Anthropic a déposé un projet de prospectus S-1 auprès de la SEC le 1er juin 2026 et prépare une IPO dont la taille pourrait dépasser le record établi par SpaceX trois mois plus tôt. Au cœur des modèles d’analystes, une valorisation supérieure à 2 000 milliards de dollars qui, si elle se confirme, ferait du créateur de Claude l’une des sociétés les plus chères jamais cotées en day one.
🔑 En bref
- Anthropic a déposé un S-1 confidentiel le 1er juin 2026, avec Morgan Stanley, Goldman Sachs et JPMorgan en chefs de file.
- La valorisation évoquée par certains investisseurs dépasse 2 000 milliards $, après un tour Series H à 965 milliards $.
- Le revenu annualisé a bondi à 65 milliards $ en juillet 2026, contre 9 milliards $ fin 2025, soit une multiplication par 7 en moins d’un an.
- La perte nette 2025 atteint 42 milliards $, mais les marges brutes passent de -94 % en 2024 à 44-60 % en 2026.
- SpaceX a levé 86,2 milliards $ en juin 2026, un record que l’IPO d’Anthropic pourrait effacer dès la fin août.
SpaceX, le record que tout le monde cherche désormais à battre
Pour mesurer ce qu’Anthropic ambitionne de réaliser, il faut d’abord poser le repère que SpaceX a planté le 11 juin 2026. Le groupe d’Elon Musk a fixé 555,6 millions d’actions de classe A à 135 $, levant 75 milliards $ pour une capitalisation implicite de 1 770 milliards $. Exercice de l’option de surallocation compris, le montant total atteint 86,2 milliards $. Le titre SPCX a clôturé sa première séance à 161 $, soit +19 %, propulsant brièvement Musk au rang de premier trillionnaire en dollars de l’histoire.
Le tour de force paraît d’autant plus saisissant que SpaceX affichait une perte nette de 4,28 milliards $ au seul premier trimestre 2026 et un déficit cumulé de 41,3 milliards $. Le prospectus s’appuyait sur un marché adressable total de 28 500 milliards $ — qualifié de plus grand de l’histoire — dont environ 90 % lié à l’intelligence artificielle via la filiale xAI fraîchement acquise. La demande a culminé à plus de 250 milliards $, soit 3,5 à 4 fois le montant recherché.
| Indicateur | SpaceX (IPO juin 2026) | Anthropic (modèles IPO 2026) |
|---|---|---|
| Montant levé | 86,2 Md $ | 75-86 Md $ (estimations) |
| Capitalisation day one | ~2 100 Md $ | ~2 000 Md $ (modèles) |
| Perte nette annuelle | ~17 Md $ (extrapolée) | 42 Md $ (2025) |
| Demande investisseurs | 250 Md $ (3,5-4x) | nc |
| Banques chefs de file | Morgan Stanley, Goldman, JPMorgan | Morgan Stanley, Goldman, JPMorgan |
Cependant, l’épilogue a douché l’enthousiasme : fin juillet 2026, l’action SPCX avait cédé environ 50 % depuis son pic post-IPO, repassant sous les 135 $ lors d’un déblocage de titres routinier. Le statut de trillionnaire de Musk s’est évanoui en moins de deux mois. La mise en garde est désormais inscrite dans le marbre avant même qu’Anthropic ne fixe son prix.

Un dépôt S-1 et un tour de table à 965 milliards $
Anthropic a officialisé le dépôt de son projet de S-1 le 1er juin 2026, quelques jours après avoir bouclé une levée Series H de 65 milliards $ à une valorisation post-money de 965 milliards $ — déjà la plus haute jamais atteinte par une société d’IA en privé, devant les 852 milliards $ d’OpenAI en mars 2026. Le tour était mené par Altimeter Capital, Dragoneer, Greenoaks et Sequoia, avec la participation d’Amazon, d’entités liées à Google et de partenaires d’infrastructure.
Depuis le 13 août environ, le directeur financier Krishna Rao anime les premières rencontres avec les investisseurs, selon des sources relayées par CNBC. Particularité notable : Rao refuse d’évoquer toute cible de valorisation, préférant présenter la feuille de route produit de Claude, Claude Code et l’équipe de direction. Une discipline rare dans un marché où les fuites de chiffres précèdent habituellement le pricing. Le message implicite : laisser le marché découvrir le prix.
« Cette option nous permet d’entrer en Bourse une fois l’examen de la SEC achevé. Le montant définitif de l’IPO dépendra des conditions de marché et d’autres facteurs. »
Anthropic, communiqué officiel, 1er juin 2026
Bloomberg rapportait en août 2026 qu’Anthropic anticipait une IPO d’un montant égal ou supérieur à celui de SpaceX, avec un dépôt public possible dès la fin août. Calendrier indicatif, les filings confidentiels dérivent fréquemment de plusieurs semaines. Mais la direction est limpide.
