La guerre tarifaire de Trump contre la Suisse : une injustice

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Les États-Unis pénalisent leur 7e partenaire commercial avec 39 % de tarifs douaniers tout en ignorant un excédent de services de 29,7 milliards de dollars et 56,6 milliards d’or en transit. Une guerre commerciale économiquement indéfendable contre l’un des alliés les plus fiables de l’Amérique.

🔑 En bref

  • La Suisse est le 7e partenaire commercial des États-Unis avec 292,9 milliards de dollars d’échanges en 2025
  • Les entreprises suisses emploient 400 000 Américains et ont investi 351 milliards de dollars aux USA
  • Le déficit de 39 milliards ignore 56,6 milliards d’or et un excédent de services de 29,7 milliards
  • Berne a supprimé tous ses tarifs industriels le 1er janvier 2024, sans réciprocité exigée
  • Un accord de novembre 2025 a ramené les tarifs de 39 % à 15 %, révélant le caractère purement transactionnel

Les chiffres d’une relation bilatérale exceptionnelle

Posons d’abord les faits. Selon l’Office du Représentant américain au Commerce (USTR), les échanges bilatéraux de biens et de services entre les États-Unis et la Suisse ont atteint environ 292,9 milliards de dollars en 2025, faisant de la Confédération helvétique le 7e partenaire commercial des États-Unis — au même niveau que le Japon ou l’Irlande en termes d’importance économique. Ce n’est pas un acteur périphérique de l’économie américaine : c’est un partenaire fondamental.

L’ambassade des États-Unis à Berne le reconnaît sans détour :

« Le partenariat économique américano-suisse a atteint des sommets historiques et constitue un modèle d’investissement mutuellement bénéfique. »

Ambassade des États-Unis à Berne

Chaque année, les multinationales suisses importent près de 28 milliards de dollars de biens vers les États-Unis, tout en exportant 19 milliards de dollars depuis les États-Unis vers la Suisse. Elles investissent environ 15 milliards de dollars par an dans la recherche et le développement américain. Le salaire moyen d’un employé d’une filiale suisse sur le sol américain dépasse 100 000 dollars par an.

Le tableau suivant résume les principaux indicateurs de cette relation :

IndicateurValeur (2024-2025)
Échanges bilatéraux totaux292,9 milliards USD
Rang de la Suisse comme partenaire US7e
Investissement direct suisse aux USA351 milliards USD
Rang comme source d’IDE6e
Emplois américains chez affiliés suisses400 000
Salaire moyen>100 000 USD
Investissement R&D annuel15 milliards USD
Excédent de services US vers Suisse29,7 milliards USD
Or non monétaire importé56,6 milliards USD

La fiction du déficit commercial

La guerre commerciale contre la Suisse repose sur un seul chiffre : le déficit bilatéral de marchandises, que Trump a cité à plusieurs reprises comme étant de 39 milliards de dollars. Ce chiffre, techniquement exact pour les seuls biens, constitue un fondement délibérément creux sur lequel bâtir une guerre commerciale. Il ignore la plus grande composante du commerce, il ignore les excédents de services, et il ignore les réalités structurelles du commerce mondial.

Considérons ce que les États-Unis importent réellement de Suisse. La plus grande catégorie est l’or non monétaire — l’or raffiné qui transite par les coffres suisses vers les marchés mondiaux. En 2025, l’or non monétaire a représenté 56,6 milliards de dollars d’importations américaines depuis la Suisse, selon USAFacts. Il ne s’agit pas d’une richesse suisse extraite d’Amérique. L’or est une matière première échangée mondialement ; le rôle de la Suisse comme plaque tournante de raffinage et de négoce déforme considérablement les chiffres bilatéraux. Retirez l’or de l’équation, et la narrative du déficit commercial s’effondre.

Puis il y a la dimension des services. Les États-Unis affichent un excédent massif de services avec la Suisse — 29,7 milliards de dollars en 2024, en hausse de 30,9 % par rapport à l’année précédente, selon l’USTR. Les banques, cabinets de conseil, entreprises technologiques et institutions financières américaines ont généré près de 65 milliards de dollars d’exportations de services vers la Suisse en 2024. Quand le tableau complet est dressé — comme le ferait tout analyste commercial honnête — la relation est largement équilibrée, et les États-Unis détiennent une position dominante dans les services.

Ryan Young, économiste principal au Competitive Enterprise Institute, n’a pas mâché ses mots :

« Ce n’est pas exact. »

Ryan Young, Competitive Enterprise Institute, sur le déficit de 40 milliards cité par Trump

Les chiffres des services ne sont pas une exception : ils sont la norme dans les relations commerciales modernes. Comme l’a documenté la Brookings Institution au printemps 2025, le déficit commercial américain total a été considérablement gonflé politiquement et utilisé comme arme rhétorique plutôt que comme métrique analytique. Le commerce international reflète des dynamiques monétaires, des avantages comparatifs et des schémas de consommation qui n’ont rien à voir avec les politiques des partenaires commerciaux.

