Le Bitcoin trouve-t-il enfin son plancher ? Goldman Sachs et le Clarity Act ravivent l’optimisme institutionnel

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Le Bitcoin trouve-t-il enfin son plancher ? Goldman Sachs et le Clarity Act ravivent l’optimisme institutionnel

Après des mois de baisse soutenue ayant ramené le Bitcoin sous les 60 000 dollars, les signaux d’un retournement se multiplient. Goldman Sachs, dans une note d’analyse publiée fin mars 2026, estime que le  » lavage par effet de levier  » qui pesait sur le marché depuis l’automne 2025 pourrait être épuisé. Simultanément, le Clarity Act, projet de loi américain sur la structure du marché des cryptoactifs, reprend de la vitesse au Congrès sous l’impulsion conjointe du secrétaire au Trésor, Scott Bessent, du président de la SEC, Paul Atkins, et du  » zar crypto  » de la Maison-Blanche, David Sacks. À cela s’ajoute le calendrier technique chargé d’Ethereum, dont la mise à niveau Glamsterdam est attendue pour le milieu de l’année 2026. Retour sur une confluence d’événements qui redonne des arguments à ceux qui préconisent la patience.

Graphique des marches financiers et du Bitcoin

Contexte

Le marché des cryptoactifs a connu un premier trimestre 2026 particulièrement difficile. Le Bitcoin, qui avait atteint un sommet à plus de 110 000 dollars à l’automne 2025, a progressivement reflux jusqu’à un point bas proche des 58 000 dollars début avril. Cette correction de plus de 45 % en quelques mois a provoqué des ventes massives sur les altcoins et un net resserrement des positions longues sur les marchés des produits dérivés. Les liquidations de contrats longs ont atteint des records historiques, avec plus de 2,1 milliards de dollars de positions liquidées en une seule journée sur Binance et Bybit lors du pic de la crise.

Plusieurs facteurs ont alimenté cette tendance baissière. Le premier réside dans le durcissement de la politique monétaire américaine, la Réserve fédérale maintenant ses taux directeurs dans une fourchette de 4,25 % à 4,50 % malgré une inflation qui reste supérieure à l’objectif de 2 %. Cette configuration de taux élevés renchérit le coût d’opportunité des actifs risqués et pousse les investisseurs institutionnels vers des valeurs refuges classiques comme les obligations Trésor américaines ou l’or.

Le second facteur tient aux incertitudes réglementaires persistantes aux États-Unis, le Clarity Act ayant été ajourné à plusieurs reprises depuis son dépôt initial en janvier 2026. Sans cadre réglementaire clair, les grands acteurs financiers américains restent sur la touche, ce qui limite les flux de capitaux frais vers le secteur des cryptoactifs. Cette situation a également incité plusieurs plateformes à privilégier des juridictions plus accueillantes comme les Émirats arabes unis ou Singapour pour leurs activités de détail.

Le troisième facteur, plus technique, est la vague de déchargement par les mineurs et les détenteurs précoces qui ont saisi l’occasion pour prendre leurs bénéfices. Les données de Glassnode montrent que les adresses de mineurs ont connu leur plus forte période de ventes depuis le krach de mai 2022, avec un flux net de plus de 4 800 BTC sortant des wallets de minage chaque semaine depuis le début de l’année 2026.

Cependant, les dernières semaines du mois d’avril 2026 marquent un changement de dynamique perceptible. Les flux institutionnels reprennent, les indicateurs on-chain montrent un ralliement des longues et plusieurs voix autorisées du monde financier américain appellent désormais à l’action législative urgente. Le marché semble avoir intégré les mauvaises nouvelles et anticipe désormais une amélioration du contexte plutôt qu’une poursuite de la détérioration.

Les faits

Le 28 mars 2026, Goldman Sachs a publié une note d’analyse dont la conclusion a retenu l’attention du secteur :  » La réintégration de la liquidité institutionnelle suggère que le lavage par effet de levier est désormais achevé « , écrivait James Yaro, analyste principal chez Goldman Sachs. Cette déclaration intervient alors que le Bitcoin oscille autour des 67 000 à 77 000 dollars, un niveau que la banque d’investissement considère comme une zone d’accumulation structurelle plutôt que de distribution. La note précise que les indicateurs de risque symétrique du marché ont atteint des niveaux qui n’avaient été observés qu’à deux reprises depuis 2017 : lors du creux du marché baissier de 2018 et lors du krach de mars 2020.

