produisent rarement les bénéfices escomptés sur la balance commerciale, particulièrement dans un contexte de chaînes de valeur mondialisées. Pour les investisseurs et les entreprises, cette période d’incertitude monétaire exige une vigilance accrue et des stratégies de couverture adaptées.

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Passionné de nouvelles technologies, j’explore l’univers de la blockchain et des cryptomonnaies pour partager l’actualité et les innovations du secteur.

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