Une ouverture de marché sans précédent dans l’histoire commerciale

Voici le fait qui rend les tarifs actuels les plus indéfensables : la Suisse a unilatéralement éliminé tous ses tarifs sur les biens industriels avec effet au 1er janvier 2024. Comme l’a indiqué le gouvernement suisse dans un communiqué d’août 2025 : « la Suisse a unilatéralement supprimé tous les tarifs sur les biens industriels au 1er janvier 2024, ce qui signifie que plus de 99 % des biens américains entrent en Suisse sans tarif. » Aucune négociation. Aucune concession réciproque exigée à l’avance. La Suisse a simplement ouvert son marché et fait confiance au principe du libre-échange.

Combien de pays peuvent en dire autant ? L’Union européenne maintient des tarifs sur une gamme de produits agricoles et industriels américains. La Chine maintient des barrières significatives. Même le Canada et le Royaume-Uni, alliés les plus proches de l’Amérique, n’offrent rien d’approchant un accès sans tarif à 99 % pour les biens américains. La Suisse a fait cela volontairement, unilatéralement, et sans fanfare — parce qu’elle croyait aux marchés ouverts.

La réponse de l’administration Trump à ce geste extraordinaire ? Imposer un tarif de 39 % sur les exportations suisses vers les États-Unis en août 2025 — plus du double du taux appliqué à l’Union européenne, près de quatre fois le taux appliqué au Royaume-Uni. La Suisse a été punie pour être plus ouverte que quiconque.

Le deal de novembre 2025 : la levée du masque

Dans un rebondissement qui révèle la nature transactionnelle de la politique commerciale de Trump, la Suisse négociait alors l’achat de chasseurs F-35 aux États-Unis — un engagement de plusieurs milliards de dollars qui aurait représenté l’un des plus gros achats uniques d’armes américaines par un pays. À mesure que les tarifs s’intensifiaient, les analystes spéculaient largement sur une annulation ou une restructuration de cette commande par la Suisse. Les exportations suisses vers les États-Unis étaient soumises aux tarifs ; les exportations américaines d’équipements militaires vers la Suisse ne l’étaient pas — une dynamique qui rendait l’achat politiquement intenable.

Puis, en novembre 2025, quelque chose a changé. La Maison Blanche a annoncé un « accord commercial historique » avec la Suisse et le Liechtenstein, ramenant le taux tarifaire de 39 % à 15 %. Les détails de ce que la Suisse a concédé restent débattus, mais l’optique était claire : les tarifs avaient été utilisés comme levier dans une négociation, et non comme réponse calibrée à une injustice authentique. La narrative sous-jacente — celle d’une Suisse mauvaise actrice — n’était apparemment pas si solide qu’elle ne pouvait être écartée lorsqu’un marché se présentait.

Comme l’ont relevé les analystes de Lombard Odier en août 2025, « les incertitudes sur la durée et la portée des tarifs sur les exportations, et la réponse du monde des affaires en termes de relocalisations partielles vers l’UE pour profiter de son taux tarifaire US de 15 % » représentent un risque réel. Si le protectionnisme américain pousse l’investissement suisse vers l’Europe, les 400 000 emplois américains soutenus par les entreprises suisses ne sont pas en sécurité : ils marchent sur une corde raide au-dessus de l’Atlantique.


Conclusion : un partenaire fiable, pas une cible

La Suisse n’a pas dévalué sa monnaie pour booster ses exportations. Elle n’a pas volé de propriété intellectuelle américaine. Elle n’a pas maintenu de barrières tarifaires illégales contre les biens américains. Elle n’a pas engagé de transfert forcé de technologie. Elle n’a pas subventionné ses exportateurs au détriment des travailleurs américains. Elle a fait l’inverse de tout cela.

Les tarifs imposés en 2025 ne représentent pas une réponse justifiée à des pratiques commerciales déloyales — parce que ces pratiques n’existent pas — mais une instrumentalisation délibérée de la politique commerciale comme outil d’intimidation politique. Le fait qu’un accord ait finalement été conclu ne rend pas l’extorsion acceptable. La Suisse a été secouée, et elle a payé un prix. Le monde regarde comment les États-Unis traitent leurs partenaires les plus fiables. Punir un pays pour avoir éliminé ses propres tarifs, employant 400 000 Américains au salaire moyen de six chiffres, c’est punir la compétence, pas la triche. La Suisse mérite mieux. L’Amérique mérite une politique commerciale qui reflète la réalité plutôt que la rhétorique.

Sources

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

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Passionné de nouvelles technologies, j’explore l’univers de la blockchain et des cryptomonnaies pour partager l’actualité et les innovations du secteur.

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