Eric Adams, l’ancien maire de New York surnommé le « Bitcoin Mayor », vient de plonger dans une controverse majeure qui ébranle la communauté crypto. Le 11 janvier 2026, il a lancé en grande pompe à Times Square le NYC Token, une cryptomonnaie qui a connu une ascension fulgurante avant de s’effondrer en moins de 30 minutes, soulevant de graves accusations de manipulation et de « rug pull ».
Un lancement spectaculaire qui tourne au désastre

Lors d’une conférence de presse organisée en plein cœur de Times Square un lundi après-midi, Adams a dévoilé son projet NYC Token, une initiative qu’il présentait comme un moyen noble de financer la lutte contre l’antisémitisme et l' »anti-américanisme ». Vêtu d’une écharpe Fendi sous un long manteau bleu et arborant une casquette de baseball indiquant « NYC », l’ancien maire a promis que les revenus générés serviraient à éduquer les enfants sur la blockchain et à financer des bourses d’études pour les étudiants new-yorkais issus de communautés défavorisées.
« Il y a une vague d’anti-américanisme qui balaie non seulement nos campus universitaires de l’Ivy League, mais aussi nos centres-villes », a déclaré Adams lors de son intervention sur Fox Business. « L’argent collecté ira aux organisations à but non lucratif comme Combat Antisemitism, aux fonds universitaires, notamment les universités historiquement noires (HBCUs), donc c’est de l’argent qui, sans augmenter les impôts, peut être utilisé pour lutter contre les problèmes sociaux de notre ville ».
Un pump and dump dévastateur
Le NYC Token, lancé sur la blockchain Solana avec une offre totale d’un milliard de tokens, a connu une trajectoire aussi spectaculaire qu’inquiétante. Immédiatement après le lancement, le token a explosé, atteignant une capitalisation boursière d’environ 580 à 600 millions de dollars, avec un prix culminant à environ 0,58 dollar.
Cependant, cette euphorie a été de très courte durée. En moins de 30 minutes, le prix du NYC Token s’est effondré de plus de 80%, chutant de 0,47 dollar à environ 0,10 dollar. La capitalisation boursière a dégringolé de 600 millions de dollars à environ 110 millions de dollars, laissant des milliers d’investisseurs avec des pertes catastrophiques.

Des preuves accablantes de manipulation
Les analyses on-chain menées par la plateforme Bubblemaps et d’autres experts en blockchain ont révélé des mouvements de fonds extrêmement suspects qui pointent vers un « rug pull » classique. Selon ces analyses, un portefeuille lié au créateur du NYC Token (identifié comme le wallet 9Ty4M) aurait retiré environ 2,43 millions de dollars en USDC du pool de liquidité près du pic de capitalisation du token.
Plus précisément, le portefeuille a transféré 80 millions de tokens vers un compte qui a utilisé ces tokens pour créer de la liquidité sur l’échange décentralisé Meteora. Ce compte a ensuite retiré 2,43 millions de dollars en USDC avant de réinjecter seulement 1,5 million de dollars après que le prix ait déjà chuté de 60%. Selon les estimations, environ 932 000 dollars en USDC de liquidité ne sont jamais revenus dans le pool.
« Il n’y a eu aucune explication concernant ces manœuvres de liquidité », a rapporté Bubblemaps sur X. « C’est malheureusement similaire au lancement de $LIBRA, où la liquidité a été significativement manipulée ».
Du « Bitcoin Mayor » au scandale crypto
Cette affaire représente un tournant brutal pour un politicien qui s’était positionné comme un ardent défenseur des cryptomonnaies. En 2022, Adams avait fait sensation en convertissant ses trois premiers chèques de paie en tant que maire en Bitcoin et Ethereum via Coinbase, gagnant le surnom de « Bitcoin Mayor ».
Durant son mandat de maire de 2022 à 2025, Adams a multiplié les initiatives pro-crypto : création de l’Office of Digital Assets and Blockchain Technology, organisation du premier NYC Crypto Summit, et publication d’un plan blockchain de 61 pages destiné à faire de New York « la capitale mondiale de la crypto ».
