Bithumb reporte son IPO après 2028 : sanctions AML et pari sur la conformité

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Alors que le marché sud-coréen des cryptomonnaies compte plus de 16 millions de comptes locaux, Bithumb a officialisé le report de son IPO au-delà de 2028. Entre sanctions AML, une erreur historique à 620 000 BTC et des revenus en hausse de 24 %, l’exchange mise sur la conformité avant de viser le Nasdaq.

🔑 En bref

  • L’IPO de Bithumb est officiellement repoussée après 2028, loin de l’objectif initial de 2025.
  • L’exchange subit plusieurs sanctions : suspension de 6 mois, amende de 24 M$ puis 27 M$ infligés par la FIU.
  • En février 2025, une erreur a crédité 620 000 BTC (~43 Md$) sur les comptes des utilisateurs.
  • Les revenus 2025 atteignent 430 M$ (+24 %) et la part de marché dépasse désormais 30 %.
  • Le rival Dunamu (Upbit) finalise sa propre IPO avec Naver Financial en septembre 2025.

Un report stratégique pour optimiser la fenêtre de marché

Lors de l’assemblée générale annuelle du 19 mai 2025, le directeur financier Jeong Sang-gyun a indiqué aux actionnaires que Bithumb concentrerait ses efforts sur la préparation de l’introduction en bourse jusqu’en 2027. L’exchange a signé un contrat de conseil avec Samjong KPMG, l’un des Big Four coréens, courant jusqu’à fin 2027. Un porte-parole a précisé au quotidien Maeil Kyungjae que la cotation aurait très probablement lieu après le début de 2028.

Cette nouvelle échéance s’écarte nettement des objectifs initiaux : une cotation était visée dès le second semestre 2025, puis au premier semestre 2026 sur le Nasdaq, avant d’être ajournée sine die. Le calendrier de l’IPO a ainsi glissé de près de trois ans par rapport au plan d’origine, un délai considérable pour un exchange du top 5 mondial en volumes spot, qui doit désormais composer avec un environnement réglementaire beaucoup plus strict.

ÉchéanceObjectifStatut
S2 2025IPO initialeAbandonné
H1 2026Cotation NasdaqReporté sine die
2027Préparation comptableEn cours avec Samjong KPMG
2028+Nouvelle cible officielleProbable selon la direction

« Il est très probable que l’introduction en bourse aura lieu après le début de 2028. »

Porte-parole de Bithumb, Maeil Kyungjae

Sanctions AML et conformité : le prix à payer

Ce délai supplémentaire n’est pas un choix opportuniste mais une nécessité réglementaire. Les autorités sud-coréennes ont imposé à la plateforme une suspension opérationnelle de six mois ainsi qu’une amende de 24 millions de dollars pour des violations présumées du blanchiment d’argent (AML, anti-money laundering). La Financial Intelligence Unit (FIU) a ajouté par la suite une amende supplémentaire d’environ 36 milliards de wons (27 millions de dollars) et une suspension partielle des activités.

Les dirigeants ont indiqué étudier la possibilité de contester ces sanctions, tout en renforçant leurs politiques comptables et leurs contrôles internes. Les actionnaires ont par ailleurs reconfirmé le PDG Lee Jae-won pour un second mandat de deux ans, signe d’un soutien de façade malgré la pression réglementaire. Sous sa direction, Bithumb a vu son image dégradée par ces multiples sanctions, mais aussi par la médiatisation de l’incident technique survenu en février 2025.

L’incident des 620 000 BTC : quand une erreur devient politique

En février 2025, Bithumb s’est retrouvé sous le feu des projecteurs pour une erreur de saisie spectaculaire. Lors d’une campagne promotionnelle, la plateforme a crédité par erreur environ 620 000 BTC sur les comptes des utilisateurs, d’une valeur de 43 milliards de dollars au moment des faits, au lieu des 2 000 wons sud-coréens (1,5 dollar) initialement prévus. Cette saisie a fait apparaître des soldes internes dépassant 40 milliards de dollars sur certains comptes.