Le même jour, le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, publiait une tribune dans le Wall Street Journal appelant le Sénat à faire avancer le Clarity Act avant la fin du trimestre.  » Le temps du Sénat est précieux, et c’est maintenant qu’il faut agir « , a-t-il déclaré sur les réseaux sociaux.  » Le Clarity Act restaurerait la confiance que les entreprises de cryptoactifs peuvent construire et croître aux États-Unis.  » Cette prise de position conjointe avec Paul Atkins, président de la SEC, et David Sacks,  » zar crypto  » de la Maison-Blanche, représente un alignement rare entre les trois piliers de la politique financière américaine.

Le Clarity Act, dont un projet de 278 pages a été rendu public par la commission bancaire du Sénat le 12 janvier 2026, vise à établir un cadre réglementaire global pour les cryptoactifs. Il distingue trois catégories principales : les actifs numériques Commodity (sous juridiction CFTC), les actifs relevant d’un contrat d’investissement (sous juridiction SEC), et les stablecoins de paiement relevant des autorités bancaires. Le texte actuel interdit aux fournisseurs de services d’actifs numériques d’offrir des intérêts ou des rendements aux utilisateurs pour le simple fait de détenir des soldes en stablecoin, tout en autorisant les récompenses liées à l’activité ou les incitations conditionnels.

Le projet de loi prévoit également une période de transition de 18 mois pour la mise en conformité des acteurs existants, avec des licences spécifiques pour les prestataires de services d’actifs numériques. Les critiques du texte soulignent cependant que les restrictions sur les rendements des stablecoins pourraient freiner l’innovation dans ce segment, alors que les produits concurrents offshore offrent déjà des rendements attractifs sans restriction comparable.

Parallèlement, le 15 avril 2026, l’IRS a formellement mis en œuvre le reporting obligatoire du coût de base pour les courtiers en actifs numériques, via le formulaire 1099-DA. Cette mesure, qui entre dans le cadre de la conformité fiscale élargie pour le secteur, impose aux plateformes d’actifs numériques de déclarer les gains en capital des utilisateurs aux autorités fiscales américaines. Pour les investisseurs individuels, cela signifie la fin de l’auto-déclaration approximative et une intégration plus stricte des plus-values crypto dans le régime fiscal général des États-Unis.

Sur le plan technique, Ethereum prépare sa mise à niveau Glamsterdam, attendue au milieu de l’année 2026. Vitalik Buterin a détaillé huit propositions d’amélioration d’Ethereum (EIP) en février 2026 pour définir le périmètre de cette mise à niveau. Parmi les changements majeurs figure l’introduction de l’ePBS (enshrined Proposer-Builder Separation), un mécanisme qui déplace la séparation entre proposeur et constructeur de blocs directement sur la chaîne. Les chercheurs estiment que l’ePBS pourrait réduire l’extraction de MEV (valeur extractible du mineur) jusqu’à 70 %, ce qui se traduirait par une exécution plus équitable pour toute personne négociant, empruntant ou fournissant de la liquidité sur la couche de base d’Ethereum.

La limite de gaz par bloc passera de 60 millions à 200 millions d’unités, et le débit cible est fixé à 10 000 transactions par seconde, soit environ dix fois ce qu’Ethereum traite aujourd’hui. Cette amélioration substantielle de la capacité du réseau répond à une critique persistante sur la scalabilité d’Ethereum et pourrait permettre de supporter des applications décentralisées à très fort trafic sans congestion. Une autre évolution clé est la repricing du gaz via l’EIP-7904, qui réaligne les coûts du gaz avec les ressources informatiques réelles que chaque opération consomme, permettant des économies substantielles pour les opérations complexes comme le déploiement de contrats intelligents ou les échanges décentralisés.