Une trajectoire de revenus qui redéfinit les repères
Au-delà des spéculations sur le prix, la dynamique financière sous-jacente est, en chiffres bruts, sans équivalent récent. Le revenu annualisé d’Anthropic a atteint 65 milliards $ en juillet 2026, selon les disclosures de l’entreprise. Le chemin parcouru en trente mois est vertigineux : 87 millions $ en janvier 2024, 1 milliard $ fin 2024, 9 milliards $ fin 2025, 14 milliards $ en février 2026, 19 milliards $ en mars, 30 milliards $ en avril, 47 milliards $ en mai et 65 milliards $ en juillet. Soit une multiplication par 750 en deux ans et demi.
| Période | Revenu annualisé (Md $) |
|---|---|
| Janvier 2024 | 0,087 |
| Décembre 2024 | 1 |
| Décembre 2025 | 9 |
| Février 2026 | 14 |
| Mars 2026 | 19 |
| Avril 2026 | 30 |
| Mai 2026 | 47 |
| Juillet 2026 | 65 |
L’entreprise et l’API portent l’essentiel de cette croissance. En octobre 2025, Anthropic comptait plus de 300 000 clients entreprises représentant environ 80 % du revenu. Plus de 100 000 d’entre eux utilisent Claude via Amazon Bedrock (donnée d’avril 2026). Le nombre de clients dépensant plus de 100 000 $ par an a été multiplié par sept en un an. Plus de 1 000 clients dépassent désormais le seuil du million de dollars annuel, doublant en moins de deux mois par rapport aux 500+ d’avril 2026. Huit sociétés du Fortune 10 utilisent Claude.
Claude Code : le produit qui n’existait pas il y a un an
Lancé publiquement en mai 2025, l’assistant de codage Claude Code générait déjà 2,5 milliards $ de revenu annualisé en février 2026 — plus que doublé depuis janvier. Les abonnements entreprise ont quadruplé sur la même période. Selon des données récentes, Claude Code est à l’origine d’environ 4 % de tous les commits publics GitHub, avec des projections supérieures à 20 % d’ici fin 2026. En moins d’un an, ce produit pèse davantage en revenus que la plupart des éditeurs SaaS cotés n’en généreront jamais.
La marge brute se rapproche de l’équilibre
L’évolution la plus sous-estimée du dossier concerne les unit economics. La marge brute d’Anthropic est passée d’environ -94 % en 2024 à 44-60 % en 2026, selon les trimestres et la méthode de calcul (amortissement des coûts d’entraînement inclus ou non). Cette progression repose sur un ratio unique : le coût de calcul par dollar de revenu, qui est passé de 0,71 $ au T1 2026 à 0,56 $ projeté au T2 2026, selon Yahoo Finance.
« >Chaque dollar de usage Claude coûte moins cher à servir à mesure que les coûts d’inférence baissent et que l’utilisation des modèles s’améliore. »
Analyste SaaStr, 2026
Anthropic a déclaré un résultat opérationnel ajusté positif au T2 2026. Le tableau est toutefois à nuancer : la perte nette GAAP de 2025 s’élève à 42 milliards $, cinq fois supérieure aux 8,3 milliards $ de 2024. L’écart entre résultat opérationnel ajusté et perte GAAP tient principalement aux charges non monétaires et à la rémunération en actions, courantes dans les sociétés hyper-croissantes mais qui subiront un examen minutieux dès la cotation.
L’écart structurel avec OpenAI
La comparaison avec OpenAI est moins équilibrée qu’il n’y paraît. Les documents internes du rival projettent une perte de 14 milliards $ pour 2026, avec plus de 1 000 milliards $ engagés en infrastructure et un free cash flow positif attendu seulement en 2029. Anthropic, avec une perte annuelle projetée d’environ 2 milliards $, brûle une fraction de cette somme. Le coût d’entraînement maximal d’Anthropic — environ 30 milliards $ — tourne à un niveau quatre fois inférieur à celui d’OpenAI selon SaaStr. C’est un avantage de coût structurel, pas un simple différentiel opérationnel.
Les 2 000 milliards $ sont-ils justifiables ?
À 65 milliards $ de revenu annualisé, une valorisation de 2 000 milliards $ implique un multiple de ~31x le revenu. À 100-120 milliards $ projetés sur l’année 2026, ce multiple se comprime entre 17x et 20x — élevé par rapport aux standards historiques, mais pas absurde pour une société croissant à ce rythme. Nvidia a historiquement traité entre 30 et 40 fois ses bénéfices en pleine euphorie IA ; Microsoft et, dans un registre plus tendu, les jeunes Amazon et Google servent de points de comparaison. Aucun ne sert toutefois de couche d’inférence IA pour une part significative du logiciel d’entreprise mondial.