La majorité de ces fonds n’a existé que sur le registre interne de l’exchange et a été inversée dans les heures qui ont suivi. L’incident a néanmoins déclenché une enquête de la Financial Supervisory Service (FSS) sur les contrôles internes et la gestion des risques de Bithumb. L’exchange a annoncé avoir récupéré la majeure partie des fonds et constitué un groupe de travail interne dédié à la prévention de ce type d’incidents, une démarche désormais indispensable avant toute IPO.

Des résultats financiers solides mais sans dividendes

Malgré ces turbulences, Bithumb a affiché une performance financière solide pour l’exercice 2025. La société a déclaré des revenus d’environ 651 milliards de wons, soit 430 millions de dollars, en hausse de 24 % en glissement annuel. La part de marché domestique dépasse désormais 30 %, portée par 1,74 million de nouveaux clients ayant ouvert un compte au cours de l’année. Le bénéfice net s’est établi à 52 millions de dollars, un niveau correct mais sans commune mesure avec les profits record enregistrés lors du précédent cycle haussier.

Toutefois, les actionnaires ont exprimé leur mécontentement face au refus de la direction de verser des dividendes. Un actionnaire a fait remarquer que le concurrent Dunamu, opérateur d’Upbit, distribuait régulièrement des dividendes, alors que Bithumb n’en a versé qu’une seule fois à ce jour. Le PDG Lee Jae-won a répondu que l’entreprise concentrait ses capitaux sur l’expansion de sa part de marché et l’augmentation de la valeur corporate avant l’IPO, une justification classique mais qui n’a pas totalement convaincu la salle.

Le contexte sud-coréen : stablecoins, fiscalité et rivalité Upbit

Sur le plan politique, le président sud-coréen Lee Jae-myung, entré en fonctions en juin 2025, a introduit une législation sur les stablecoins de paiement, susceptible de remodeler le marché local en imposant des règles strictes aux émetteurs adossés au won. Une taxe sur les gains cryptographiques, proposée à plusieurs reprises depuis 2021 puis reportée, pourrait par ailleurs être entièrement abandonnée selon des rapports de mars 2025. Cette clarification fiscale serait un signal positif pour toute IPO crypto en Corée.

Dans le paysage concurrentiel, Dunamu (Upbit) poursuit ses propres projets d’introduction en bourse dans le cadre d’une alliance stratégique avec Naver Financial, avec une finalisation attendue en septembre 2025, bien que ce calendrier ait été repoussé de trois mois en raison de délibérations réglementaires. Dunamu a déclaré qu’elle poursuivrait une IPO ‘immédiatement’ après la finalisation de la fusion. Des experts financiers non identifiés ont qualifié le report de Bithumb de ‘coup stratégique’ visant à optimiser le moment de l’introduction et à maximiser la valeur de l’entreprise, une lecture qui contraste avec l’image d’un exchange sous pression.


Conclusion : vers une IPO en 2028 ou au-delà

Le report de l’IPO de Bithumb au-delà de 2028 illustre la complexité d’introduire en bourse un exchange crypto en période de durcissement réglementaire mondial. D’un côté, la plateforme affiche des fondamentaux solides, avec une croissance des revenus de 24 %, une part de marché supérieure à 30 % et une base de clients en expansion, qui justifieraient une cotation rapide. De l’autre, les sanctions AML en cascade et l’incident des 620 000 BTC imposent un travail de conformité long et coûteux avant toute exposition publique.

À moyen terme, deux scénarios se dessinent : une IPO effective courant 2028 si la Corée du Sud clarifie sa fiscalité crypto et si Upbit ouvre la voie avec succès, ou un nouveau glissement si de nouvelles sanctions venaient s’ajouter au dossier. Pour les investisseurs, la clé reste la capacité de Bithumb à transformer ses progrès en matière de conformité en avantage compétitif durable face à Upbit, son rival domestique déjà bien plus avancé dans le processus de cotation.

Sources

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

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Passionné de nouvelles technologies, j’explore l’univers de la blockchain et des cryptomonnaies pour partager l’actualité et les innovations du secteur.

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