X bannit massivement les projets crypto : une politique qui fracasse l’écosystème InfoFi

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Le 15 janvier 2026 restera une date noire dans l’histoire de Crypto Twitter. X (anciennement Twitter) a déclenché une onde de choc en révoquant brutalement l’accès API de dizaines de projets crypto, provoquant l’effondrement de plusieurs tokens et soulevant de vives critiques sur le caractère arbitraire de ces sanctions.

Une purge massive aux conséquences dévastatrices

Nikita Bier, responsable produit chez X, a annoncé sans préavis la révocation de l’accès API pour toutes les applications dites « InfoFi » – des projets qui récompensent les utilisateurs pour leur engagement sur la plateforme. La justification officielle invoque une « quantité phénoménale de spam généré par l’IA et de réponses automatisées ».

L’impact sur le marché a été immédiat et dévastateur. Le token KAITO, projet phare du secteur InfoFi, s’est effondré de 23% en quelques minutes, passant de 0,71$ à 0,54$. Au total, 25,8 millions de tokens KAITO, d’une valeur de 14,16 millions de dollars, étaient bloqués en staking sur 17 754 adresses au moment de l’annonce, soumis à une période de retrait de 7 jours – condamnant leurs détenteurs à subir la dévaluation sans pouvoir réagir.

D’autres projets ont subi un sort similaire : Cookie DAO a chuté de 18%, tandis que l’ensemble du secteur InfoFi a perdu entre 13% et 23% de sa capitalisation en quelques heures, ramenant la valeur totale du marché de 470 millions à 359,5 millions de dollars.

Des projets légitimes pris dans la tourmente

La controverse réside dans le fait que plusieurs des projets sanctionnés offraient bien plus qu’un simple système de récompenses. Kaito, par exemple, se positionnait comme une plateforme d’analyse et de veille utilisant l’IA pour identifier les tendances crypto émergentes sur X. Cookie DAO se concentrait sur l’analytics et les données décentralisées, tandis que BubbledMaps proposait des outils de forensics blockchain pour détecter les manipulations de marché.

Yu Hu, fondateur de Kaito, a réagi en annonçant la fin du système « Yaps » et le lancement de « Kaito Studio », une plateforme marketing traditionnelle qui s’étendra à YouTube et TikTok, bien au-delà de l’écosystème X. Cookie DAO a également annoncé l’arrêt de son produit « Snaps » et un pivot vers « Cookie Pro », axé sur les services d’analyse pour entreprises.

Pour ces acteurs, le message était clair : malgré leur utilité réelle et leurs millions investis dans l’accès API entreprise de X, la plateforme pouvait unilatéralement détruire leur modèle économique du jour au lendemain.

Le problème des bots : une excuse pour cibler la crypto ?

Ki Young Ju, fondateur de CryptoQuant, a porté les critiques les plus virulentes contre cette décision. Selon ses données, le 9 janvier 2026, des bots ont généré 7,75 millions de posts crypto en une seule journée – une augmentation de 1224% par rapport aux niveaux normaux. Mais pour Ki Young Ju, le véritable scandale n’est pas là.

« X pénalise le contenu crypto légitime au lieu de traiter le problème fondamental des bots », a-t-il déclaré. Il pointe du doigt l’incapacité de la plateforme à distinguer les comptes automatisés des utilisateurs humains, malgré son système de vérification payante qui, selon lui, « permet désormais aux bots de payer pour spammer tandis que les utilisateurs authentiques voient leur portée réduite ».

Un pattern de sanctions arbitraires

L’histoire récente de X révèle un schéma troublant de suspensions massives sans explication. En juin 2025, une vague de bannissements avait déjà frappé de nombreux comptes crypto influents, incluant les comptes officiels de GMGN, ainsi que des leaders d’opinion comme Sha Po Lang, Wang Xiaoer, Wizard et l’équipe ElizaOS.

Aucune explication officielle n’avait été fournie. La plateforme n’a jamais clarifié les critères de ces suspensions, laissant la communauté dans l’incertitude. Un précédent similaire s’était produit en 2021, durant le boom des NFT, lorsque des comptes majeurs avaient été suspendus sans avertissement.

Le paradoxe d’une plateforme pro-crypto mais anti-crypto

L’incohérence de la stratégie de X est frappante. La veille même de l’annonce du bannissement InfoFi, Nikita Bier dévoilait les « Smart Cashtags » – une fonctionnalité permettant d’identifier précisément les actifs crypto dans les publications, facilitant ainsi le trading et les discussions sur la plateforme.

X développe également X Money, un système de paiement intégré qui pourrait inclure des cryptomonnaies comme le Bitcoin ou des stablecoins. Elon Musk, propriétaire de X, se présente comme un supporter des crypto-actifs, particulièrement du Dogecoin.

Comment concilier ces initiatives pro-crypto avec une politique qui pénalise systématiquement les créateurs de contenu crypto légitimes et détruit des projets entiers basés sur l’engagement autour des actifs numériques ? Cette contradiction alimente les accusations d’arbitraire et de double standard.

Une fragilité structurelle révélée

L’épisode met en lumière une vulnérabilité fondamentale des projets crypto qui dépendent d’infrastructures Web2 centralisées. La dépendance à l’API de X constituait un « single point of failure » que les fondateurs avaient sous-estimé.

Un simple changement de politique d’une plateforme privée a suffi à détruire des centaines de millions de dollars de capitalisation et à remettre en cause des modèles économiques entiers. Cette fragilité contraste avec les promesses de décentralisation de l’écosystème crypto.

Vers une migration de la communauté crypto ?

Face à ces sanctions répétées et au manque de transparence de X, certains segments de la communauté crypto explorent activement des alternatives décentralisées. Bluesky, basé sur le protocole AT, et Mastodon, appartenant au Fediverse, gagnent en attractivité.

Charles Hoskinson, fondateur de Cardano, a notamment annoncé son départ de X en janvier 2026, un signal fort dans une communauté où la présence sur les réseaux sociaux est cruciale pour la visibilité des projets.

La discussion autour de ces alternatives s’intensifie : décentralisation des données, hébergement multi-juridictionnel, protocoles ouverts… Tous ces éléments représentent une tentative de recréer l’écosystème d’interaction crypto sur des bases plus résilientes aux décisions arbitraires de plateformes centralisées.

Conclusion : un rappel brutal des risques de centralisation

L’affaire du bannissement InfoFi par X illustre un paradoxe fondamental de l’écosystème crypto : des projets prônant la décentralisation et l’autonomie restent profondément dépendants des infrastructures centralisées du Web2 pour leur distribution et leur croissance.

La destruction de centaines de millions de dollars de valeur par une simple décision unilatérale, sans dialogue ni période de transition, rappelle que tant que les crypto-actifs dépendront de gatekeepers traditionnels, leur résilience restera illusoire.

Pour Ki Young Ju et de nombreux observateurs, le vrai scandale n’est pas l’existence du spam – problème technique solvable – mais le choix délibéré de X de pénaliser l’ensemble d’un secteur plutôt que d’investir dans des solutions de détection sophistiquées. Un choix qui, pour beaucoup, révèle moins un souci de qualité qu’une volonté de contrôle et de marginalisation d’une communauté jugée trop indépendante.

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Passionné de nouvelles technologies, j’explore l’univers de la blockchain et des cryptomonnaies pour partager l’actualité et les innovations du secteur.

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