Le cas haussier est cohérent : si l’IA devient effectivement le système d’exploitation de l’économie mondiale et si Claude en est la couche productive, une entreprise qui multiplie ses revenus par sept tout en améliorant simultanément ses marges unitaires mérite une prime. Les effets de réseau B2B (chaque client Fortune 500 adopting Claude renforce l’indispensabilité du produit, génère davantage de signal d’entraînement et creuse les coûts de migration) constituent le type de rempart que les marchés cotés paient au prix fort.
Le cas baissier l’est tout autant : 65 milliards $ de revenu annualisé ne valent pas 65 milliards $ encaissés. Les contrats entreprise restent résiliables. La tarification à l’usage peut s’avérer erratique. La perte nette de 42 milliards $ en 2025 — même partiellement expliquée par des éléments non monétaires — décrit une entreprise qui brûle encore du cash à grande échelle. Et les coûts de calcul qui baissent aujourd’hui pourraient ne pas descendre assez vite pour compenser la prochaine génération d’entraînement de modèles, exponentiellement plus coûteuse.
Le risque réglementaire DoD
Anthropic s’est déjà heurté au Department of Defense sur l’usage de ses modèles, débouchant sur une mise sur liste noire du Pentagone que la société conteste en justice. Une interdiction DoD visant un fournisseur majeur d’IA n’est pas un écueil réglementaire banal : c’est une question fondamentale sur les lieux où les modèles d’Anthropic peuvent être déployés au sein des plus grandes institutions mondiales. Le président Trump a jugé possible un accord, mais le litige reste pendant et son issue, incertaine.
2026, déjà la plus grosse année IPO depuis 2000
Le contexte macroéconomique amplifie le choc. Les entreprises ont levé environ 160,6 milliards $ en IPO au 19 août 2026, à portée du record annuel de 175 milliards $ établi en 2021 — avant même de compter l’introduction d’Anthropic. Si cette dernière dépasse les 86 milliards $, l’année entre dans une zone véritablement inexplorée.
Les startups californiennes ont levé environ 366 milliards $ en 2026 selon PitchBook, relayé par le Wall Street Journal — plus de trois fois le total des 49 autres États américains. OpenAI et Anthropic concentrent à elles seules environ la moitié de ces dollars. Derrière Anthropic, le pipeline reste consistant : Databricks a bouclé un tour de 5 milliards $ à 190 milliards $ de valorisation en août 2026 ; Broadcom lèverait un package de dette de 60 à 100 milliards $ pour financer son infrastructure IA.
Le précédent SpaceX : que retenir pour le post-IPO ?
L’expérience SpaceX offre un aperçu — et un avertissement — sur ce qui attend les actionnaires publics d’Anthropic. La chute de 50 % depuis le pic post-IPO en quelques semaines rappelle qu’un record de levée au day one ne dit rien du prix à J+90. Le lock-up de 366 jours pour Musk et les insiders, ainsi que les lock-ups échelonnés de 180 jours pour les autres investisseurs pré-IPO, signifieront une expansion brutale du flottant à l’expiration, avec le choc d’offre qui en découle. La taille des blocs et leur prix de cession testeront alors la solidité de la demande.
Conclusion : un verdict qui se rendra sur la route du roadshow
L’IPO d’Anthropic, si elle se matérialise à la taille et à la valorisation actuellement modélisées par certains investisseurs, constituera un moment définitoire pour la thèse d’investissement IA. Elle répondra à des questions que les marchés privés n’ont pas pu trancher : une société d’IA peut-elle multiplier ses revenus par sept tout en améliorant ses unit economics ? Cette croissance peut-elle se maintenir face à l’intensification concurrentielle d’OpenAI, Google, Meta et Amazon ? Et peut-elle absorber le tir groupé réglementaire — du blacklist DoD aux débats plus larges sur la gouvernance de l’IA — sans érosion significative de l’adoption entreprise ?
Les chiffres sont réels et extraordinaires. Le chemin vers la rentabilité se rétrécit. Le rempart concurrentiel, mesuré à l’aune de l’adoption entreprise et de la part développeur, se renforce. Reste qu’une valorisation de 2 000 milliards $ au day one reste une hypothèse que seul le roadshow — et les premiers trimestres de cotation — pourront valider. Une chose est déjà acquise : quand le prospectus public sera déposé, le monde regardera.
Sources
- CNBC — Anthropic confidentially files IPO prospectus with SEC (1er juin 2026)
- Value Add Pulse — Anthropic Eyes IPO Big Enough to Beat SpaceX (août 2026)
- Wikipedia — Initial public offering of SpaceX (2026)
- Binance Square — Anthropic IPO Could Break SpaceX’s Record (2026)
- Sacra — Anthropic revenue, valuation & funding (2026)
- SaaStr — Anthropic Just Passed OpenAI in Revenue (2026)
- Value Add VC — Is Anthropic Profitable? 2026 Losses, Burn Rate (2026)
- Yahoo Finance / CNBC — Anthropic compute cost per revenue dollar reporting (T1-T2 2026)
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

