Faille Coldcard : 594 BTC vidés en 25 minutes d’un hardware wallet

Share

Une défaillance dans le générateur de nombres aléatoires du micrologiciel Coldcard a permis à un attaquant d’aspirer 594 bitcoins depuis environ 500 portefeuilles en moins de 25 minutes vendredi 31 juillet 2026. L’incident, attribué à un défaut introduit en mars 2021, relance le débat sur la sécurité de la chaîne d’approvisionnement logicielle des hardware wallets.

🔑 En bref

  • 594 BTC (~38 M$) vidés entre 01:31 et 01:56 UTC le 31 juillet 2026
  • Faille dans le firmware Coldcard 4.0.0 publié en mars 2021
  • ~500 portefeuilles à signature unique touchés, détenant plus de 0,15 BTC
  • 562 BTC consolidés dans une seule adresse, inactive depuis
  • Bitcoin au-dessus de 64 000 $ : pas de correction notable

L’attaque éclair : chronologie d’un vol méthodique

L’opération s’est déroulée sur une fenêtre extrêmement serrée. Entre 01:31 et 01:56 UTC, soit 25 minutes, 1 324 segments de bitcoins (UTXO) appartenant à quelque 500 adresses distinctes ont été transférés à hauteur de 594 BTC. La répartition sur trois blocs consécutifs trahit une exécution automatisée, presque certainement orchestrée par un script ayant pré-calculé les clés privées compromises avant l’heure H.

Chaque portefeuille visé était à signature unique (single-sig) et abritait plus de 0,15 BTC — un seuil qui suggère une présélection ciblée plutôt qu’un balayage opportuniste. Selon les analystes de Block, beaucoup de ces UTXO dormaient depuis plusieurs années, et leur ancienneté correspond presque exactement à la période pendant laquelle le firmware défectueux a été installé : 2021 à 2026.

BlocTranche horaireVolume (BTC)Cible
Bloc A01:31-01:39~210UTXO dormants
Bloc B01:40-01:48~190Portefeuilles récents
Bloc C01:49-01:56~194Consolidation finale
Total25 minutes594 (~38 M$)500 adresses

En bout de chaîne, 562 BTC ont été consolidés dans une adresse unique qui n’a pas bougé depuis, suggérant que l’attaquant n’a pas encore tenté d’introduire les fonds dans les plateformes centralisées — un délai inhabituel pour un vol de cette ampleur, possiblement destiné à laisser la poussière retomber avant toute conversion en stablecoins.

La faille technique : un RNG silencieusement contourné

La racine du problème se trouve dans un commit daté du 1er mars 2021 et inclus dans le firmware 4.0.0 distribué ce mois-là. Selon les équipes d’ingénierie et de sécurité Bitcoin de Block, un paramètre de configuration amenait l’appareil à ignorer son propre générateur de hasard matériel (TRNG). Pire, une vérification dans la bibliothèque de support ne testait que l’existence du paramètre, et non son état d’activation.

Résultat : la génération de clés retombait silencieusement sur un substitut logiciel basique, alimenté par le numéro de série de la puce et les registres d’horloge. Aucun de ces éléments n’est confidentiel — le numéro de série figure parmi les métadonnées d’usine, et les valeurs d’horloge constituent un état temporel qu’un attaquant peut restreindre ou mesurer sur un appareil lui appartenant. La graine d’aléa devenait donc prédictible, et l’ensemble de l’espace de clés associé à cette graine pouvait être énuméré hors ligne bien avant l’attaque du 31 juillet.

« Mk4, Q et Mk5 ne sont pas affectés selon notre analyse préliminaire. »

Coinkite, fabricant du Coldcard

L’exposition dépendait du micrologiciel actif au moment de la création initiale du portefeuille, et non de la date d’achat du matériel. En pratique, les utilisateurs ayant généré une seed sur un Mk3 sous firmware 4.0.1 ou ultérieur sont concernés. Block a indiqué avoir communiqué ses conclusions à Coinkite, dont l’équipe les a reconnues, tout en qualifiant leurs analyses respectives de préliminaires. Block a précisé avoir publié sans test complet pour confirmer l’exploitabilité, car l’exploitation était déjà en cours.

Au-delà des seeds : paper wallets et clés dérivées

L’exposition ne se limite pas aux seeds standards. Le même générateur défaillant a produit :

  • les clés privées des paper wallets Coldcard (où la sortie devient directement la clé, sans dérivation supplémentaire via BIP32)
  • les masques de division de seed (seed split) utilisés pour le stockage multisigne réparti
  • les clés de clonage de dispositif, employées pour dupliquer un Coldcard vers un autre
  • les transferts dits de téléportation de clés entre appareils Coinkite

Cette généralisation accroît mécaniquement la surface de risque pour les utilisateurs ayant recouru à des architectures de sauvegarde non standard entre 2021 et 2026 — notamment les adeptes du stockage « air-gapped » combinant Mk3 et impression papier.

Marché BTC et bitcoins perdus : un écho discret sur le cours

Sur le plan marché, le bitcoin s’est échangé au-dessus de 64 000 dollars lors des premières heures asiatiques suivant l’attaque. Le vol de 38 millions de dollars n’a pas provoqué de correction notable ni de volatilité inhabituelle sur les plateformes d’échange. Cette absence de réaction s’explique par la taille relative du butin face à la capitalisation du réseau et par le fait que les fonds consolidés n’ont pas encore été introduits dans les circuits de vente.

L’incident s’inscrit dans une tendance de fond : la perte irréversible de bitcoins. Selon des estimations Chainalysis publiées début 2025, entre 2,3 et 3,7 millions de bitcoins seraient définitivement perdus, soit environ 11 à 18 % du plafond fixé à 21 millions. Environ 19,8 millions de BTC ont déjà été minés, mais une fois les jetons inaccessibles déduits, la quantité réellement utilisable se situerait plutôt entre 15,8 et 17,5 millions.

« Lost coins only make everyone’s coins worth slightly more. Think of it as a donation to everyone. »

Satoshi Nakamoto, créateur de Bitcoin

Conclusion : transparence et migration des fonds

L’affaire Coldcard illustre un risque sous-estimé : la défaillance silencieuse d’un générateur d’aléatoires peut rester latente pendant cinq ans avant d’être exploitée à grande échelle. Pour les utilisateurs concernés, la priorité immédiate consiste à transférer leurs fonds vers un portefeuille généré sur un firmware corrigé, ou sur un autre hardware wallet (Mk4, Q, Mk5, ou alternative concurrentielle).

À plus long terme, l’épisode appelle une réflexion sur l’audit indépendant du firmware des hardware wallets et sur la divulgation coordonnée entre Block, Coinkite et les autres acteurs du secteur. Le fait que Block ait rendu ses conclusions publiques avant d’avoir pu valider entièrement l’exploitabilité — par obligation morale face à une attaque active — pose la question de la cadence des correctifs de sécurité pour les appareils déployés sur le terrain, et du délai entre découverte d’une vulnérabilité et correctif effectif.

Sources

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

Telemac
Telemachttp://cryptoinfo.ch
Passionné de nouvelles technologies, j’explore l’univers de la blockchain et des cryptomonnaies pour partager l’actualité et les innovations du secteur.

Lire la Suite

Articles