Le 25 février 2026, la Financial Conduct Authority (FCA) britannique a officiellement sélectionné quatre entreprises pour intégrer une cohorte spéciale dédiée aux stablecoins au sein de sa célèbre Regulatory Sandbox. Cette annonce marque une étape décisive dans la construction du cadre réglementaire cryptographique du Royaume-Uni, prévu pour entrer en vigueur fin 2026.
Quatre acteurs pour façonner la réglementation stablecoin britannique
Sélectionnées parmi 20 candidatures reçues entre novembre 2025 et janvier 2026, les quatre entreprises retenues couvrent un large spectre de cas d’usage : des paiements de détail au règlement institutionnel, en passant par la DeFi et la gestion de trésorerie d’entreprise.

Les quatre entreprises sélectionnées
| Entreprise | Description | Cas d’usage principal |
|---|---|---|
| Monee Financial Technologies | Infrastructure stablecoin liée au règlement et aux titres numériques | Règlement & digital securities |
| ReStabilise | Émission institutionnelle de stablecoins, custody et gestion de trésorerie | FX settlement, gestion d’actifs, trésorerie |
| Revolut | Stablecoin GBP adossé 1:1 à des actifs en livres sterling | Paiements de détail et crypto |
| VVTX | Écosystème de paiements sur une Layer 1 propriétaire avec le stablecoin GBPV | Paiements, DeFi & règlement |
Revolut en vedette : une crédibilité renforcée pour le sandbox
La présence de Revolut — le néobanque londonien pesant près de 35 milliards de dollars d’actifs clients — confère un poids considérable à cette initiative. La fintech travaillait déjà activement sur un projet de stablecoin depuis 2024, et cette sélection officialise son entrée dans l’écosystème réglementé britannique. Son stablecoin GBP sera adossé à 1:1 à des actifs en livres sterling, ciblant en priorité les paiements de détail et les transactions crypto.
VVTX se distingue quant à elle par une approche d’infrastructure complète : sa blockchain Layer 1 propriétaire est spécifiquement conçue pour relier les rails de paiement traditionnels (Web2) avec l’infrastructure Web3, autour de son stablecoin GBPV adossé à la livre sterling.
Un calendrier réglementaire ambitieux
Le programme sandbox ne constitue qu’une étape dans un processus législatif bien défini. Voici les jalons clés à retenir :
- T1 2026 — Démarrage des tests en conditions réelles dans le sandbox
- Été 2026 — Publication des Policy Statements par la FCA
- Septembre 2026 — Ouverture du portail de candidature pour l’autorisation sous le nouveau régime crypto
- Fin 2026 — Finalisation du cadre réglementaire pour les stablecoins
- Octobre 2027 — Entrée en vigueur du nouveau régime réglementaire complet pour les cryptoactifs
Les résultats des tests menés dans le sandbox alimenteront directement la rédaction des règles finales par le Trésor, la FCA et la Banque d’Angleterre.
La polémique des plafonds : l’industrie monte au créneau
Le même jour que l’annonce de la FCA, le CEO de Coinbase Brian Armstrong a vivement critiqué sur X les propositions de la Banque d’Angleterre. Ces dernières prévoient notamment :
- Un plafond de détention individuelle de £20 000 (~26 350 $)
- Un plafond pour les entreprises de £10 millions (~12,7 millions $)
- L’obligation de conserver 40% des réserves dans des comptes bancaires centraux non rémunérés
Armstrong a qualifié ces mesures de « blocage de l’innovation », avertissant que le Royaume-Uni risquait de perdre sa compétitivité dans l’économie numérique mondiale. Des parlementaires britanniques ont également exprimé leurs inquiétudes, craignant que ces règles n’étouffent l’innovation et ne poussent l’activité vers d’autres juridictions.
La pétition Stand With Crypto UK franchit les 80 000 signatures
Le mouvement de mobilisation citoyenne prend de l’ampleur. La pétition lancée par Stand With Crypto UK — groupe de plaidoyer soutenu par Coinbase — a dépassé les 80 000 signatures et se rapproche du seuil des 100 000 nécessaire pour déclencher un débat parlementaire. La date limite est fixée au 3 mars 2026.
La pétition réclame trois actions concrètes : un régime réglementaire pro-innovation pour les stablecoins et la tokenisation, l’exploration des usages gouvernementaux de la blockchain, et la nomination d’un « blockchain & crypto czar ». En parallèle, la Chambre des Lords a ouvert une enquête parlementaire dédiée aux stablecoins en réponse à cette mobilisation.
Le Royaume-Uni dans la course mondiale aux stablecoins
Le contexte international n’est pas favorable à la complaisance. L’Union européenne dispose déjà du cadre MiCA (Markets in Crypto-Assets), tandis que les États-Unis ont pris un virage résolument pro-stablecoins sous l’administration Trump, en écartant tout projet de CBDC. Le marché mondial des stablecoins dépasse désormais les 180 milliards de dollars.
Pour la City de Londres, les stablecoins adossés à la livre sterling représentent un enjeu stratégique majeur. Matthew Long, directeur des paiements et actifs numériques de la FCA, a souligné que l’objectif est de garantir que les émetteurs britanniques puissent « être dignes de confiance pour les paiements, le règlement et le trading ».
Verdict : un tournant, mais l’arbitrage reste ouvert
L’initiative de la FCA marque un tournant décisif : le passage de la phase de consultation à l’expérimentation en conditions réelles avec des entreprises nommées. Le succès de cette cohorte sandbox pourrait déterminer la capacité du Royaume-Uni à attirer les émetteurs de stablecoins et les entreprises blockchain dans les années à venir.
Toutefois, l’issue dépendra de l’arbitrage final entre la FCA, la Banque d’Angleterre et le Trésor sur des questions cruciales comme les plafonds de détention et les exigences de réserves. Si les règles s’avèrent trop restrictives, le risque est réel de voir les entreprises privilégier d’autres juridictions — comme l’illustre le récent départ de Gemini du marché britannique.
Source : FCA – Regulatory Sandbox stablecoins cohort, 25 février 2026