Analyse

La convergence de ces trois récits — signal baissier épuisé chez Goldman Sachs, avancées législatives sur le Clarity Act, et évolution technique majeure chez Ethereum — n’est pas anodine. Elle répond à une configuration précise de facteurs qui, chacun pris isolément, n’auraient peut-être pas suffi à modifier la dynamique du marché, mais qui collectivement créent un climat de type  » accumulation discrète « . Les historiens du marché comparent cette configuration à celle de fin 2020, lorsque le Bitcoin avait connu une première phase de démocratisation auprès des particuliers avant l’entrée des institutionnels au premier trimestre 2021.

Du côté réglementaire, le fait que Scott Bessent, Paul Atkins et David Sacks s’expriment de concert constitue un signal politique fort. Ces trois personnalités représentent respectivement le ministère des Finances, le régulateur des marchés, et la Maison-Blanche. Un accord triangulaire de cette nature est rare et suggère que l’administration Trump vise une approche cohérente plutôt que fragmentée du secteur. La mention explicite de Bessent sur la nécessité d’amener l’avenir de la finance sur le sol américain indique une volonté politique précise de ramener l’innovation crypto aux États-Unis, alors que cette industrie s’était progressivement tournée vers d’autres juridictions pendant les années d’incertitude réglementaire.

Sur le plan économique, le contexte mérite également d’être nuancé. Si la Réserve fédérale maintient ses taux élevés, les anticipations de baisse de taux pour le second semestre 2026 restent intactes. Le marché obligataire anticipe désormais trois baisses de taux de 25 points de base chacune d’ici décembre 2026, ce qui réduirait le coût d’opportunité des actifs risqués et améliorerait les conditions de financement pour les entreprises du secteur crypto. Par ailleurs, les entrées record sur les ETF Bitcoin au comptant depuis le début de l’année 2026 — plus de 14 milliards de dollars cumulés — témoignent d’une demande latente forte qui n’attend qu’un signal favorable pour se matérialiser.

Du côté technique, la mise à niveau Glamsterdam d’Ethereum répond à plusieurs critiques récurrentes adressées au réseau. La lenteur des transactions, le coût élevé du gaz en période de forte affluence, et la concentration du pouvoir d’extraction de MEV entre les mains de quelques acteurs sont des problèmes que cette mise à niveau adresse directement. L’objectif de 10 000 TPS placerait Ethereum dans une catégorie de performance comparable à celle des réseaux de paiement centralisés comme Visa, tout en conservant ses propriétés de décentralisation et de résistance à la censure. Cette performance pourrait également accélérer l’adoption des applications décentralisées par les entreprises traditionnelles qui jusqu’ici hésitaient face aux limitations de scalabilité.

Réactions du marché

Depuis la publication de la note Goldman Sachs, le Bitcoin a retrouvé le seuil des 77 000 dollars, portant sa hausse à environ 32 % depuis le point bas d’avril. Les volumes d’échanges sur les marchés au comptant ont bondi de 28 % en une semaine, tandis que les flux nets vers les ETF Bitcoin au comptant sont redevenus positifs pour la première fois depuis février, avec des entrées cumulées de 847 millions de dollars sur les cinq premiers jours ouvrables d’avril, selon les données de Glassnode. Les principaux bénéficiaires de ces flux sont les ETF de BlackRock et Fidelity, qui concentrent environ 78 % des entrées nettes du secteur.

Sur le marché des produits dérivés, le taux de financement des contrats perpétuels reste légèrement négatif, signalant que les spéculateurs nets n’ont pas encore pleinement réinvesti à l’achat. C’est précisément cette configuration qui, selon les analystes, précède les phases d’accumulation institutionnelle : les particuliers sont prudents, les institutionnels commencent à se positionner. Le ratio put/call sur les marchés d’options reste également en territoire haussier, avec un intérêt manifesté pour des couvertures à la hausse plutôt que des paris baissiers.

