Trump et les cryptomonnaies : un investissement émirati de 500 millions $ dans World Liberty Financial soulève des questions

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Le président américain Donald Trump affirme n’avoir pas été informé d’un investissement massif de 500 millions de dollars réalisé par la famille royale d’Abu Dhabi dans World Liberty Financial, la plateforme crypto cofondée par sa famille. Cette transaction, révélée par le Wall Street Journal, intervient quatre jours seulement avant l’investiture de Trump et soulève de sérieuses questions sur les conflits d’intérêts potentiels.

Un investissement stratégique aux ramifications géopolitiques

Sheikh Tahnoon bin Zayed Al Nahyan, membre éminent de la famille royale des Émirats arabes unis et conseiller à la sécurité nationale depuis 2016, a acquis une participation de 49% dans World Liberty Financial pour 500 millions de dollars via Aryam Investment 1. Cette transaction fait de l’entité émiratie le plus grand actionnaire de la plateforme crypto.

Sur le premier versement de 250 millions de dollars, 187 millions ont été alloués à des entités liées à la famille Trump, tandis que 31 millions de dollars ont été dirigés vers une firme associée aux cofondateurs Zachary Folkman et Chase Herro. Selon Forbes, la part de Trump dans cette transaction s’élèverait à environ 260 millions de dollars avant impôts, tandis que ses trois fils recevraient collectivement environ 100 millions de dollars.

Sheikh Tahnoon : bien plus qu’un simple investisseur

Surnommé le « spy sheikh » (cheikh espion) en raison de son rôle dans le renseignement, Sheikh Tahnoon gère un portefeuille d’affaires estimé à 1 300 milliards de dollars qui soutient les intérêts de sécurité nationale des Émirats arabes unis. Il préside plusieurs institutions financières majeures, notamment :

  • Abu Dhabi Investment Authority (ADIA), un fonds souverain de 790 milliards de dollars
  • First Abu Dhabi Bank, la plus grande banque des EAU
  • Group 42 (G42), un conglomérat d’intelligence artificielle basé à Abu Dhabi
  • International Holding Company (IHC), la plus grande entité cotée à la bourse d’Abu Dhabi

En décembre 2024, son entreprise G42 a reçu l’autorisation du Département du Commerce américain d’acquérir des puces avancées auprès de Nvidia et AMD, soulignant sa position favorable auprès des régulateurs américains.

World Liberty Financial : une valorisation spectaculaire

Fondée en 2024, World Liberty Financial a connu une ascension fulgurante. Avant l’investissement émirati, une entité commerciale liée à Donald Trump et sa famille, DT Marks DEFI LLC, détenait environ 60% de la société. La famille Trump reçoit 75% des revenus nets générés par la vente de tokens WLFI, ainsi qu’une part des bénéfices du stablecoin USD1.

Le lancement public du token WLFI en septembre 2025 a généré une valorisation spectaculaire. Les documents publics révèlent que la famille Trump détient 22,5 milliards de tokens WLFI. Lorsque le token a atteint un pic d’environ 40 cents, la participation de la famille Trump représentait environ 5 milliards de dollars sur papier.

En décembre 2025, les Trump avaient déjà réalisé un bénéfice de 1 milliard de dollars sur les ventes de tokens, tout en conservant 3 milliards de dollars de tokens non vendus. Certaines estimations suggèrent que la fortune totale de la famille Trump liée aux cryptomonnaies pourrait atteindre 11,6 milliards de dollars.

Des liens émiratis multiples avec World Liberty Financial

L’investissement de Sheikh Tahnoon n’est pas le seul lien financier entre les Émirats arabes unis et World Liberty Financial. En juin 2025, un autre fonds basé aux EAU, la Aqua 1 Foundation, a annoncé l’achat de 100 millions de dollars de tokens WLFI, devenant ainsi l’un des plus grands investisseurs publics connus de la plateforme.

Plus tôt dans l’année, MGX, un fonds souverain d’Abu Dhabi également lié à Sheikh Tahnoon, a utilisé le stablecoin USD1 de World Liberty Financial pour faciliter un investissement de 2 milliards de dollars dans Binance, le principal exchange de cryptomonnaies. Ces multiples transactions illustrent l’intérêt croissant de la région du Moyen-Orient pour les cryptomonnaies et la blockchain.

Des conflits d’intérêts dénoncés

L’implication de Trump dans World Liberty Financial alors qu’il occupe la présidence des États-Unis a suscité de vives critiques. La sénatrice démocrate Elizabeth Warren a appelé en janvier 2025 les autorités bancaires fédérales à suspendre l’examen de la demande de charte bancaire de World Liberty Financial jusqu’à ce que Trump se départisse de ses participations.