Cependant, sa réputation a commencé à se ternir dès 2023 lorsqu’il a omis de déclarer ses actifs crypto dans les rapports financiers obligatoires de la ville. En septembre 2024, Adams est devenu le premier maire en exercice de New York à être inculpé par les autorités fédérales, faisant face à des accusations de conspiration, fraude, sollicitation de contributions étrangères et corruption.
Une tendance inquiétante des memecoins politiques
Le lancement du NYC Token s’inscrit dans une tendance préoccupante de tokens lancés par des personnalités politiques. Ce phénomène a été amplifié par le lancement des memecoins de Donald Trump et de la First Lady Melania Trump début 2025.
Plus récemment, le token LIBRA, promu par le président argentin Javier Milei, a fait l’objet d’accusations de fraude et de racket, conduisant à des recours collectifs. Seulement 14% des investisseurs LIBRA ont réalisé un profit, tandis que 86% ont subi des pertes totalisant 251 millions de dollars.
Des documents judiciaires ont identifié Benjamin Chow, co-fondateur de Meteora, comme l’architecte derrière au moins 15 lancements de tokens suivant un « modèle identique », incluant les tokens MELANIA et LIBRA. Le recours affirme que ces personnalités ont utilisé leur notoriété comme « accessoires pour légitimer ce que les procureurs qualifient de pièges de liquidité coordonnés ».
Solana : un écosystème propice aux arnaques
Le choix de lancer le NYC Token sur la blockchain Solana n’est pas anodin. Une étude récente de Solidus Labs révèle des chiffres alarmants : environ 98,7% des tokens sur Pump.fun et 93% des pools de liquidité sur Raydium, deux plateformes DeFi majeures de Solana, présentent des caractéristiques de schémas pump-and-dump ou de rug pulls.
Les frais de transaction extrêmement bas de Solana et sa finalité de transaction rapide (moins d’une seconde) en font une plateforme particulièrement attractive pour les escrocs cherchant à déployer et exécuter rapidement des schémas frauduleux.
Réactions de la communauté et implications juridiques
La communauté crypto a réagi avec virulence à cette affaire. Sur Reddit, de nombreux utilisateurs ont accusé Adams de « rug pull » délibéré et ont évoqué la possibilité de blanchiment d’argent. « C’est indubitablement un cas de blanchiment d’argent », a commenté un utilisateur.
Le nouveau maire de New York, Zohran Mamdani, a clairement indiqué qu’il n’achèterait pas le token. Dès son premier jour en fonction le 1er janvier 2026, Mamdani a annulé plusieurs décrets exécutifs d’Adams.
Les investisseurs qui ont perdu de l’argent dans le NYC Token pourraient potentiellement poursuivre Adams en justice, comme l’ont fait les investisseurs du token LIBRA. Un recours collectif déposé en avril auprès de la SEC vise à classifier les memecoins basés sur des enjeux comme des valeurs mobilières.
Conclusion : Un avertissement pour les investisseurs
L’affaire du NYC Token constitue un avertissement cinglant pour les investisseurs en cryptomonnaies. Les tokens lancés par des personnalités politiques ou des célébrités, même ceux prétendant servir des causes nobles, peuvent s’avérer être des pièges dangereux. Le prestige et la notoriété de ces figures publiques confèrent une fausse légitimité à des projets souvent opaques et mal structurés.
Les drapeaux rouges étaient nombreux dès le lancement : absence de partenaires identifiés, mécanismes de financement non divulgués, confusion terminologique (Adams a qualifié la blockchain de « block change technology » lors d’une interview), et surtout, des mouvements de liquidité suspects dès les premières heures.
Avec 86% des investisseurs du token LIBRA ayant perdu de l’argent et des centaines de millions de dollars évaporés dans ces schémas politico-crypto, il est clair que l’intersection entre politique et cryptomonnaies nécessite une vigilance accrue et une réglementation plus stricte.