Ethereum a également bénéficié de ce regain d’appétit. Le prix de l’ETH a dépassé le niveau des 2 000 dollars pour la première fois depuis janvier, porté à la fois par l’anticipation de Glamsterdam et par le climat général d’optimisme réglementaire. Les données on-chain montrent une hausse de 34 % des adresses actives quotidiennes sur le réseau Ethereum par rapport à la moyenne du premier trimestre, signe d’une reprise d’activité sur la blockchain. Le marché des NFT Ethereum a également connu un redémarrage modeste avec des volumes en hausse de 18 % sur OpenSea et Blur en mars 2026 comparé à février.

Les altcoins majeurs ont également participé au rebond généralisé. Solana (SOL) a regagné le seuil des 150 dollars, Polygon (MATIC) a progressé de 22 % sur le mois, et Avalanche (AVAX) a retrouvé des niveaux de prix non vus depuis novembre 2025. Cet élargissement du rally au-delà du seul Bitcoin est généralement interprété comme un signe de santé du marché crypto dans son ensemble et de réduction du risque de  » bitcoin-only  » qui avait prévalu pendant la phase de baisse.

Perspectives

Plusieurs scénarios méritent d’être envisagés pour les prochains mois. Le scénario central, retenu par la majorité des analystes contactés pour cet article, est celui d’une stabilisation progressive autour des 75 000 à 85 000 dollars pour le Bitcoin au cours du deuxième trimestre 2026, accompagnée d’une baisse de la volatilité implicite et d’une réduction du coût de couverture pour les institutionnels. Cette phase de consolidation baissière permettrait au marché de digérer les positions courtes accumulées pendant la période de panique et de reformer une base solide pour une éventuelle reprise au second semestre.

Ce scénario repose sur deux conditions préalables : l’adoption du Clarity Act par le Sénat avant les vacances d’été, et l’absence de nouveaux chocs macroéconomiques extérieurs. Sur le premier point, les analystes restent optimistes mais prudents. Le processus législatif américain est imprévisible et les ajournements de dernière minute pourraient reporter l’adoption à l’automne 2026. Sur le second point, les principaux facteurs de risque identifiés sont la persistance de l’inflation au-dessus de 3 % aux États-Unis, un éventuel durcissement des relations commerciales sino-américaines, ou une nouvelle crise bancaire régionale après les difficultés rencontrées par plusieurs établissements américains au premier trimestre.

Le scénario haussier, plus ambitieux mais crédible si les catalyseurs s’alignent, verrait le Bitcoin dépasser son précédent sommet de 110 000 dollars d’ici la fin 2026. Ce scénario suppose l’adoption rapide du Clarity Act, une baisse des taux de la Fed au second semestre, et le lancement d’ETF Ethereum au comptant aux États-Unis. Les projections de prix pour ce scénario situent le Bitcoin entre 130 000 et 150 000 dollars d’ici décembre 2026, porté par les flux institutionnels attendus.

Le scénario baissier, moins probable mais à garder à l’esprit, repose sur un échec du Clarity Act et un retour de la pression vendeuse sur les cryptoactifs. Un tel scénario ramènerait probablement le Bitcoin dans la zone des 55 000 à 60 000 dollars, avec des conséquences en cascade sur le reste du marché. Les altcoins subiraient des baisses proportionnellement plus importantes, avec des pertes potentielles de 40 à 60 % pour les actifs les plus spéculatifs. Les plateformes de négociation pourraient connaître des difficultés de liquidité similaires à celles observées lors des précédents cycles baissiers.

Pour les investisseurs, le message principal de cette période est celui de la patience et de la diversification sectorielle. Bitcoin et Ethereum représentent des profils de risque différents mais complémentaires : Bitcoin comme réserve de valeur numérique et couverture macroéconomique, Ethereum comme infrastructure de finance décentralisée et de plateformes d’applications décentralisées. La convergence de catalyseurs techniques et réglementaires observée en ce mois d’avril 2026 renforce l’argument d’une allocation raisonnée à ces deux actifs pour un horizon de moyen terme. Les conseils pratiques pour les investisseurs sont de privilégier le dollar-cost average sur les baisses plutôt que de tenter de chronométrer le marché, de privilégier les produits réglementés comme les ETF pour une exposition indirecte, et de maintenir une exposition aux altcoins qui ne dépasse pas 10 à 15 % du portefeuille crypto pour limiter le risque de baisse.

Sources

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