En novembre 2025, la Commission des affaires judiciaires de la Chambre des représentants a publié un rapport accablant affirmant que Trump aurait directement bénéficié de ses propres décisions politiques concernant les cryptomonnaies. Le rapport qualifie la situation de « nouvelle ère de la corruption » et affirme : « Le président Trump et sa famille ont empoché des milliards de dollars grâce à une corruption d’une ampleur sans précédent. »

En mars 2025, Elizabeth Warren a dénoncé le Genius Act, une loi visant à créer un cadre réglementaire pour les stablecoins, comme ouvrant « la voie à un gigantesque conflit d’intérêts présidentiel ». Elle a déclaré que « pour la première fois dans l’histoire des États-Unis, cela fait également de notre président, Donald Trump, le régulateur de son propre produit financier. »

Des implications géopolitiques préoccupantes

L’investissement de Sheikh Tahnoon intervient dans un contexte géopolitique troublant. Quelques semaines après la finalisation de l’investissement de 500 millions de dollars, l’administration Trump a ignoré les préoccupations de sécurité nationale et s’est engagée à fournir 500 000 des puces d’intelligence artificielle les plus avancées par an aux Émirats arabes unis.

Sheikh Tahnoon a utilisé ses positions pour faire avancer l’ambition des EAU de devenir un acteur majeur dans la révolution de l’IA. G42 s’associe déjà avec OpenAI pour construire un nouveau superordinateur basé aux EAU. Nvidia a ouvert un laboratoire de recherche en IA et robotique à Abu Dhabi, et en mai 2025, les États-Unis et les EAU ont signé un accord pour construire le plus grand campus d’IA en dehors des États-Unis.

La relation entre Sheikh Tahnoon et l’administration Trump s’étend au-delà de World Liberty Financial. En 2024, une société soutenue par Tahnoon et le gouvernement du Qatar a investi 1,5 milliard de dollars dans une société d’investissement détenue par Jared Kushner, gendre de Trump.

Une expansion agressive malgré les controverses

World Liberty Financial poursuit une expansion agressive de ses activités malgré les controverses. En août 2025, Eric Trump a rejoint le conseil d’administration d’ALT5 Sigma Corporation, une société cotée au Nasdaq, qui a levé 200 millions de dollars pour créer une trésorerie de 1,5 milliard de dollars en tokens WLFI.

En janvier 2026, World Liberty Financial a déposé une demande auprès du Bureau du Contrôleur de la Monnaie pour créer World Liberty Trust, National, une institution bancaire nationale destinée aux opérations de stablecoin. Cette banque proposée vise à servir les clients institutionnels en émettant et en rachetant USD1, ainsi qu’en offrant des services de garde d’actifs numériques.

L’entreprise a également annoncé des partenariats stratégiques pour identifier et soutenir des projets blockchain prometteurs, développer le Aqua Fund, et créer « BlockRock », une plateforme visant à tokeniser des actifs du monde réel pour relier les investissements traditionnels avec l’écosystème Web3.

La Maison-Blanche nie tout conflit d’intérêts

Face aux critiques croissantes, la Maison-Blanche a systématiquement nié que le rôle de Trump dans l’empire crypto émergent de sa famille pose des conflits d’intérêts. La porte-parole Karoline Leavitt a déclaré : « Les tentatives continues des médias de fabriquer des conflits d’intérêts sont irresponsables et renforcent la méfiance du public envers ce qu’ils lisent. Ni le président ni sa famille ne se sont jamais engagés, ni ne s’engageront jamais, dans des conflits d’intérêts. »

Après l’investiture de Trump en janvier 2025, son titre sur le site web de World Liberty Financial a été modifié de « Chief Crypto Advocate » à « Co-Founder Emeritus » avec une note indiquant « Retiré lors de la prise de fonction ». Cependant, cette modification cosmétique n’a pas apaisé les critiques, qui soulignent que la famille Trump continue de bénéficier financièrement de l’entreprise via sa participation de 60% dans DT Marks DEFI LLC et sa part de 75% des revenus de vente de tokens.

Conclusion : un cas d’école des tensions modernes

L’investissement émirati de 500 millions de dollars dans World Liberty Financial représente un cas d’école des tensions entre les intérêts commerciaux privés et les responsabilités publiques dans l’ère moderne des cryptomonnaies. Alors que l’administration Trump poursuit sa politique favorable aux cryptomonnaies avec l’adoption du Clarity Act et du Genius Act qui établissent le premier cadre réglementaire fédéral pour les actifs numériques aux États-Unis, les questions sur les conflits d’intérêts potentiels et l’influence étrangère continueront probablement de susciter des débats intenses au sein du paysage politique américain.

Cette affaire soulève des questions fondamentales sur la gouvernance, l’éthique et la séparation entre les intérêts personnels et publics à l’ère de la blockchain et des cryptomonnaies.

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Passionné de nouvelles technologies, j’explore l’univers de la blockchain et des cryptomonnaies pour partager l’actualité et les innovations du secteur.

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