Le Vietnam se dote enfin d’un marché crypto régulé dès la fin 2026

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Le Vietnam se dote enfin d’un marché crypto régulé dès la fin 2026

Le Vietnam s’apprête à lancer officiellement son premier marché crypto régulé dès le troisième trimestre 2026. Le vice-ministre des Finances, Nguyen Duc Chi, a annoncé cette nouvelle lors du forum Digital Trust in Finance 2026, confirmant que le pays pourrait voir les premières activités officielles de son marché d’actifs numériques régulés dès septembre 2026. Cette annonce marque un tournant majeur pour l’un des pays les plus actifs en matière de cryptomonnaies au monde, avec environ 20 millions de Vietnamiens détenant des actifs numériques sur des plateformes offshore comme Binance, OKX ou Bybit. Les autorités vietnamiennes comptent désormais mettre fin à cette situation de fait accompli et ramener ces flux financiers massifs sous leur juridiction.

Contexte

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Depuis plusieurs années, le Vietnam figure parmi les leaders mondiaux de l’adoption crypto. Selon l’indice Global Crypto Adoption 2025 de Chainalysis, le pays se classe au quatrième rang mondial, derrière l’Inde, les États-Unis et le Pakistan. En termes de valeur reçue sur la blockchain, le Vietnam se positionne également parmi les trois premières nations asiatiques pour le volume de transactions en ligne. Les transactions cryptos au Vietnam ont représenté environ 200 milliards de dollars sur les douze mois clos en juin 2025, un chiffre qui illustre l’ampleur de l’intérêt populaire pour les actifs numériques dans ce pays d’Asie du Sud-Est.

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Pourtant, cette activité massive s’est longtemps déroulée dans un cadre non régulé. La majorité des traders vietnamiens passent par des plateformes étrangères pour accéder aux marchés d’actifs numériques. Cette situation a généré des préoccupations persistantes en matière de protection des consommateurs, de lutte contre le blanchiment d’argent et de préservation des flux de capitaux nationaux. Les autorités régulatrices vietnamiennes ont longtemps été confrontées à l’impossibilité de surveiller efficacement des transactions effectuées sur des serveurs situés à l’étranger.

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Face à ces défis, les autorités vietnamiennes ont décidé d’agir. Dès septembre 2025, un programme pilote de cinq ans a été lancé pour encadrer les échanges de cryptomonnaies sur le territoire national. Ce programme imposait que toutes les transactions passent par des entreprises enregistrées localement et libellées en dong vietnamien. Cette première étape a posé les fondations d’un cadre juridique qui devrait aboutir à l’ouverture officielle du marché régulé.

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Le vice-ministre Nguyen Duc Chi a souligné lors du forum que ce nouveau cadre vise à garantir la transparence, la sécurité et une surveillance accrue du secteur des cryptomonnaies au Vietnam. L’objectif déclaré est de permettre aux investisseurs domestiques de bénéficier d’une protection équivalente à celle offerte sur les marchés financiers traditionnels, tout en permettant au gouvernement de prélever des impôts sur cette activité économique considérable.

Les faits

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Le 12 mai 2026, lors du forum Digital Trust in Finance, le vice-ministre Nguyen Duc Chi a confirmé que le Vietnam pourrait voir les premières activités officielles de son marché d’actifs numériques régulés dès le troisième trimestre 2026. Le calendrier prévoyait initialement une phase de préparation technique et juridique au deuxième trimestre, suivie d’un lancement opérationnel au troisième trimestre si les conditions étaient remplies.

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Le processus de sélection des plateformes autorisées a commencé dès le début de l’année 2026. Cinq entreprises ont déjà passé avec succès la première phase de qualification pour opérer des plateformes d’échange d’actifs numériques. Il s’agit de Techcombank, VPBank et LPBank, trois grandes banques privées vietnamiennes représentant le secteur bancaire traditionnel, ainsi que de VIX Securities, une société de courtage en valeurs mobilières faisant le pont avec le marché financier établi, et de Sun Group, un conglomérat majeur du pays ayant des intérêts dans de multiples secteurs économiques.

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Ces entreprises devront chacune déposer un capital social minimum de 10 000 milliards de dong, soit environ 408 millions de dollars américains. Cette exigence de capital élevée vise à garantir la solidité financière des futures plateformes et leur capacité à absorber d’éventuelles pertes. Une limite de 49 % de propriété étrangère est également imposée pour chaque plateforme, afin de préserver une majorité de contrôle domestique sur ces infrastructures financières stratégiques.

