Dans une escalade sans précédent, le président américain Donald Trump a annoncé samedi 17 janvier 2026 l’imposition de droits de douane de 10% sur huit pays européens, dont la France, menaçant d’augmenter ces taxes à 25% si aucun accord n’est trouvé concernant « l’acquisition complète et totale du Groenland ». Cette offensive commerciale contre des alliés de l’OTAN marque un tournant historique dans les relations transatlantiques.
Une menace commerciale inédite contre les alliés de l’OTAN
Dans une série de messages publiés sur son réseau social Truth Social, Donald Trump a déclaré que le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande se verront appliquer une surtaxe de 10% sur toutes les marchandises envoyées aux États-Unis à partir du 1er février 2026. Cette taxe passera à 25% au 1er juin et restera en vigueur « jusqu’à ce qu’un accord soit conclu pour la vente complète et intégrale du Groenland ».
Trump justifie ces mesures en affirmant que ces pays « se livrent à un jeu très dangereux » en ayant envoyé du personnel militaire au Groenland ces derniers jours. Cette annonce intervient moins de 48 heures après le lancement de la mission militaire européenne « Arctic Endurance » au Groenland, organisée à la demande du Danemark.

Le Groenland : un enjeu stratégique et économique majeur
Le Groenland occupe une position géostratégique cruciale entre l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Arctique. Cette île de 2,2 millions de kilomètres carrés abrite la base spatiale de Pituffik (anciennement Thulé), installée par les États-Unis depuis 1951 dans le cadre de l’OTAN. Cette base héberge un radar d’alerte avancée du NORAD et de l’US Space Force, élément clé du système de détection antimissile américain.
Le sous-sol groenlandais recèle d’immenses ressources minérales qui attisent les convoitises internationales. Selon le Service national de géologie du Danemark et du Groenland (GEUS), l’île possède 36,1 millions de tonnes de terres rares, ces métaux indispensables aux technologies de pointe. Les réserves exploitables sont estimées à 1,5 million de tonnes, faisant du Groenland la huitième plus grande réserve mondiale de terres rares. L’île abrite également 6 millions de tonnes de graphite, 235 000 tonnes de lithium, ainsi que des ressources en hydrocarbures estimées à 28,43 milliards de barils équivalent pétrole.
L’Europe riposte avec fermeté
Face à cette escalade, les dirigeants européens ont rapidement affiché leur unité. Le président français Emmanuel Macron a réagi fermement : « Aucune intimidation ni menace ne saurait nous influencer ». Il a précisé qu’il demanderait « l’activation de l’instrument anti-coercition » de l’UE si les menaces de Trump se concrétisent.
L’Union européenne a mis en garde contre « une spirale dangereuse ». Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et Antonio Costa, président du Conseil européen, ont publié une déclaration commune : « Des droits de douane compromettraient les relations transatlantiques et représenteraient un risque de spirale dangereuse vers le bas. »
L’instrument anti-coercition : le « bazooka commercial » de l’UE
L’instrument anti-coercition (ACI), adopté en novembre 2023, est un règlement qui vise à protéger l’UE contre la coercition économique exercée par des pays tiers. Cet outil, jamais utilisé jusqu’à présent, permet à l’Union d’adopter des contre-mesures ciblées : tarifs douaniers, restrictions commerciales, gel d’accès aux marchés publics européens, ou blocage d’investissements.
L’avantage stratégique de cet instrument réside dans son processus décisionnel : il ne nécessite qu’une majorité qualifiée des États membres, éliminant ainsi le pouvoir de veto. Une réunion d’urgence des ambassadeurs de l’Union européenne s’est tenue dimanche 18 janvier à Bruxelles pour coordonner la réponse européenne.
Impact économique pour la France
Les nouveaux droits de douane de 10%, qui s’ajouteraient aux 15% déjà en vigueur depuis l’accord de juillet 2025, porteraient le taux total à 25% pour la plupart des produits français exportés vers les États-Unis.
En 2024, la France a exporté 48,6 milliards d’euros de biens vers les États-Unis. Les secteurs les plus touchés seraient l’aéronautique (9,1 milliards d’euros), les boissons (4,1 milliards d’euros, principalement cognacs, vins et champagnes), les produits pharmaceutiques (3,8 milliards d’euros), ainsi que les parfums, cosmétiques et produits de luxe.
Selon la direction générale du Trésor, l’impact sur le PIB français est estimé à -0,1% en 2025 et -0,4% en 2026, tandis que l’Allemagne subirait une perte de -0,8% en 2026.
Une population groenlandaise massivement opposée
Le 17 janvier, plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés à Nuuk, la capitale du Groenland, ainsi qu’à Copenhague, pour dénoncer les ambitions territoriales de Donald Trump. À Copenhague, les organisateurs ont dénombré 15 000 participants.
Le premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen a mené le cortège à Nuuk, scandant avec la foule : « Le Groenland n’est pas à vendre ». Selon un sondage réalisé en janvier 2025, 85% des Groenlandais s’opposent à un rattachement aux États-Unis, tandis que seulement 6% s’y montrent favorables.
Une crise existentielle pour l’OTAN
La première ministre danoise Mette Frederiksen a averti qu’une attaque des États-Unis contre le Groenland « signifierait la fin de l’OTAN ». Le Danemark et le Groenland sont membres de l’OTAN, ce qui soulève la question de l’application de l’article 5 du traité de l’Alliance atlantique – le principe de défense collective stipulant qu’une attaque contre un membre est considérée comme une attaque contre tous.
Cette crise sans précédent illustre une profonde recomposition des relations transatlantiques. L’utilisation de mesures économiques coercitives contre des pays membres de l’OTAN pour obtenir des concessions territoriales représente une rupture radicale avec les normes diplomatiques de l’après-guerre. Les semaines à venir seront déterminantes pour savoir si Trump mettra effectivement ses menaces à exécution le 1er février, et si l’Union européenne parviendra à maintenir son unité face à cette pression américaine inédite.