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Le cadre fiscal prévoit un impôt de 0,1 % sur chaque transaction crypto effectuée par des investisseurs particuliers via les plateformes agréées. Ce taux, modélé sur celui appliqué aux transactions boursières traditionnelles, a été choisi pour familiariser les investisseurs cryptos avec les mêmes obligations déclaratives que sur les marchés financiers classiques. Les profits des entreprises cryptos seront soumis à un impôt sur les sociétés de 20 %, avec déduction des coûts et charges opérationnelles. Par ailleurs, les transactions cryptos seront exonérées de TVA, une mesure destinée à éviter la double imposition et à favoriser l’adoption.

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Les cryptomonnaies ne pourront pas être utilisées comme moyen de paiement légal sur le territoire vietnamien, et tous les règlements devront impérativement être effectués en dong vietnamien, la monnaie nationale. Cette restriction vise à préserver la souveraineté monétaire du pays et à éviter que les cryptomonnaies ne concurrencent la monnaie fiduciaire sur le marché des paiements au quotidien.

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Du côté des plateformes internationales, OKX a confirmé son intention de participer au programme pilote via un investissement dans CAEX, la Vietnamese Prosperity Crypto Asset Exchange. Le fondateur Star Xu, PDG d’OKX, a déclaré que la plateforme contribuerait au capital de CAEX dès avril 2026 pour lui permettre d’atteindre le seuil minimal de capital requis. Cette participation marque la volonté des grands exchanges internationaux de rester présents sur le marché vietnamien, même si leurs opérations resteront tributaires de l’approbation des autorités régulatrices.

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Selon les chiffres officiels, environ 20 millions de Vietnamiens détiendraient des avoirs en cryptomonnaies, un chiffre qui représente plus de 20 % de la population adulte du pays. La majorité de ces avoirs sont cependant sur des plateformes offshore, soustrayant ces investissements à toute forme de surveillance ou de taxation par les autorités d’Hanoï. Le marché gris déduit est estimé entre 220 et 230 milliards de dollars par an, un montant qui équivaut à peu près au produit intérieur brut du pays sur la même période.

Analyse

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Cette initiative vietnamienne s’inscrit dans un mouvement plus large de régulation des cryptomonnaies en Asie du Sud-Est. En lançant un marché domestique, Hanoï cherche à reprendre le contrôle sur un secteur qui échappait largement à sa juridiction. Les autorités pointent notamment les risques liés à l’utilisation des cryptomonnaies à des fins de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme, des préoccupations qui résonnent avec les standards internationaux de lutte contre ces phénomènes.

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Sur le plan économique, le projet vise à transférer les flux financiers actuellement dirigés vers les plateformes offshore vers un écosystème domestique surveillé. Avec un volume annuel estimé entre 220 et 230 milliards de dollars, le marché vietnamien représente un enjeu financier considérable pour les caisses de l’État. En redirigeant les transactions vers des plateformes locales, l’État vietnamien espère prélever des impôts sur cette activité et limiter l’exode de capitaux vers l’étranger. Les estimations du manque à gagner fiscal sont substantielles et ont contribué à accélérer l’adoption du cadre réglementaire.

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Les experts soulignent néanmoins les défis considérables de mise en œuvre. Le pays devra renforcer ses capacités de supervision, former des inspecteurs qualifiés et développer des outils spécialisés pour la surveillance des transactions sur la blockchain. La coopération internationale avec les plateformes étrangères, notamment pour le partage d’informations et le gel des actifs suspects, constituera un autre point sensible du dispositif. Les autorités vietnamiennes devront négocier des accords de coopération avec les régulateurs financiers des pays où sont basées les principales plateformes internationales.

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Par ailleurs, le succès du marché dépendra de la capacité des nouvelles plateformes locales à convaincre les utilisateurs de migrer depuis les services auxquels ils sont habitués. Les traders Vietnamiens ont développé des liens forts avec des plateformes comme Binance, qui offrent une large gamme de produits, une liquidité abondante et des interfaces familières. Reproduire cette expérience sur des plateformes locales représentera un défi considérable, d’autant que les restrictions sur les types d’actifs disponibles et les limites de capital pourraient réduire l’attractivité du nouveau marché.

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Un autre enjeu majeur concerne la coopération avec les plateformes étrangères qui dominent actuellement le marché vietnamien. Les autorités ont déclaré qu’elles bloqueront l’accès aux plateformes non agréées, une mesure qui pourrait déclencher des protestations de la part des utilisateurs habitués à leurs services préférés. La mise en œuvre technique de ce blocage présentera également des défis considérables, les Vietnamiens étant réputés pour leur ingéniosité dans l’utilisation de VPN et d’autres outils pour contourner les restrictions gouvernementales.

Réactions du marché

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L’annonce du vice-ministre a été accueillie favorablement par les acteurs établis du secteur financier vietnamien. Les cinq entreprises sélectionnées ont renforcé leurs préparations techniques et juridiques pour respecter les critères d’agrément. Du côté des plateformes internationales, OKX a confirmé son intention de participer au programme pilote via un investissement dans CAEX, un projet qui montre la volonté des grands exchanges internationaux de rester présents sur ce marché prometteur.

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Les réactions des investisseurs détaillants demeurent néanmoins plus nuancées. Beaucoup craignent que la réglementation n’entraîne une hausse des frais de transaction ou des restrictions sur les types d’actifs disponibles. D’autres s’interrogent sur la capacité des nouvelles plateformes locales à fournir la même liquidité et la même variété de produits que les exchanges internationaux établis. La période de transition risque d’être délicate, avec des utilisateurs tentés de contourner les restrictions pour continuer à accéder à leurs plateformes préférées.

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Les analystes financiers soulignent que le succès du marché vietnamien dépendra en grande partie de la manière dont les autorités équilibreront surveillance et innovation. Un cadre trop rigide pourrait freiner l’émergence d’un écosystème local dynamique et favoriser le développement d’un marché parallèle d’actifs numériques. À l’inverse, une réglementation trop souple exposerait le marché aux risques de fraude, de manipulation et d’utilisation illicite des cryptomonnaies.

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Les réactions internationales ont également été nombreuses. Les grandes plateformes de change comme Binance et Bybit observent la situation avec attention, certaines ayant d’ores et déjà annoncé leur intention de coopérer avec les autorités vietnamiennes pour obtenir des licences d’opération. D’autres préfèrent attendre de voir les conditions exactes du cadre réglementaire avant de s’engager plus avant.

Perspectives

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Si le calendrier est tenu, le Vietnam rejoindra la liste croissante de pays asiatiques disposant d’un cadre réglementaire explicite pour les cryptomonnaies. La cible de Q3 2026 reste toutefois conditionnée à l’adoption finale des textes réglementaires par l’Assemblée nationale et à la qualification des premières plateformes. Les autorités travaillent actuellement sur les derniers détails du dispositif avec la Commission des valeurs mobilières et des changes, l’organe de supervision du marché financier vietnamien.

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Le succès de ce projet dépendra en grande partie de la capacité du pays à équilibrer surveillance et innovation. Le Vietnam nourrit l’ambition de faire de son économie numérique au moins 30 % du PIB d’ici 2030, un objectif ambitieux qui nécessite un cadre réglementaire adapté. Les cryptomonnaies et la blockchain sont considérées comme des composantes clés de cette stratégie de transformation numérique. La mise en place d’un marché régulé pourrait également servir à attirer des investissements étrangers dans le secteur technologique vietnamien, en offrant aux entreprises internationales la sécurité juridique qu’elles recherchent.

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Les prochains mois seront déterminants pour évaluer la réalité de ce calendrier. Les négociations avec les plateformes internationales, le déroulement des tests techniques et l’adoption des derniers textes réglementaires constitueront autant d’étapes clés dont dépend la réalisation des objectifs fixés par les autorités vietnamiennes. Le monde entier observera avec intérêt cette expérience de régulation crypto dans l’un des pays les plus dynamiques en matière d’adoption des actifs numériques.

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Pour les investisseurs vietnamiens, cette mutation réglementaire représente à la fois une opportunité et une contrainte. D’un côté, la possibilité de trader sur des plateformes régulées pourrait renforcer la protection de leurs avoirs et faciliter les recours en cas de litige. De l’autre, les restrictions sur les types d’actifs disponibles et les obligations déclaratives pourraient compliquer leurs stratégies d’investissement. L’année 2026 s’annonce donc comme une période de transition majeure pour l’écosystème crypto vietnamien, dont l’issue dépendra largement de la dextérité avec laquelle les autorités sauront mettre en œuvre leur ambitieux projet.

Sources

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